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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205523

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205523

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour "salarié" et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Nord le 27 juin 2022. Le tribunal a estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation du requérant et que le moyen tiré d'une erreur de droit sur ce point était infondé. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés. La décision s'appuie notamment sur l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juillet 2022 et 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Pascal Levy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, à titre principal, la décision du 27 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français et, à titre très subsidiaire, la décision du même jour fixant un délai de départ volontaire de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente de ce réexamen de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le préfet a estimé, à tort, qu'il avait démissionné de son emploi ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Nicolas Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mars 2024, la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 3 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sanier,

- et les observations de Me Bilel Laïd, substituant Me Pascal Levy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 16 janvier 2000 et entré en France, selon ses déclarations, le 29 mars 2017, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a été mis en possession successivement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 25 mai au 24 décembre 2018, d'un titre de séjour en qualité de salarié temporaire, valable du 16 décembre 2018 au 15 septembre 2019 et d'un titre de séjour en qualité de salarié valable du 10 juin 2020 au 9 juin 2021, renouvelé jusqu'au 9 juin 2022. L'intéressé a sollicité, le 2 mai 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A avant de prendre à son encontre la décision en litige, alors même qu'il ne mentionne pas la dispense d'inscription de sa condamnation pénale au bulletin n°2 de son casier judiciaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée de ce chef cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. () ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. / N'est pas regardé comme ayant cessé de remplir la condition d'activité prévue aux articles L. 421-1, L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 l'étranger involontairement privé d'emploi au sens de ces mêmes articles. ". Enfin, aux termes de l'article L. 1237-11 du code du travail : " L'employeur et le salarié peuvent convenir en commun des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie. / La rupture conventionnelle, exclusive du licenciement ou de la démission, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. / Elle résulte d'une convention signée par les parties au contrat. Elle est soumise aux dispositions de la présente section destinées à garantir la liberté du consentement des parties. ".

4. M. A fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Nord a considéré, à tort, qu'il avait démissionné de son emploi au sein la société OS Persan 95 sous contrat à durée indéterminée, alors que ce contrat a fait l'objet d'une rupture conventionnelle. Il ressort effectivement des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas démissionné de son emploi et que son contrat de travail a pris fin par rupture conventionnelle. Toutefois, si l'existence d'une rupture conventionnelle donne droit à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail, elle ne permet pas en elle-même de considérer que le requérant aurait été involontairement privé de cet emploi au sens de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle rupture résultant d'un accord entre les deux parties. Dans ces conditions, et alors que M. A n'établit pas que la rupture de son contrat de travail serait uniquement imputable à son employeur, il ne peut être regardé comme ayant été involontairement privé de son emploi au sens des dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Pontoise à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 27 mars 2020. Si le requérant soutient que ces faits revêtent un caractère isolé et ancien, que le tribunal judiciaire a fait droit à sa demande d'exclusion de la mention de cette unique condamnation sur le bulletin n°2 de son casier judiciaire et qu'il se prévaut également de la durée de son séjour en France ainsi que de son insertion professionnelle, il ne conteste pas la matérialité des faits. Dès lors, eu égard à la nature et à la gravité des faits en cause, qui présentent un caractère récent à la date de la décision en litige, le préfet du Nord a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public et, en conséquence, refuser de lui renouveler son titre de séjour pour ce seul motif.

8. Au surplus, M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, depuis le 29 mars 2017, de son mariage avec une ressortissante française et de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire. Toutefois, en établissant avoir travaillé en qualité de vendeur pour la SARL OS Persan 95 sous contrat à durée indéterminée, entre le 23 avril 2019 et le 1er septembre 2021, et en qualité d'employé polyvalent pour la société Royale Pizza à compter du 17 juin 2022, sous contrat à durée indéterminée à temps partiel, le requérant ne saurait être regardé comme justifiant d'une insertion professionnelle stable sur le territoire national. En outre, la circonstance qu'il ait été embauché, le 19 novembre 2022, en qualité de vendeur sous contrat à durée indéterminée par la SARL Maisama est postérieure à la décision attaquée et, par suite, sans incidence sur sa légalité qui s'apprécie à la date de son édiction. Par ailleurs, si M. A fait état de son mariage avec une ressortissante française le 19 avril 2024, postérieurement à la décision attaquée du 27 juin 2022, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'ancienneté de cette relation et la vie commune du couple avant l'édiction de l'arrêté en litige. En outre, si l'intéressé se prévaut de la présence sur le territoire français de sa sœur, titulaire d'une carte de résident de dix ans, il n'apporte aucun élément précis sur les liens de toute nature, notamment d'ordre familial ou amical qu'il aurait noués ou entretenus en France. Enfin, le requérant n'établit, ni n'allègue sérieusement aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, au Maroc où résident ses parents et son frère, ni qu'il serait dans l'impossibilité de s'y réinsérer. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la nature et de la gravité des faits commis par l'intéressé mentionnés au point 7, la décision en litige portant refus de titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En quatrième lieu, M. A qui n'a sollicité un titre de séjour qu'en sa qualité de salarié, ne peut utilement soutenir à l'encontre de la décision lui refusant le séjour que le préfet du Nord devait lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

13. M. A ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à rendre nécessaire la prolongation de ce délai de trente jours qui lui a été accordé pour quitter volontairement le territoire. Par suite, en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Barre, conseillère,

Mme Sanier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

L. SANIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

O. LEFEBVRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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