vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205477 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, Mme B H, Mme G H et Mme A H, représentées par Me Olivier, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, de suspendre la décision prise le 15 juillet 2022 par l'équipe médicale de l'unité de réanimation du centre hospitalier de Valenciennes, portant arrêt des soins prodigués à M. I H ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner qu'il soit procédé à une expertise médicale en vue de déterminer la situation médicale de M. H et, dans l'attente des résultats de cette expertise, d'ordonner la poursuite des soins ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valenciennes la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Elles soutiennent que :
-l'urgence est caractérisée compte-tenu de la mise en œuvre imminente de l'arrêt des soins programmé le vendredi 22 juillet 2022, et des conséquences irréversibles qui s'attacheraient à l'exécution d'une telle décision ;
- la décision d'arrêt des soins porte une atteinte grave au droit au respect de la vie, au droit de recevoir un traitement approprié et au respect de la dignité de la personne humaine, consacrés tant par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que par le code civil et le préambule de la Constitution ;
- la décision d'arrêt des soins ne respecte pas la volonté de M. I H exprimée clairement dans ses directives anticipées ;
- la décision prise à l'issue de la réunion de concertation du 11 juillet 2022 écartant les directives anticipées n'est pas motivée ni même formalisée ;
- l'avis du médecin consultant prévu à l'article R. 4127-37-2 III du code de la santé publique n'est pas fourni, pas plus que les documents qui lui auraient été communiqués pour lui permettre de rendre un avis ;
- le docteur D C étant déjà dans le processus de décision antérieur ayant abouti à la décision du 31 mai 2022, elle pourrait être assimilée à un membre de l'équipe de soins, indépendamment du fait qu'elle n'appartient pas au service de réanimation ;
- la décision d'arrêt de soins n'a pas été prise par le médecin en charge du patient, lequel n'est d'ailleurs pas clairement désigné ;
- il n'existe pas d'élément permettant de démontrer l'état de santé effectif du patient et, partant, la notion d'obstination déraisonnable ;
- si le juge des référés s'estimait insuffisamment éclairé il conviendrait d'ordonner une expertise médicale et la poursuite des soins dès lors que M. I H est dans un état de coma et non végétatif. Des données actualisées permettraient ainsi de connaître objectivement la réalité de son état de santé et ses évolutions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le centre hospitalier de Valenciennes, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- lors des réunions pluridisciplinaires et collégiales du 9 juin, du 30 juin, du 7 juillet et du 11 juillet 2022, qui se sont déroulées en présence des personnels médicaux et paramédicaux de l'équipe et de personnes ressources, les directives anticipées ont été jugées manifestement inappropriées et non conformes à la situation médicale du patient ;
- la décision du 15 juillet 2022 a été prise sur la base d'un avis collectif unanime (équipe médicale et paramédicale), motivée de façon circonstanciée et signée individuellement par chaque professionnel de santé consulté ;
- le docteur D C, consultant extérieur, a émis un avis sans équivoque le 12 juillet 2022. Cet avis n'est pas incompatible avec le premier avis émis ;
- le docteur J est le premier signataire du courrier du 15 juillet 2022 ;
- les professionnels de santé consultés ont conclu de façon unanime à l'existence d'un coma profond et irréversible ;
- à titre subsidiaire, l'établissement hospitalier ne s'opposerait pas à une mesure d'expertise médicale visant à évaluer l'état du patient.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-632 QPC du 2 juin 2017 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a décidé que la nature de l'affaire justifiait qu'elle soit jugée, en application du dernier alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une formation composée de trois juges des référés et a désigné M. F et M. K, vice-présidents, ainsi que M. Christian, premier conseiller, pour statuer sur cette demande de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 21 juillet 2022 à 11 heures :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Olivier, avocat représentant Mmes H, qui a développé son argumentation écrite et a notamment fait valoir que les directives anticipées du patient ont un caractère contraignant. En l'espèce, les directives de M. H sont dénuées de tout caractère équivoque. Les raisons du caractère inapproprié des directives anticipées ne ressortent d'aucune décision du centre hospitalier. L'avis motivé du médecin consultant prévu à l'article R. 4127-37-2 III du code de la santé publique n'est pas fourni. Ce médecin, qui a participé à plusieurs consultations, ne saurait être considéré comme un simple consultant. Le médecin en charge du patient n'est pas nommément désigné. D'un point de vue médical, les diagnostics sont oscillants. Il faut plus de deux mois pour avoir un diagnostic. A titre subsidiaire, une expertise pourrait être ordonnée pour connaître l'état réel de santé de M. H,
- les observations de Me Segard, avocat représentant le centre hospitalier de Valenciennes, qui a développé son argumentation écrite, en faisant valoir que l'état de santé de M. H ne s'est pas amélioré. La décision du 15 juillet 2022 est extrêmement circonstanciée. Le médecin consultant est chef d'un autre service et n'a aucun lien de nature hiérarchique avec le médecin en charge du patient. Celui-ci pouvait émettre deux avis à quelques semaines de distance. Le référent éthique Hauts de France a été consulté. Le caractère inapproprié des directives anticipées a été largement discuté. Formellement, c'est le chef du service de réanimation, en charge du patient, qui a pris la décision (1er signataire). La procédure a donc été respectée. D'un point de vue médical, il existe suffisamment d'éléments pour éviter qu'une expertise soit ordonnée,
- les juges des référés ont souhaité entendre le docteur E, médecin réanimateur au centre hospitalier de Valenciennes, qui a déclaré que l'arrêt cardiorespiratoire extrahospitalier a duré plusieurs minutes. Depuis la levée complète de la sédation intraveineuse on constate un coma profond totalement aréactif aux stimulations verbales et nociceptives. Sur le plan des réflexes du tronc cérébral on ne retrouve pas de réflexe naso palpébral, pas de cornéen, pas de réflexes oculocéphalogyres verticaux ou horizontaux, pas de photomoteur, seulement un réflexe oculocardiaque. Les quatre électroencéphalogrammes (EEG) réalisés permettant de mesurer et d'enregistrer l'activité électrique du cerveau sont plats et les ondes N20 traduisant l'activation du cortex somesthésique primaire controlatéral à la stimulation sont abolies. Le réflexe oculocardiaque est présent, ainsi que le réflexe de ventilation spontané, lequel est toutefois insuffisant pour envisager un sevrage de la ventilation mécanique sans entraîner le décès à court terme (signes de lutte respiratoire à type de mouvements de balancement thoraco abdominal sans ampliation suffisante du thorax, évocateurs de mouvements de gasps). Le patient n'a plus d'activité cérébrale. Son coma est irréversible. On constate régulièrement des myoclonies post anoxiques persistantes. Les mouvements sont des secousses désorganisées, sans conscience, qui ne révèlent pas un état de vigilance. L'état général extra neurologique ne fait que se dégrader, lentement mais sûrement. Le patient est atteint d'infections pulmonaires, d'une insuffisance rénale aiguë, d'une escarre grade III très difficile à traiter. Il existe un risque de septicémie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mmes B, Rachida et Saïda H, respectivement épouse et sœurs de M. I H, demandent au juge des référés du tribunal administratif de Lille, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, de suspendre la décision prise le 15 juillet 2022 par l'équipe médicale de l'unité de réanimation du centre hospitalier de Valenciennes, portant arrêt des soins prodigués à M. I H ou, à titre subsidiaire, d'ordonner qu'il soit procédé à une expertise médicale en vue de déterminer la situation médicale de M. I H et, dans l'attente des résultats de cette expertise, d'ordonner la poursuite des soins.
2. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative : " Lorsque la nature de l'affaire le justifie, le président du tribunal administratif () peut décider qu'elle sera jugée, dans les conditions prévues au présent livre, par une formation composée de trois juges des référés, sans préjudice du renvoi de l'affaire à une autre formation de jugement dans les conditions de droit commun ". L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Il appartient au juge des référés d'exercer ses pouvoirs de manière particulière, lorsqu'il est saisi, comme en l'espèce, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une décision prise par un médecin, dans le cadre défini par le code de la santé publique, et conduisant à arrêter ou ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, un traitement qui apparaît inutile ou disproportionné ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. Il doit alors prendre les mesures de sauvegarde nécessaires pour faire obstacle à son exécution lorsque cette décision pourrait ne pas relever des hypothèses prévues par la loi, en procédant à la conciliation des libertés fondamentales en cause, que sont le droit au respect de la vie et le droit du patient de consentir à un traitement médical et de ne pas subir un traitement qui serait le résultat d'une obstination déraisonnable.
Sur le cadre juridique applicable au litige :
4. L'article L. 1110-1 du code la santé publique prévoit que : " Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne () ". L'article L. 1110-2 de ce code dispose en outre que : " La personne malade a droit au respect de sa dignité ". Aux termes de l'article L. 1110-5 du même code : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () ". Aux termes de l'article L. 1110-5-1 dudit code : " Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire. /La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article. /Lorsque les actes mentionnés aux deux premiers alinéas du présent article sont suspendus ou ne sont pas entrepris, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs mentionnés à l'article L. 1110-10 ". Aux termes de l'article L. 1110-5-2 du même code :
" () Lorsque le patient ne peut pas exprimer sa volonté et, au titre du refus de l'obstination déraisonnable mentionnée à l'article L. 1110-5-1, dans le cas où le médecin arrête un traitement de maintien en vie, celui-ci applique une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu'au décès, associée à une analgésie. / La sédation profonde et continue associée à une analgésie prévue au présent article est mise en œuvre selon la procédure collégiale définie par voie réglementaire qui permet à l'équipe soignante de vérifier préalablement que les conditions d'application prévues aux alinéas précédents sont remplies () ". Aux termes de l'article L. 1111-4 du même code : " () Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale mentionnée à l'article L. 1110-5-1 et les directives anticipées ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou, à défaut la famille ou les proches, aient été consultés () ". Enfin, aux termes de l'article L. 1111-11 de ce code : " Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d'état d'exprimer sa volonté. Ces directives anticipées expriment la volonté de la personne relative à sa fin de vie en ce qui concerne les conditions de la poursuite, de la limitation, de l'arrêt ou du refus de traitement ou d'acte médicaux. () / Les directives anticipées s'imposent au médecin pour toute décision d'investigation, d'intervention ou de traitement, sauf en cas d'urgence vitale pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation et lorsque les directives anticipées apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. / La décision de refus d'application des directives anticipées, jugées par le médecin manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale du patient, est prise à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire et est inscrite au dossier médical. Elle est portée à la connaissance de la personne de confiance désignée par le patient ou, à défaut, de la famille ou des proches. () ".
5. Par ailleurs, l'article R. 4127-37-1 du code de la santé publique dispose que :
" I. - Lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin en charge du patient est tenu de respecter la volonté exprimée par celui-ci dans des directives anticipées, excepté dans les cas prévus aux II et III du présent article. / II.- En cas d'urgence vitale, l'application des directives anticipées ne s'impose pas pendant le temps nécessaire à l'évaluation complète de la situation médicale. / III.- Si le médecin en charge du patient juge les directives anticipées manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale, le refus de les appliquer ne peut être décidé qu'à l'issue de la procédure collégiale prévue à l'article L. 1111-11. Pour ce faire, le médecin recueille l'avis des membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et celui d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant, avec lequel il n'existe aucun lien de nature hiérarchique. Il peut recueillir auprès de la personne de confiance ou, à défaut, de la famille ou de l'un des proches le témoignage de la volonté exprimée par le patient. / IV. - En cas de refus d'application des directives anticipées, la décision est motivée. Les témoignages et avis recueillis ainsi que les motifs de la décision sont inscrits dans le dossier du patient. / La personne de confiance, ou, à défaut, la famille ou l'un des proches du patient est informé de la décision de refus d'application des directives anticipées. ". Et aux termes de l'article
R. 4127-37-2 du même code : " I. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement respecte la volonté du patient antérieurement exprimée dans des directives anticipées. Lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, la décision de limiter ou d'arrêter les traitements dispensés, au titre du refus d'une obstination déraisonnable, ne peut être prise qu'à l'issue de la procédure collégiale prévue à l'article L. 1110-5-1 et dans le respect des directives anticipées et, en leur absence, après qu'a été recueilli auprès de la personne de confiance ou, à défaut, auprès de la famille ou de l'un des proches le témoignage de la volonté exprimée par le patient. / II. - Le médecin en charge du patient peut engager la procédure collégiale de sa propre initiative. () / La personne de confiance ou, à défaut, la famille ou l'un des proches est informé, dès qu'elle a été prise, de la décision de mettre en œuvre la procédure collégiale. / III. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est prise par le médecin en charge du patient à l'issue de la procédure collégiale. Cette procédure collégiale prend la forme d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et de l'avis motivé d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant. Il ne doit exister aucun lien de nature hiérarchique entre le médecin en charge du patient et le consultant. L'avis motivé d'un deuxième consultant est recueilli par ces médecins si l'un d'eux l'estime utile. () / IV. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est motivée. La personne de confiance, ou, à défaut, la famille, ou l'un des proches du patient est informé de la nature et des motifs de la décision de limitation ou d'arrêt de traitement. La volonté de limitation ou d'arrêt de traitement exprimée dans les directives anticipées ou, à défaut, le témoignage de la personne de confiance, ou de la famille ou de l'un des proches de la volonté exprimée par le patient, les avis recueillis et les motifs de la décision sont inscrits dans le dossier du patient. ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions, ainsi que de l'interprétation que le Conseil constitutionnel en a donnée dans sa décision n° 2017-632 QPC du 2 juin 2017, qu'il appartient au médecin en charge d'un patient hors d'état d'exprimer sa volonté d'arrêter ou de ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, les traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. En pareille hypothèse, le médecin ne peut prendre une telle décision qu'à l'issue d'une procédure collégiale, destinée à l'éclairer sur le respect des conditions légales et médicales d'un arrêt des traitements et, sauf dans les cas mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 1111-11 du code de la santé publique, dans le respect des directives anticipées du patient ou, à défaut de telles directives, après consultation de la personne de confiance désignée par le patient ou, à défaut, de sa famille ou de ses proches, ainsi que, le cas échéant, de son ou ses tuteurs. Si le médecin décide de prendre une telle décision en fonction de son appréciation de la situation, il lui appartient de sauvegarder en tout état de cause la dignité du patient et de lui dispenser les soins palliatifs nécessaires.
7. Pour apprécier si les conditions d'un arrêt des traitements de suppléance des fonctions vitales sont réunies s'agissant d'un patient victime de lésions cérébrales graves, quelle qu'en soit l'origine, qui se trouve dans un état végétatif ou dans un état de conscience minimale le mettant hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin en charge doit se fonder sur un ensemble d'éléments, médicaux et non médicaux, dont le poids respectif ne peut être prédéterminé et dépend des circonstances particulières à chaque patient, le conduisant à appréhender chaque situation dans sa singularité. Les éléments médicaux doivent couvrir une période suffisamment longue, être analysés collégialement et porter notamment sur l'état actuel du patient, sur l'évolution de son état depuis la survenance de l'accident ou de la maladie, sur sa souffrance et sur le pronostic clinique. Une attention particulière doit être accordée à la volonté que le patient peut avoir exprimée, par des directives anticipées ou sous une autre forme. A cet égard, dans l'hypothèse où cette volonté demeurerait inconnue, elle ne peut être présumée comme consistant en un refus du patient d'être maintenu en vie dans les conditions présentes. Le médecin doit également prendre en compte les avis de la personne de confiance, dans le cas où elle a été désignée par le patient, des membres de sa famille ou, à défaut, de l'un de ses proches, en s'efforçant de dégager une position consensuelle. Il doit, dans l'examen de la situation propre de son patient, être avant tout guidé par le souci de la plus grande bienfaisance à son égard.
8. Enfin, si l'alimentation et l'hydratation artificielles ainsi que la ventilation mécanique sont au nombre des traitements susceptibles d'être arrêtés lorsque leur poursuite traduirait une obstination déraisonnable, la seule circonstance qu'une personne soit dans un état irréversible d'inconscience ou, à plus forte raison, de perte d'autonomie la rendant tributaire d'un tel mode d'alimentation, d'hydratation et de ventilation ne saurait caractériser, par elle-même, une situation dans laquelle la poursuite de ce traitement apparaîtrait injustifiée au nom du refus de l'obstination déraisonnable.
Sur les circonstances du litige en référé :
9. Il résulte de l'instruction que M. I H, alors âgé de 44 ans, a été, le 18 mai 2022, victime d'un polytraumatisme grave compliqué par un arrêt cardio-respiratoire par compression thoracique avec périodes prolongées de no-flow et de low-flow après son écrasement par un véhicule utilitaire sur lequel il effectuait des réparations. Il a été immédiatement admis au centre hospitalier de Valenciennes et pris en charge dans le service de réanimation. Devant la persistance d'un état de coma profond, constaté journellement par des examens cliniques, objectivé par des examens d'imagerie, et considéré comme insusceptible d'amélioration, l'équipe médicale en charge du patient a engagé, le 31 mai 2022, la procédure collégiale prévue à l'article R. 4127-37-2 du code de la santé publique en vue de statuer sur la question de l'obstination déraisonnable à la poursuite des thérapeutiques invasives. A l'issue de cette procédure, a été décidé, le 1er juin 2022, l'arrêt desdites thérapeutiques le 9 juin 2022. Celle-ci a été suspendue par une ordonnance du 8 juin 2022 du juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en raison de ce qu'elle ne tenait pas compte des directives anticipées de M. I H en date du 5 juin 2020, produites à l'instance. Après consultation de trois praticiens du CHU de Lille relevant de l'unité d'accueil et de déchocage médical, d'une nouvelle réunion pluridisciplinaire le 7 juillet 2022, de la consultation du référent éthique Hauts-de-France, professeur de réanimation au CHU d'Amiens, il a été décidé, unanimement, à l'issue d'une nouvelle réunion collégiale qui s'est tenue le 11 juillet 2022, en présence de l'équipe de soins de support, des représentants du comité éthique de l'établissement, d'un médecin neurologue extérieur au service de réanimation, de ne pas appliquer les directives anticipées de M. H, en raison de leur caractère manifestement inapproprié au regard de la situation clinique et du pronostic défavorable de celui-ci. Devant la persistance d'un coma profond aréactif et d'un état général ne faisant que se dégrader, l'équipe médicale en charge du patient a de nouveau engagé la procédure collégiale prévue à l'article R. 4127-37-2 du code de la santé publique en vue de statuer sur la question de l'obstination déraisonnable à la poursuite des thérapeutiques invasives. A l'issue de cette procédure, il a été décidé le 15 juillet 2022 l'arrêt des traitements sous sédation profonde et continue, à partir du 22 juillet 2022.
10. Les requérantes font valoir que la décision d'écarter les directives anticipées, prise à l'issue de la réunion de concertation du 11 juillet 2022, n'est ni motivée ni même formalisée. Or il ressort du compte rendu de cette réunion que " Sur le plan neurologique : examen inchangé soit : patient complétement aréactif à la moindre stimulation ; qu'elle soit verbale ou douloureuse, soit score de Glasgow à 3. Aucun réflexe du tronc : cornéen, occulocéphalogyre horizontal et vertical, photomoteur et occulocardiaque. VS non tentée car patient repassé en VAC dans le cadre de l'augmentation de la FIO2. Il est donc acté : Selon les directives anticipées du patient qui nous ont été transmises par la cellule juridique () que les directives anticipées du patient paraissent manifestement inappropriées à la situation actuelle ". L'avis motivé du médecin consultant en date du 12 juillet 2022, prévu à l'article R. 4127-37-2 III du code de la santé publique, est fourni. Des extraits sont d'ailleurs reproduits dans la décision du 15 juillet 2022. Il ne saurait être inféré de la seule circonstance que ce médecin a émis un avis à deux reprises qu'il faisait partie de l'équipe de soins et ne pouvait donc être appelé en qualité de consultant, alors qu'il est constant qu'en sa qualité de chef du service de neurologie de l'établissement il est et reste extérieur au service de réanimation. Enfin, la décision du 15 juillet 2022, si elle présente formellement un caractère collégial, a été prise en tout premier lieu par le chef du service de réanimation, alors médecin en charge du patient.
11. S'agissant de l'état de santé du malade, M. H se trouve, depuis le 18 mai 2022, dans un état de coma profond aréactif aux stimulations verbales et nociceptives, qui correspond à une abolition de la conscience et à l'absence d'interaction possible avec l'environnement. Sur le plan des réflexes du tronc cérébral il n'y a pas de réflexe naso palpébral, pas de cornéen, pas de réflexes oculocéphalogyres verticaux ou horizontaux, pas de photomoteur, seulement un réflexe oculocardiaque. Les électroencéphalogrammes réalisés permettant de mesurer et d'enregistrer l'activité électrique du cerveau sont plats et les ondes N20 traduisant l'activation du cortex somesthésique primaire controlatéral à la stimulation sont abolies. Cet état induit l'impossibilité pour le patient de respirer durablement sans l'aide d'une ventilation mécanique. Il ressort des explications fournies à l'audience que l'ensemble des examens réalisés depuis l'admission de M. H dans le service de réanimation du centre hospitalier de Valenciennes n'a montré aucune amélioration même légère de cet état de coma profond, et partant des lésions cérébrales graves dont le patient est atteint. Il ressort également de ces explications que l'équipe médicale, qui s'est concertée en collégialité large le 11 juillet 2022 puis le 15 juillet 2022, et qui a demandé l'avis de médecins extérieurs au service de réanimation et au centre hospitalier de Valenciennes, est convaincue de ce que l'état du patient, qui n'a plus d'activité cérébrale, présente un caractère irréversible et de ce que la poursuite de la thérapeutique invasive sans laquelle M. H ne peut continuer à vivre représente un traitement qui n'a pour seul effet que le maintien artificiel de la vie et qui, dans un avenir proche, va conduire à une dégradation de l'état corporel du patient qui se manifeste par une alimentation problématique du fait de vomissements et diarrhées profuses, par une escarre très difficile à traiter, par une insuffisance rénale aiguë et par des complications infectieuses.
12. Dans ces conditions, il n'apparait pas que la décision prise par l'équipe médicale du service de réanimation du centre hospitalier de Valenciennes d'arrêter les traitements de suppléance des fonctions vitales de M. H, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, ne respecterait pas le cadre législatif posé par le code de la santé publique.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mmes H au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une expertise médicale.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Valenciennes, qui n'est pas la partie perdante, la somme dont les requérantes demandent le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En l'absence de dépens de l'instance, les conclusions présentées par celles-ci au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mmes H est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B H, à Mme G H, à Mme A H et au centre hospitalier de Valenciennes.
Fait à Lille, le 22 juillet 2022.
Le juge des référés,
signé
B. K Le juge des référés,
signé
M. FLe juge des référés,
signé
P. CHRISTIAN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026