mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 13 septembre 2024 sous le numéro 2205513, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé la décision du 1er février 2022 de la caisse d'allocations familiales qui lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 919,47 euros (INK/001) pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021 ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;
3°) à titre subsidiaire, " de lui accorder la remise de sa dette " ;
4°) de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Desfarges, son avocat, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la régularité :
- la décision du 5 mai 2022 méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le contrôleur a eu recours à un traitement algorithmique sans le porter à sa connaissance, ce qui l'a privé d'une garantie ;
- la caisse d'allocations familiales du Nord ne l'a pas informé de l'utilisation de son droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu les articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision litigieuse n'est pas motivée en droit et en fait ; elle ne comporte pas les bases de calcul ;
- la décision litigieuse a méconnu ses droits de la défense en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'il n'a pas reçu communication des conclusions du contrôle de sa situation ; elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le bien-fondé :
- les services du département du Nord ont commis des erreurs de droit et d'appréciation sur sa situation en ce que le rapport d'enquête s'est contenté de mentionner qu'il résidait plus de 92 jours à l'étranger sans vérifier les motifs du séjour, et en ce que la situation sanitaire pour l'année 2020 l'a obligé à résider et à se maintenir en Colombie, sans possibilité de retour en France ;
- à titre subsidiaire :
o compte tenu de sa bonne foi, il peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions des articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
o la caisse d'allocations familiales et le département n'ont pas respecté à son égard leur devoir d'information résultant des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale.
Sur les retenues pratiquées :
- la décision litigieuse méconnaît l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles en ce que la caisse d'allocations familiales a procédé à des retenues avant la fin des délais et voies de recours.
Sur la remise gracieuse :
- il a droit à une remise gracieuse de sa dette, ou pour le moins à un échelonnement du paiement de celle-ci, puisqu'il est de bonne foi et n'a commis aucune fausse déclaration volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande de remise de dette de M. A n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2022 et le 13 septembre 2024 sous le numéro 2205560, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus :
- d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 d'un montant de 152,45 euros (ING/001) pour le mois de décembre ;
- des aides exceptionnelles de solidarité d'un montant total de 300 euros (INQ/001 et INQ/002) pour les mois de mai 2020 et de novembre 2020 ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes précitées ;
3°) à titre subsidiaire, " de lui accorder la remise de sa dette " ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord le versement à Me Desfarges, son avocat, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il fait valoir les mêmes moyens que ceux invoqués dans le cadre de l'instance n° 2205513.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.
III. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2022 et le 13 septembre 2024 sous le numéro 2207056, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre n° 00400-2022-28968 émis et rendu exécutoire le 31 août 2022 par le président du département du Nord pour un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 919,47 euros (INK/001) pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021 ;
2°) de le décharger de la somme précitée ;
3°) de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Desfarges, son avocat, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le titre a été émis en méconnaissance de l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles en raison du caractère suspensif de sa contestation formée dans sa requête n° 2205513 ;
- le titre contesté méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales en l'absence de la production de la copie du bordereau du titre dûment signé ; la direction générale des finances publiques ne peut se soustraire à son obligation d'information d'une signature électronique ;
- le titre litigieux est insuffisamment motivé ; il ne précise ni les bases ni les modalités de liquidation ;
- le titre contesté est infondé dès lors que le rapport d'enquête s'est contenté de mentionner qu'il résidait plus de 92 jours à l'étranger sans vérifier les motifs du séjour, et que la situation sanitaire pour l'année 2020 l'a obligé à résider et à se maintenir en Colombie, sans possibilité de retour en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2022.
IV. Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024 sous le numéro 2402545, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la contrainte émise le 23 février 2024, par la caisse d'allocations familiales du Nord, pour le recouvrement de trois indus d'aides exceptionnelles de fin d'année et de solidarité (ING/001 ; INQ/001 et INQ/002) pour un montant total de 452,45 euros ;
2°) de le décharger de la somme précitée ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Desfarges, son avocat, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu l'alinéa 2 de l'article L. 246-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors que la contrainte a été émise malgré la requête n° 2205560 formée contre les décisions d'indus litigieux ;
- la contrainte est insuffisamment motivée ; elle ne précise ni les bases ni les modalités de liquidation ;
- la contrainte à l'encontre des indus est infondée, de même que l'indu de revenu de solidarité, car le rapport d'enquête s'est contenté de mentionner qu'il résidait plus de 92 jours à l'étranger sans vérifier les motifs de son séjour et que la situation sanitaire pour l'année 2020 l'a obligé à résider et à se maintenir en Colombie, sans possibilité de retour en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 15 août 2010 entre le département du Nord et la caisse d'allocations familiales du Nord ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. À l'occasion d'un contrôle effectué par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, en octobre 2021, il a été constaté que M. A, allocataire du revenu de solidarité active depuis janvier 2015, n'avait pas déclaré sa résidence hors de France depuis le 21 février 2020, du fait d'un séjour en Colombie depuis cette date. À la suite de ce contrôle, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié, le 1er février 2022, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 919,47 euros. Par un recours administratif préalable obligatoire formé le 18 mars 2022, M. A a contesté la décision précitée de la caisse d'allocations familiales du Nord. Le 5 mai 2022, le président du conseil départemental a rejeté son recours et a confirmé la décision du 1er février 2022. Tirant les conséquences de son contrôle, la caisse d'allocations familiales a également informé l'intéressé, le 3 février 2022, d'indus d'aide exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2020 et d'aides exceptionnelles de solidarité pour les mois de mai et novembre 2020, pour un montant total de 452,45 euros mis à sa charge. Le 29 mars 2023, à la suite de l'examen de son dossier, il a été informé que l'omission de déclaration de sa résidence hors du territoire national depuis le 21 février 2020 était regardée comme constitutive d'une fraude. Le 31 août 2022, la paierie départementale du Nord a émis un titre exécutoire n° 00400-2022-28968 pour l'indu de revenu de solidarité active précité, pour un montant de 9 919,47 euros (INK/001), visant la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021. Le 23 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Nord a émis une contrainte à l'encontre de M. A pour les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 et d'aides exceptionnelles de solidarité.
2. Par les présentes requêtes, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
- d'annuler la décision du 5 mai 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé la décision de la caisse d'allocations familiales du Nord lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de d'un montant de 9 919,47 euros (INK/001) pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021, de le décharger de cette somme et de lui accorder, à titre subsidiaire, une remise de sa dette ;
- d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2020 et d'aides exceptionnelles de solidarité pour un montant total de 452,45 euros (ING/001 et INQ/001 et INQ/002), de le décharger de ces sommes et de lui accorder, à titre subsidiaire, une remise de ses dettes ;
- d'annuler le titre émis le 31 août 2022 d'un montant de 9 919,47 euros (INK/001) pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021 et de le décharger de cette somme ;
- d'annuler la contrainte émise le 23 février 2024 par la caisse d'allocations familiales du Nord pour le recouvrement des trois indus d'aides exceptionnelles de fin d'année et de solidarité (ING/001 ; INQ/001 et INQ/002) pour un montant total de 452,45 euros et de le décharger de ces sommes.
Sur la jonction :
3. Les requêtes présentées pour M. A, qui concernent la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'office du juge :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation des indus :
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active (requête n° 2205513) :
S'agissant de la régularité :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve de l'application du 2° de l'article L. 311-5, une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Le 2° de l'article L. 311-5 relatif aux documents non communicables et auquel fait référence l'article L. 311-3-1 mentionne notamment ceux pour lesquels la consultation ou la communication porterait atteinte à la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature.
6. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales a constaté que l'adresse IP utilisée par M. A, pour effectuer ses déclarations trimestrielles, se situait en Colombie et a décidé, pour ce motif, de déclencher un contrôle. Ce contrôle ayant pour but de rechercher d'éventuelles infractions aux règles d'attribution du revenu de solidarité active, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration relatives au recours aux traitements algorithmiques, dès lors qu'il relève des exceptions prévues par cette disposition.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales () ". Aux termes de l'article L. 262-40 de ce code : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ".
8. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles, rappelées au point précédent, que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale.
10. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée.
11. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 12 janvier 2022, que l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord a pris contact avec dix particuliers ou organismes. Il résulte également de l'instruction, notamment des termes de ce rapport d'enquête, dont les constatations et énonciations matérielles font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a été informé oralement de l'exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication auprès de tiers et de la possibilité qui lui était offerte d'obtenir communication des documents ainsi obtenus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
13. En troisième lieu, en vertu du 1° du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, une convention, conclue entre le département et chacun des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 262-16, précise en particulier les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ".
14. Il résulte de ces dispositions que la convention conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales ne peut légalement prévoir qu'aucun recours administratif préalable dirigé contre une décision relative au revenu de solidarité active n'est soumis pour avis à la commission de recours amiable. Toutefois, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière a été prise pour son application ou y trouve sa base légale. La décision par laquelle le président du conseil départemental confirme la récupération par la caisse d'allocations familiales d'un indu de revenu de solidarité active ne constitue pas un acte pris pour l'application des dispositions de la convention conclue entre cette caisse et le département en application de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles relatives à la saisine de la commission de recours amiable, lesquelles ne constituent pas davantage sa base légale. Dès lors, M. A ne peut pas utilement invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la convention conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales du Nord, alors même que celle-ci ne pouvait légalement exclure la consultation de la commission de recours amiable sur toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active que ce soit.
15. En quatrième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
16. En l'espèce, la décision en litige mentionne la nature des prestations concernées, un indu de revenu de solidarité active, le montant réclamé, et le motif de la récupération, tiré de l'omission de déclaration par M. A de sa résidence à l'étranger pour la période allant du 1er février 2020 au 30 septembre 2021. Elle mentionne l'obligation légale de M. A de déclarer à la caisse d'allocations familiales tout changement de sa situation, notamment avec la référence aux articles du code de l'action sociale et des familles relatifs aux séjours à l'étranger de plus de trois mois. Ainsi, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui la fondent, avec suffisamment de précision pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, la décision notifiant l'indu n'a pas à mentionner les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". En outre, aux termes de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale : " I. L'organisation de la sécurité sociale comprend les organismes de sécurité sociale suivants : / 1° En ce qui concerne le régime général : () / b) La Caisse nationale des allocations familiales et des caisses d'allocations familiales () ".
18. Il résulte des dispositions précitées que M. A ne peut utilement soutenir que le rapport d'enquête aurait dû lui être communiqué ou que la décision attaquée devait être précédée d'une procédure contradictoire.
19. En dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Les stipulations précitées ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale, et non aux procédures administratives. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le requérant a formé le recours administratif préalable obligatoire suspensif prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, par lequel l'intéressé a contesté le motif de l'indu en cause.
S'agissant du bien-fondé :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familiales : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective (..) a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
21. Aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
22. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
23. Aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés () le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. (). Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. "
24. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête, établi le 12 janvier 2022, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A résidait en Colombie depuis le 21 février 2020. S'il soutient qu'il a été empêché de retourner en France en raison de la pandémie de Covid-19, du prix des billets d'avion ainsi que de la politique sanitaire de la Colombie, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations autre qu'un échange de courriels avec l'ambassade de France pour un déplacement interne au pays. Au demeurant, il résulte de ce rapport, sans que le requérant ne remette en cause cette mention, qu'il n'a pas informé la caisse d'allocations familiales de sa situation alors que l'agent note qu'il a effectué ses déclarations trimestrielles sur internet en se connectant depuis la Colombie et qu'il n'a avoué se trouver dans ce pays que lors d'une conversation téléphonique avec l'agent qui le confrontait à cette situation factuelle. Dans ces conditions, alors que les omissions déclaratives sont récurrentes et en l'absence de tout autre élément, la caisse d'allocations familiales du Nord a pu légalement estimer que l'intéressé ne remplissait pas, pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021, la condition de résidence stable et effective en France au sens des dispositions précitées et lui a demandé la répétition des sommes versées.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration: " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".
26. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental du Nord a, notamment en produisant le rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, rapporté la preuve de ce que M. A avait omis de déclarer sa résidence à l'étranger entre le 21 février 2020 et le 30 septembre 2021 et qu'il avait conscience de ne pas remplir la condition de résidence. Cette mauvaise foi fait obstacle à ce que M. A puisse se prévaloir des dispositions de l'article L. 123-1 du même code. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.
27. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 162-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active définis à la section 3 du présent chapitre. Il est aussi informé des droits auxquels il peut prétendre au regard des revenus que les membres de son foyer tirent de leur activité professionnelle et de l'évolution prévisible de ses revenus en cas de retour à l'activité ". Aux termes de l'article R. 202-84 du même code : " Les organismes qui assurent le service de la prestation sont tenus, lors de la notification de la décision d'attribution de l'allocation de revenu de solidarité active, d'informer le bénéficiaire de l'ensemble des droits et des obligations qui s'attachent à cette qualité. ".
28. Aux termes de l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale : " Les organismes débiteurs des prestations familiales et leur personnel sont au service des allocataires. / Ils sont tenus en particulier : / 1°) d'assurer l'information des allocataires sur la nature et l'étendue de leurs droits ; / 2°) de leur prêter concours pour l'établissement des demandes dont la satisfaction leur incombe. / Ils peuvent également apporter leur concours à leurs allocataires en fin de droit pour l'établissement de dossiers formulés au titre d'autres régimes de protection sociale auprès d'autres organismes. " Aux termes de l'article R. 112-2 du même code : " Avec le concours des organismes de sécurité sociale, le ministre chargé de la sécurité sociale prend toutes mesures utiles afin d'assurer l'information générale des assurés sociaux. / Il établit annuellement dans le cadre des mesures générales de coordination déjà existantes les directives selon lesquelles s'exerce l'action des organismes de sécurité sociale en matière de prévention des accidents du travail. / Il contrôle la réalisation, par les organismes de sécurité sociale, du plan d'action sanitaire et sociale. / Il prend toutes mesures nécessaires à la mise en œuvre de l'action sociale en faveur des personnes âgées. ".
29. Compte tenu de ses omissions déclaratives, et sans que l'intéressé puisse se prévaloir d'un manque d'information de la part de l'organisme de sécurité sociale, ni d'une quelconque lacune dans l'information générale due aux assurés sociaux, M. A ne pouvait ignorer qu'il était tenu de déclarer son absence de résidence effective en France.
30. En dernier lieu, M. A ne peut sérieusement soutenir qu'il appartenait à l'administration, qui avait connaissance de son absence du territoire français du fait de la surveillance de ses connexions à son compte en ligne, de le mettre en garde sur les conséquences que pouvaient avoir ses absences prolongées sur le territoire français sur ses droits à bénéficier de revenu de solidarité active, dès lors qu'il lui appartenait de faire connaître ses changements de situation et de déclarer sa résidence dans ses déclarations trimestrielles.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 5 mai 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant tendant à être déchargé de l'indu mis à sa charge, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les indus d'aides exceptionnelles de fin d'année 2020 et d'aides exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire (requête n° 2205560) :
32. Le décret visé ci-dessus 29 décembre 2020 prévoit qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Il précise que cette aide est à la charge de l'État et versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active.
33. Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020, applicable dans les mêmes termes pour le décret du 27 novembre 2020, portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I. Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ". L'article 2 de ces décrets prévoit que les allocataires ont droit à un versement de 150 euros, sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai et du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul.
34. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision du 3 février 2022 précise la nature des indus mis à la charge de l'intéressé, le montant, la période sur laquelle ils portent et leur motif tiré de l'absence de résidence en France depuis le 21 février 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
35. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, L. 114-21 du code de la sécurité sociale, L. 121-1, L. 122-1, L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration et du 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
36. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit plus haut, M. A n'avait pas droit au revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021. Il ne remplissait donc pas les conditions pour obtenir les aides exceptionnelles. Par suite, la contestation du bien-fondé de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 pour la somme de 152,45 euros (ING/001) et des indus d'aides exceptionnelles de solidarité pour les mois de mai et novembre 2020 d'un montant total de 300 euros (INQ/001 et INQ/002) doit être écartée.
37. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 3 février 2022 portant sur l'indu de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 et des indus d'aides exceptionnelles de solidarité doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge.
Sur les conclusions relatives aux retenues sur prestations :
38. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif / () ".
39. Si le requérant soutient que la caisse d'allocations familiales du Nord a opéré des retenues dès la notification de la décision en litige et avant même l'expiration des voies et délais de recours ouverts contre elle, il ne verse aux débats aucun commencement de preuve de l'existence de telles retenues opérées par la caisse. À supposer que des retenues aient bien été effectuées, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé ou la régularité des indus en litige. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions ont été prises en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles.
Sur les conclusions aux fins de remises gracieuses :
40. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
41. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait adressé une demande préalable au département défendeur en vue d'obtenir une remise gracieuse. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit plus haut, il résulte de l'instruction que les indus en litige trouvent leur origine dans les omissions déclaratives répétées concernant le lieu de résidence de l'intéressé, lesquelles constituent des fausses déclarations. Celles-ci font obstacle à la remise gracieuse du solde des indus en cause.
Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire concernant l'indu de revenu de solidarité active (requête n° 2207056) :
42. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander à être déchargé de la somme de 9 919,47 euros correspondant à l'indu de revenu de solidarité active.
43. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet () les créances du département au président du conseil départemental. () Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur () ".
44. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, cité au point précédent.
45. Le titre exécutoire contesté a été émis le 31 août 2022 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021, alors que M. A avait formé un recours préalable obligatoire à l'encontre de cet indu et introduit, sous le n° 2205513 un recours contentieux à l'encontre du rejet de son recours par un décision du 5 mai 2022. À la date d'émission du titre exécutoire, l'instance étant toujours pendant devant le tribunal administratif de Lille, le département du Nord ne pouvait émettre, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le titre de recette en litige qui doit donc être, pour ce motif, annulé.
46. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire émis le 31 août 2022 doit être annulé.
47. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération d'un indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
Sur les conclusions relatives à la contrainte portant sur des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide de solidarité (requête n° 2402545) :
48. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 452,45 euros correspondant aux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide de solidarité.
49. En second lieu, il résulte de l'instruction que le requérant a, dans la requête n° 2205560, contesté la décision du 3 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a mis à sa charge des indus d'aide exceptionnelles de fin d'année et d'aides de solidarité. Ainsi, la caisse d'allocations familiales du Nord, pour les mêmes motifs de droit évoqués ci-dessus, a méconnu les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles en émettant la contrainte du 23 février 2024, alors que la créance des indus faisait l'objet d'une contestation devant ce tribunal.
50. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la contrainte émise le 23 février 2024 pour des indus d'aides exceptionnelles de fin d'année et de solidarité pour un montant total de 452,45 euros (ING/001 ; INQ/001 et INQ/002) pour l'année 2020.
Sur les frais liés aux litiges :
51. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du département du Nord et de l'État les sommes que M. A et son conseil demandent au titre des frais exposés dans les requêtes nos 2205513 et 2205560 et non compris dans les dépens. Il en va de même des conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales du Nord dans l'instance n° 2402545. D'autre part, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge respective du département du Nord et de la caisse d'allocations familiales du Nord les sommes de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés dans les instances nos 2207056 et 2402545 et non compris dans les dépens.
52. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'instance n° 2205560.
D É C I D E :
Article 1er : Le titre n° 00400-2022-28968 émis et rendu exécutoire le 31 août 2022 par le président du département du Nord est annulé.
Article 2 : La contrainte émise le 23 février 2024 par la caisse d'allocations familiales du Nord est annulée.
Article 3 : Le département du Nord versera à Me Desfarges, dans l'instance n° 2207056, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : L'État versera à Me Desfarges dans l'instance n° 2402545, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Desfarges, au département du Nord et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. Cotte
La greffière,
signé
B. Deltour
La République mande et ordonne au préfet du Nord et ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2205513 - 2205560 - 2207056 - 2402545
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026