jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, M. C D, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " Vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Clément de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :
- le préfet ne démontre pas la compétence de la signataire de la décision ;
- la motivation de la décision est insuffisante ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet ne démontre pas que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu collégialement conformément à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet ne démontre pas que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII comme l'exige l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance du droit à une bonne administration, des droits de la défense et du droit d'être entendu ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;
- la décision méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant fixation du délai de départ volontaire :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre sollicité et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la possibilité de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre sollicité, de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant fixation du délai de départ volontaire ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 13 octobre 1998 à Iaazzanene (Maroc) est entré en France le 20 février 2020 muni d'un visa Schengen de court séjour. Le 29 juin 2021, il a présenté auprès des services de la préfecture du Nord une demande de titre de séjour portant la mention " Vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Toutefois, par un arrêté du 8 mars 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme E A de la Perrière, attachée principale d'administration de l'Etat et cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les décisions portant refus de titre de séjour par l'arrêté du préfet du Nord en date du 30 septembre 2021 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs n° 225 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation du requérant et qui n'a pas à être accompagnée, contrairement à ce qu'il soutient, de l'avis du collège des médecins de l'OFII sur lequel elle se fonde, énonce avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit qui la motivent. Les mentions qu'elle comporte sont ainsi de nature permettre au requérant d'en discuter utilement les motifs et au juge d'exercer son contrôle sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'articles R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. "
5. Il ressort d'une part des pièces du dossier, à savoir de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 novembre 2021 et du bordereau de transmission au préfet du Nord, que cet avis a été rendu de manière collégiale par trois médecins conformément aux dispositions précitées. Il ressort d'autre part des pièces produites aux débats par le préfet que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical sur la base duquel ce collège des médecins de l'OFII à compétence nationale a rendu son avis n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, les différents moyens tirés de l'irrégularité de la procédure préalable à l'établissement de cet avis manquent en fait et doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 du même code, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
8. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
9. Il ressort des pièces du dossier que, par son avis du 8 novembre 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, le requérant pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il pouvait voyager sans risque vers ce pays. Contrairement à ce que fait valoir le préfet, conformément à ce qui a été exposé aux points précédents, cet avis ne saurait être regardé comme établissant une présomption de disponibilité ou d'indisponibilité des traitements qu'il appartient à la partie qui la conteste de renverser. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a levé le secret médical en cours d'instance, s'est vu diagnostiquer au cours du mois de mars 2020 une maladie de Still, compliquée d'une atteinte cardiaque avec stigmates d'un syndrome d'activation macrophagique, en raison de laquelle il a été hospitalisé au sein du service de médecine interne du centre hospitalier régional universitaire de Lille du 26 février au 26 mars 2020, du 3 au 7 mai 2020, du 5 au 10 juin 2020 et 12 au 19 août 2020, avec une admission au service de réanimation du 2 au 12 mars 2020. Il ressort également des pièces du dossier, à savoir du rapport du médecin instructeur de l'OFII, qu'un traitement alliant une corticothérapie et un immunosuppresseur à base d'anakinra a été mis en place. Il ressort des pièces du dossier, à savoir du guide des médicaments remboursables du Maroc produit par le préfet en défense et non remis en cause par le requérant que la corticothérapie prescrite à M. D est disponible et remboursée au Maroc. Par ailleurs, s'il ressort de cette liste qu'aucun traitement remboursable à base d'anakinra, qui est la dénomination commune internationale du médicament " kineret ", n'est disponible, le préfet soutient, sans être contredit, que cette liste comprend d'autres immunosuppresseurs de nature à permettre une prise en charge adaptée de la maladie dont souffre le requérant. Il ne ressort en ce sens pas du certificat médical du 10 mai 2022 produit par M. D que l'immunosuppresseur qui lui est prescrit ne serait pas substituable. De plus, en se bornant à faire état d'une pénurie de soignants et d'infrastructures médicales au Maroc, le requérant, qui n'apporte aucun élément en ce sens, ne saurait être regardé comme remettant sérieusement en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Il y a par suite lieu de considérer que M. D peut bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Le préfet du Nord n'a dès lors pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Les moyens présentés en ce sens doivent en conséquence être écartés.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".
11. Il résulte de ce qui précède que M. D ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour prévu par les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions citées au point précédent de l'article L. 423-13 du même code est inopérant et doit en conséquent être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Aux termes de l'article 51 de la même Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. / () ".
13. Il résulte en premier lieu de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration, s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
14. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'un délai de départ volontaire qu'elle fixe, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision fixant le délai de départ volontaire, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
15. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
16. M. D ayant été en mesure de présenter des observations pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige et de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté. Il résulte en outre de ce qui a été exposé au point 13 que le moyen tiré de la méconnaissance du droit à une bonne administration doit être écarté comme inopérant.
17. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sollicité sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
19. Il résulte de ce qui a été exposé plus haut que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut est de nature à avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
20. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
21. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le sol français le 20 février 2020 et s'y est maintenu jusqu'à la date de l'arrêté litigieux, soit sur une période de seulement deux ans. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il était muni d'un visa Schengen de type C, soit d'un visa l'autorisant à circuler sur l'espace Schengen pour une durée de seulement trois mois, dont il n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé le renouvellement. Il s'ensuit que M. D s'est en partie maintenu de manière irrégulière sur le sol français jusqu'à sa demande de titre de séjour le 29 juin 2021. S'il ressort des pièces du dossier que résident en France deux frères du requérant, une belle-sœur, un oncle, une tante, une cousine et cinq neveux et nièces, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier, en particulier pas des attestations de ceux-ci, qui sont peu circonstanciées et pour certaines similaires dans leurs propos, qu'il entretiendrait avec ceux-ci des liens d'une particulière intensité, y compris en ce qui concerne son frère qui l'héberge ou sa belle-sœur qui l'accompagne dans ses démarches administratives et médicales. Il en va en outre de même des personnes avec qui il soutient avoir créé des liens amicaux en France et des membres de sa famille et connaissances présents en Allemagne et aux Pays-Bas. S'il ressort par ailleurs d'une attestation établie le 1er mai 2022 par une enseignante en langue française au sein du groupe local de Tourcoing de la Cimade que le requérant suit des cours de français à raison de deux heures par semaine depuis le 11 septembre 2021, il ressort du compte rendu d'hospitalisation établi par le centre hospitalier de Tourcoing le 24 décembre 2021 que l'interrogatoire du requérant par les praticiens hospitaliers à son arrivée la veille pour des douleurs thoraciques a été limité par la barrière de la langue. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, en particulier de sa demande de titre de séjour, que M. D conserve au Maroc ses parents avec lesquels il n'établit pas ni même n'allègue avoir rompu tous liens. Le requérant ne saurait par suite être regardé comme risquant d'être isolé à son retour au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par conséquent, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garantie par les stipulations précitées. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
Sur la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
23. La décision portant refus de titre de séjour sollicité et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire a été prise ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
24. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D a fait état auprès du préfet de circonstances particulières tenant à sa situation personnelle, propres à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé à titre exceptionnel pour quitter volontairement le territoire français, ni qu'il ait sollicité l'octroi d'un tel délai dérogatoire. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration, avant l'édiction de la mesure d'éloignement, des éléments utiles qui auraient été de nature à justifier qu'un délai dérogatoire supérieur à trente jours lui soit accordé. Dans ces conditions, le préfet, en ne recherchant pas s'il y avait lieu de lui accorder un délai supérieur à trente jours compte tenu de sa situation personnelle, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
25. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "
26. La décision portant refus du titre de séjour sollicité et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision portant fixation du pays de destination a été prise ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. En outre, la décision portant fixation du pays de destination ne saurait être regardée comme une décision prise en application de la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de telles illégalités ne peut, dès lors, qu'être écarté.
27. En second lieu, aux termes identiques de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
28. Il résulte de ce qui a été exposé plus haut que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut est de nature à avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'arrêté du 8 mars 2022. Il y a par suite lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonctions et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée plus haut, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet du Nord et à Me Clément.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
M. Vincent Fougères, premier conseiller,
Mme Marjorie Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026