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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205450

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205450

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMEZINE N

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, le maire de la commune de Montigny-en-Gohelle, demande au tribunal de déclarer M. B A démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal.

Il soutient que

- M. A n'a pas assuré pas la tenue des bureaux de vote, en tant qu'assesseur, lors des élections présidentielles des 10 et 24 avril 2022 et législatives des 12 et 19 juin 2022 ;

- le maire n'a pas été averti préalablement de ces absences et aucun justificatif n'a été apporté pour expliquer les motifs de ces absences ;

- le refus de remplir la mission d'assesseur titulaire dévolue par la règlementation constitue un motif suffisant pour que sa démission soit prononcée.

La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 16 août 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions liées à l'absence de M. A pour les élections présidentielles du 10 au 24 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Lassaux, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C della Franca, maire de la commune de Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais), demande au tribunal de prononcer la démission d'office de M. Vincent Birman, conseiller municipal, au motif que ce dernier a refusé, sans excuse valable, de remplir les fonctions d'assesseur d'un bureau de vote de la commune pour les deux tours des élections présidentielles des 10 et 24 avril 2022 et des élections législatives les 12 juin et 19 juin 2022.

Sur la recevabilité des conclusions liées à l'absence de M. A lors des opérations électorales des 10, 24 avril et 12 juin 2022 :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ". Aux termes de l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. / Faute d'avoir statué dans le délai fixé à l'alinéa précédent, le tribunal administratif est dessaisi () / Lorsque le tribunal administratif prononce la démission d'un conseiller municipal, le greffier en chef en informe l'intéressé en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois pour se pourvoir devant la cour administrative d'appel () " ;

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales que le maire de Montigny en Gohelle disposait d'un délai d'un mois après chacune des journées consacrées à l'organisation des opérations électorales pour saisir le tribunal de céans. Ce délai franc commençait à courir le lendemain, soit les 11 et 25 avril et le 13 juin 2022 et expirait les mardis 11 et 25 mai et le mercredi 13 juillet à minuit. La saisine du tribunal ayant été enregistrée le 19 juillet 2021 est ainsi tardive en ce qui concerne ces opérations et par suite irrecevable.

Sur les conclusions tendant à la déclaration de la démission d'office de M. A :

4. Aux termes de l'article R. 44 du code électoral : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ". Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.

5. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que M. A ne s'est pas présenté au bureau de vote le 19 juin 2022 et qu'il n'a pas justifié cette absence. Toutefois, en se bornant à adresser à l'intéressé le 9 juin 2022 un courriel l'informant que son nom figurait sur le tableau de permanence établi pour la tenue du bureau de vote à l'occasion du deuxième tour de l'élection présidentielle, le maire de Montigny en Gohelle n'a pas informé explicitement M. A de ce que, en application de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif.

6. Il suit de là que M. A ne peut, dès lors, être regardé comme ayant fait l'objet d'un avertissement au sens de ces dispositions. Par suite, le maire de Montigny-en-Gohelle n'est pas fondé à demander au tribunal de le déclarer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, démissionnaire de ses fonctions de conseiller municipal au motif qu'il aurait refusé d'assurer les fonctions d'assesseur de bureau de vote pour le scrutin du 19 juin 2022.

7.Il résulte de tout ce qui précède que la requête du maire de Montigny-en-Gohelle doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du maire de Montigny-en-Gohelle est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au maire de Montigny-en-Gohelle et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 19 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

Le président-rapporteur,

signé

Ch. D

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

P. EVEN

La greffière,

signé

B. SPETER

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2205450

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