jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2022 et le 2 septembre 2022, Mme D N'Guettia, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " Vie privée et familiale " en qualité d'étrangère malade, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Navy de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- le préfet ne démontre pas la compétence de la signataire de l'acte ;
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conformément à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet ne démontre pas que les trois médecins de l'OFII qui ont rendu un avis sur son état de santé sont identifiables conformément à l'article R. 4127-76 du code de la santé publique ;
- le préfet ne démontre pas que les trois médecins de l'OFII qui ont rendu un avis sur son état de santé disposaient d'un agrément à cette fin conformément à l'article 2 de l'arrêté du 9 novembre 2011 ;
- le préfet ne démontre pas que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII conformément à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;
Sur la décision portant fixation du délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022.
Mme N'Guettia a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 9 novembre 2011 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des avis rendus par les agences régionales de santé en application de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme N'Guettia, ressortissante ivoirienne née le 5 avril 1966 à Amanvi (Côte-d'Ivoire) est entrée en France selon ses déclarations le 13 octobre 2019 munie d'un visa Schengen de court séjour. Le 15 juillet 2021, elle a présenté auprès des services de la préfecture du Nord une demande de titre de séjour portant la mention " Vie privée et familiale " en qualité d'étrangère malade. Toutefois, par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à destination du pays dont elle a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. Par sa requête, Mme N'Guettia demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté litigieux a été signé par Mme C A de la Perrière, attachée principale d'administration de l'Etat et cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination par l'arrêté du préfet du Nord en date du 30 septembre 2021 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs n° 225 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :
3. En premier lieu, en se bornant à soutenir que la motivation est obligatoire, la requérante n'assortit pas son moyen relatif à cette obligation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit être en conséquence écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'articles R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. " Aux termes de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique : " () / Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un médecin doit être rédigé lisiblement en langue française et daté, permettre l'identification du praticien dont il émane et être signé par lui. Le médecin peut en remettre une traduction au patient dans la langue de celui-ci. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 novembre 2011 visé ci-dessus : " L'étranger qui a déposé une demande de délivrance ou de renouvellement de carte de séjour temporaire est tenu de faire établir un rapport médical relatif à son état de santé par un médecin agréé ou par un médecin praticien hospitalier visé au 1° de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique. " Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " Une liste de médecins agréés est établie dans chaque département par le préfet sur proposition du directeur général de l'agence régionale de santé, après avis du conseil départemental de l'ordre des médecins et/ou des syndicats départementaux de médecins. / () ". Enfin, aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur le 1er janvier 2017 pour les demandes enregistrées en préfecture à compter de cette date. L'arrêté du 9 novembre 2011 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des avis rendus par les agences régionales de santé en application de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé demeure applicable aux demandes enregistrées en préfecture avant le 1er janvier 2017. "
5. Il ressort d'abord des pièces du dossier, à savoir du bordereau produit par le préfet du Nord en défense, sans que le moyen tiré de son défaut en soit pour autant expressément abandonné en réplique, que le directeur général de l'OFII a transmis au préfet le 22 novembre 2021 l'avis du collège des médecins de cet office relatif à l'état de santé de Mme N'Guettia, émis le jour-même, soit préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux. Il ressort en outre de cet avis qu'il comporte la mention lisible de l'identité des praticiens qui l'ont rendu. Si par ailleurs la requérante soutient qu'il appartient au préfet d'apporter la preuve de ce que ces praticiens disposent de l'agrément prévu par les dispositions précitées de l'article 2 de l'arrêté du 9 novembre 2011 visé ci-dessus, il ressort de la combinaison de l'article 1er et de l'article 2 de cet arrêté que cet agrément ne concernait que les médecins auteurs du rapport médical qu'il appartient à l'étranger de joindre à son dossier de demande d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Il résulte en outre des dispositions précitées de l'arrêté du 27 décembre 2016 que ces dispositions ne sont pas applicables aux demandes de titre de séjour présentées à compter du 1er janvier 2017. Le moyen tiré de l'absence d'agrément des médecins de l'OFII est en conséquence inopérant. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que les médecins qui ont rendu cet avis ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 1er octobre 2021 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale, publié sur le site de l'OFII et abrogeant la décision du 10 août 2021 produite par le préfet en défense. Il ressort enfin des pièces produites aux débats par le préfet que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical sur la base duquel le collège des médecins de l'OFII à compétence nationale a rendu son avis n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, les différents moyens tirés de l'irrégularité de la procédure préalable à l'établissement de cet avis, qui n'ont pas été expressément abandonnés dans le mémoire en réplique, manquent en fait et doivent être écartés.
6. En troisième lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 du même code, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire.
7. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Il ressort des pièces du dossier que, par son avis du 22 novembre 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme N'Guettia nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a levé le secret médical en cours d'instance, est atteinte d'une arthrose zygapophysaire pour laquelle des infiltrations ont été réalisées sans succès le 29 janvier 2020, d'une lomboradiculalgie liée à un spondylolisthésis au niveau du disque intervertébral L4-L5 et d'une discopathie dégénérative du disque intervertébral L5-S1 responsable d'un rétrécissement du canal lombaire. Il ressort également des pièces du dossier que Mme N'Guettia a été admise du 23 février au 1er mars 2021 au sein de l'institut Calot de Berck-sur-Mer afin que soit mise en place une arthrodèse au niveau du disque L5-S1 et une cage intersomatique au niveau du disque L4-L5 de nature à remédier au spondylolisthésis et à la discopathie subis. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les suites opératoires se sont avérées simples avec un retour de l'autonomie en parallèle d'une rééducation postopératoire. En outre, par son rapport, la médecin instructrice de l'OFII a considéré qu'en l'état du dossier médical en sa possession, le pronostic d'une stabilisation de l'état de santé de la requérante pouvait être posé. Ainsi, s'il ressort du certificat médical adressé au collège des médecins de l'OFII que Mme N'Guettia fait l'objet d'un suivi neurochirurgical en raison notamment du maintien de lombalgies et d'une raideur rachidienne, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment eu égard au succès de l'intervention du 24 février 2021 ayant permis, selon ce même certificat, une amélioration de la symptomatologie et une disparition de la lomboradiculalgie, que l'absence de ce suivi aurait entraîné, à la date de l'arrêté litigieux, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à faire état d'une nécessité de rééducation sans apporter le moindre élément de nature à établir, à la date de cet arrêté, soit plus d'un an après l'intervention, le maintien de cette rééducation, et à se référer à des attestations de ses proches, la requérante ne saurait être regardée comme remettant sérieusement en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Les moyens présentés en ce sens doivent en conséquence être écartés.
9. En quatrième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. Il est constant que la requérante est entrée sur le sol français le 13 octobre 2019. Celle-ci soutient par ses écritures s'y être maintenue jusqu'à la date de l'arrêté litigieux, soit sur une période de seulement 2 ans et 7 mois. Il est en outre constant qu'elle était munie d'un visa Schengen de type C, soit d'un visa l'autorisant à circuler sur l'espace Schengen pour une durée de seulement trois mois, dont elle n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé le renouvellement. Il s'ensuit que Mme N'Guettia s'est en partie maintenue de manière irrégulière sur le sol français jusqu'à sa demande de titre de séjour le 15 juillet 2021. S'il ressort des pièces du dossier que quatre cousines de la requérante se trouvent en France et que trois d'entre elles ont la nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier pas des attestations de celles-ci qui sont peu circonstanciées, qu'elle entretiendrait avec celles-ci des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas de l'attestation qu'elle produit, établie par la directrice de l'association Rencontre internationale des femmes noires Nord-Pas-de-Calais, qu'elle serait investie dans les actions de celle-ci, cette attestation faisant seulement état d'un suivi de sa situation personnelle par cette association. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, en particulier de sa demande de titre de séjour, que Mme N'Guettia conserve en Côte-d'Ivoire sa mère et ses deux fils avec lesquels elle n'établit pas ni même n'allègue avoir rompu tous liens. La requérante ne saurait par suite être regardée comme étant isolée à son retour en Côte-d'Ivoire où elle a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans. Par conséquent, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale garantie par les stipulations précitées. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, en se bornant à soutenir que la motivation est obligatoire, la requérante n'assortit pas son moyen relatif à cette obligation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit être en conséquence écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
13. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
15. Il résulte de ce qui a été exposé plus haut que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge, le défaut de celle-ci n'est pas de nature à avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Les moyens présentés en ce sens doivent en conséquence être écartés.
16. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que la décision litigieuse n'est pas de nature à porter une atteinte disproportionnée au droit de Mme N'Guettia au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
Sur la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, en se bornant à soutenir que la motivation est obligatoire, la requérante n'assortit pas son moyen relatif à cette obligation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit être en conséquence écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
19. La décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
20. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge, le défaut de celle-ci n'est pas de nature à avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Mme N'Guettia ne saurait donc se prévaloir de la nécessité du maintien de sa rééducation dont elle n'établit au demeurant pas la continuité jusqu'à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à la requérante un délai de départ volontaire supérieure à trente jours. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "
22. La décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision portant fixation du pays de destination a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
23. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
24. Le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet des stipulations précitées n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'est pas de nature à avoir pour elle des conséquences d'une particulière gravité. Par suite, le moyen doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme N'Guettia n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de l'arrêté du 5 mai 2022. Il y a par suite lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonctions et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée plus haut, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme N'Guettia est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D N'Guettia, au préfet du Nord et à Me Navy.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
M. Vincent Fougères, premier conseiller,
Mme Marjorie Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026