mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DRAME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Drame, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire pour raison de santé et lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de ses liens personnels et familiaux en France ;
2°) d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce dernier au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour pour raison de santé :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le préfet du Nord ne justifie pas de l'existence de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qu'il n'est pas possible d'identifier le médecin rapporteur et de s'assurer qu'il n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément à l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016, qu'il est impossible d'identifier les médecins ayant rendu l'avis, en méconnaissance de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique, et de s'assurer qu'ils ont été régulièrement désignés, que l'avis n'a pas été rendu collégialement et qu'il apparait insuffisamment motivé ;
- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision contestée est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant indûment senti lié par l'avis de l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de ses liens personnels et familiaux en France :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie d'une insertion professionnelle suffisante.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a présenté des observations.
La clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2022 par une ordonnance du 14 décembre 2022.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 25 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme Piou au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante guinéenne née le 2 novembre 1986 à Conakry (Guinée), qui déclare être entrée en France le 14 octobre 2012, s'est vu délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, régulièrement renouvelé du 22 décembre 2016 au 9 décembre 2019, puis un titre pluriannuel du 9 avril 2020 au 8 octobre 2021 pour le même motif. Par un courrier reçu le 6 août 2021, Mme B a demandé le renouvellement de ce titre de séjour et, par un courrier du 15 octobre suivant, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à raison de ses liens personnels et familiaux en France. Par l'arrêté contesté du 19 avril 2022, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour délivré pour motifs de santé :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état des conditions d'entrée et de séjour de Mme B en France, du sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de l'état de santé et des conditions de prise en charge de l'intéressée, mais également de sa situation professionnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". En vertu de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Et aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Enfin, aux termes de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique : " () Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un médecin doit être rédigé lisiblement en langue française et daté, permettre l'identification du praticien dont il émane et être signé par lui. Le médecin peut en remettre une traduction au patient dans la langue de celui-ci ".
4. Il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 5 janvier 2022, produit par le préfet du Nord en défense, qu'il mentionne l'identité de ses auteurs, régulièrement désignés par une décision du directeur général de cet office du 1er octobre 2021, comporte leurs signatures et se prononce sur l'ensemble des points requis par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 par le formulaire prévu à cet effet. Par ailleurs, il ressort de cet avis ainsi que de son bordereau de transmission à la préfecture que le médecin ayant établi le rapport médical sur l'état de santé de Mme B n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux dispositions précitées des articles R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Enfin, la requérante ne peut utilement invoquer l'absence de caractère collégial de cet avis, les médecins signataires n'étant pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit, en toutes ses branches, être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que l'intéressée n'aurait pas transmis son dossier médical à l'OFII. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est, à cet égard, entachée d'une erreur de fait.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet du Nord, qui cite l'avis de l'OFII et précise que l'intéressée n'a pas produit d'éléments médicaux permettant de conclure qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'une prise en charge appropriée en Guinée, se serait indûment estimé en situation de compétence liée. Le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit, par suite, être écarté.
7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 2 et 6, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, notamment du rapport établi par le médecin de l'OFII, que l'état de santé de l'intéressée aurait été pris en compte de manière incomplète. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
9. Il ressort des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
10. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a, par un avis du 5 janvier 2022, considéré que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il a également considéré que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier d'un traitement approprié.
12. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée souffre d'une cardiopathie hypertensive sévère pour laquelle elle bénéficie d'un suivi régulier en France ainsi que d'un traitement composé de Coveram, de Spironolactone et de Nebivolol. Toutefois, il ne ressort pas des rapports nationaux et internationaux produits par l'intéressée qu'il serait impossible d'avoir accès en Guinée, notamment dans les pôles urbains, à un service de cardiologie susceptible d'assurer le suivi d'une pathologie déjà identifiée, non plus qu'à un électrocardiogramme. Par ailleurs, si la requérante produit un certificat médical d'un médecin généraliste français indiquant qu'elle ne pourra bénéficier d'un suivi et d'un traitement adaptés à son état de santé dans son pays d'origine, ce certificat, peu circonstancié, n'apparait pas suffisamment probant pour remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. L'intéressée ne conteste au demeurant pas sérieusement que son traitement médicamenteux était, à la date de la décision, disponible en Guinée. Enfin, elle ne soutient ni même n'allègue qu'elle ne pourrait pas se réinsérer professionnellement en Guinée et n'établit pas qu'elle ne pourrait ni supporter la charge financière de son traitement ni bénéficier d'une couverture de ses frais de santé notamment par l'une des assurances maladie existantes dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de ses liens personnels et familiaux en France :
14. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état de ses conditions d'entrée et de séjour en France ainsi que de son état de santé, comme indiqué au point 2, mais également de ses attaches sur le territoire français, notamment la présence de son cousin, de celles restées en Guinée, parmi lesquelles son frère et ses deux filles mineures, ainsi que de son insertion professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
16. Si Mme B indique résider en France depuis 2012, elle n'établit pas sa présence continue sur ce territoire depuis cette date par les seules pièces produites. Par ailleurs, elle ne justifie pas davantage être en couple depuis quatre ans avec M. B, alors qu'elle se déclarait célibataire lors de sa demande de titre de séjour déposée le 15 octobre 2021, ni avoir maintenu des liens d'une particulière intensité avec sa sœur, dont la présence sur ce territoire n'a pas davantage été mentionnée lors de sa demande. Enfin, elle ne soutient ni même n'allègue qu'elle ne pourrait se réinsérer professionnellement ou socialement en Guinée, où vivent, à tout le moins, ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, malgré son insertion professionnelle, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a, en prenant la décision litigieuse, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
17. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a travaillé du 4 décembre 2017 au 30 juin 2018 au sein de l'entreprise STN Groupe en qualité d'agent de service puis au sein de l'entreprise Primium en cette même qualité du 15 mars 2018 au 31 janvier 2019, avant de conclure un contrat à durée indéterminée avec l'entreprise Anabas pour exercer les fonctions d'arrière caisse à compter du 4 avril 2019. Toutefois, compte tenu de ce qui a été retenu au point précédent, malgré cette insertion professionnelle, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par ailleurs, l'intéressée n'établit l'existence d'aucune erreur de fait s'agissant de sa situation professionnelle. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
18. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de ce dernier article : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
19. Il résulte de ce qui précède que Mme B ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 425-9 du même code. Par ailleurs, elle ne justifie pas de dix ans de présence en France et n'a, en tout état de cause, pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet du Nord n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision litigieuse.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à raison de ses liens personnels et familiaux en France doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
21. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision contestée.
22. En deuxième lieu, l'intéressée ne peut davantage utilement invoquer contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles se bornent à prévoir les conditions d'octroi d'un titre de séjour " salarié " que Mme B n'a, au demeurant, pas sollicité.
23. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus respectivement aux points 12 et 16, les moyens tirés de la méconnaissance, d'une part, des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, de celles de l'article L. 423-23 de ce code et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Drame et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. PIOU
La présidente,
signé
A-M. LEGUINLa greffière,
signé
C. CALIN
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026