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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205636

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205636

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 28 juillet 2022, M. B E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a octroyé aucun délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour en France durant deux ans, ainsi que les effets juridiques de cette interdiction, parmi lesquels le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation personnelle a été méconnue.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation personnelle a été méconnue.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation personnelle a été méconnue.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation personnelle a été méconnue.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier, magistrat désigné ;

- les observations de Me Cardon, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il précise que les conclusions de la requête doivent être comprises comme tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Nord de supprimer le signalement aux fins de non-admission de M. E dans le système d'information Schengen ; il ajoute, en ce qui concerne la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, que celle-ci est entachée d'un défaut d'examen et qu'elle méconnaît les articles 6.5) de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qui concerne la décision attaquée n'octroyant aucun délai de départ volontaire, que les dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaissent les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et que M. E dispose, en France, d'une adresse et d'un contrat de travail, en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, que celle-ci méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France durant deux ans, que le parquet a mis fin à la mesure de garde à vue dont M. E a fait objet après avoir considéré que l'infraction en cause n'était pas suffisamment caractérisée ;

- les observations de Me Boukersi, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les observations orales de M. E, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant algérien né le 5 septembre 1995 à Sétif (Algérie) et déclarant être entré en France au cours du mois de septembre 2021, a été interpellé le 22 juillet 2022 et placé en garde à vue pour des faits d'exhibition sexuelle. Par un arrêté du 23 juillet 2022, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a accordé aucun délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cet mesure d'éloignement et l'a interdit de retour en France durant deux ans. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 28 septembre 2021, publié le 30 septembre 2021 au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la région Hauts-de-France, préfet de la zone de défense et de sécurité Nord, sous-préfète pour Roubaix à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté vise et, ou cite, notamment, les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'il développe les motifs retenus au soutien des décisions en litige. Le préfet a ainsi indiqué que M. E ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, a rappelé ses conditions de séjour en France et a également mentionné les éléments constituant la situation privée, familiale et administrative du requérant ainsi que le fait que celui-ci est défavorablement connu des services de police. L'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles les décisions attaquées sont fondées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E est célibataire, sans enfant à charge. Il a déclaré être entré sur le territoire français en septembre 2021, au demeurant sans l'établir, de sorte qu'il ne peut se prévaloir d'aucune ancienneté particulière de séjour en France. S'il soutient que sa sœur et son cousin, chez qui il a indiqué, lors de l'audience, être hébergé, résident sur le territoire français, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine dès lors que, selon ses propres déclarations formulées lors de l'audition menée, le 23 juillet 2022 par les services de police avec l'assistance d'un interprète, " le reste de [s]a famille se trouve en Algérie ". Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. E dispose, en France, d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu, le 1er juillet 2022, en qualité de " mécanicien automobile ", il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait se réinsérer, socialement et professionnellement, dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Nord aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions d'obtention de plein droit du titre de séjour prévu au 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent être écartés.

6. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant d'adopter la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demande l'annulation de la décision du 23 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " Aux fins de la présente directive, on entend par : () 7) " risque de fuite " : le fait qu'il existe des raisons, dans un cas particulier et sur la base de critères objectifs définis par la loi, de penser qu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet de procédures de retour peut prendre la fuite () ". Aux termes de l'article 7 de cette directive : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 à 4. () / 4. S'il existe un risque de fuite, () les Etats membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. Il résulte des dispositions du l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'existence d'un risque que l'étranger se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français résulte d'un ensemble de critères objectifs et doit être appréciée par l'autorité compétente en fonction des circonstances particulières de l'espèce. Le législateur a, en outre, réservé l'hypothèse d'une circonstance particulière propre à justifier que, même dans l'un des cas prévus audit 3°, l'obligation de quitter le territoire français demeure assortie d'un délai de départ volontaire. Ces dispositions ne méconnaissent donc pas les objectifs de la directive n° 2008/115/CE susvisée et notamment ceux qui résultent des dispositions précitées de ladite directive. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. En dernier lieu, le requérant soutient que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et que le préfet du Nord a méconnu sa situation personnelle, son conseil rappelant, lors de l'audience, qu'il dispose en France d'une adresse et d'un contrat de travail. Toutefois, il n'est pas contesté que M. E ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, de telle sorte que sa situation entre dans les cas prévus au 1° et au 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'attestation d'hébergement versée à l'instance, qui n'est pas circonstanciée, a été rédigée postérieurement à l'adoption de la décision en litige. Enfin, la circonstance que le requérant dispose en France d'un contrat de travail n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation entachant la décision attaquée. Ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord ne lui a accordé aucun délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. M. E, qui a déclaré lors de son audition être venu en France pour des motifs économiques et ne pas avoir été " personnellement et directement menacé " dans son pays d'origine, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il risquerait, en cas de retour en Algérie, d'y subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que sa vie ou sa liberté y seraient menacées. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

17. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et que le préfet du Nord a méconnu sa situation personnelle, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant de statuer sur son bienfondé. Il doit, par suite, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demande l'annulation de la décision du 23 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour en France :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

20. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a déclaré, sans toutefois l'établir, résider en France depuis le mois de septembre 2021, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et il justifie de la présence régulière de sa sœur sur le territoire français. S'il a été interpellé le 22 juillet 2022 pour des faits d'exhibition sexuelle et placé en garde à vue, cette procédure a été classée sans suite au motif que l'infraction en cause n'était pas suffisamment caractérisée. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir qu'en fixant la durée de l'interdiction de retour à deux ans, le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

21. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant interdiction de retour en France d'une durée de deux ans doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II). / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

23. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement que soit supprimé le signalement dont le requérant a fait l'objet aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre le préfet du Nord de prendre, dans un délai d'un mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 23 juillet 2022. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a interdit M. E de retour en France durant deux ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français annulée à l'article 1er, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Nord.

Prononcé à l'audience publique le 3 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé,

G. F

La greffière,

Signé,

G. GREGOIRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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