jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. C A B, représenté par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Navy, avocat de M. A B de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Par décision du 30 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a déclaré caduque la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur,
- et les observations de Me Guillaud substituant Me Navy pour M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 20 août 1990, ressortissant marocain, est entré en France en octobre 1990, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Le 20 août 2008, il s'est vu délivrer une carte de résident valable jusqu'au 19 août 2018. Par une demande enregistrée le 18 mars 2019, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Par un arrêté du 4 février 2022, dont M. A B demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 septembre 2021, publié le 30 septembre de la même année au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, à l'effet de signer, notamment, l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut, dès lors, qu'être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il appartient en principe à l'autorité administrative de délivrer, lorsqu'elle est saisie d'une demande en ce sens, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui remplit les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut opposer un refus à une telle demande que pour un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a été condamné par le tribunal correctionnel de Lille, le 19 juin 2009 à sept cents euros d'amende pour des faits de " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance " et " conduite d'un véhicule sans permis " commis le 19 juin 2009, le 1er octobre 2009 à un mois d'emprisonnement avec sursis et deux cents euros d'amende avec sursis pour " outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique " commis les 28 janvier et 2 juillet 2009, le 23 juin 2011 à six mois d'emprisonnement pour " vol " commis les 22 mars et 12 août 2010, pour " vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail " commis le 22 mars 2010, pour " rébellion ", " usage de stupéfiants " et " outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique (récidive) " commis le 12 août 2010, le 4 octobre 2011 à 750 euros d'amende pour " conduite d'un véhicule sans permis " commis le 9 août 2011, 7 avril 2014 à 250 euros d'amende pour " usage illicite de stupéfiants " commis du 9 septembre 2010 au 9 septembre 2013. Par ailleurs, la sixième chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Douai l'a condamné le 12 novembre 2015, sur appel de la décision prononcée le 21 octobre 2014 par le tribunal correctionnel de Dunkerque, à deux mois d'emprisonnement avec annulation du permis de conduire et interdiction de solliciter la délivrance d'un nouveau permis pendant trois mois pour " récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage substances ou plantes classées comme stupéfiants " commis le 7 juillet 2013. Il ressort également des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que M. A B est défavorablement connu pour des faits de " vol par effraction " commis le 26 janvier 2008 et le 28 décembre 2008, de " vol à l'étalage " commis le 19 janvier 2009, de " vol par effraction " commis le 26 janvier 2009, de " violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique avec interruption temporaire de travail de moins de huit jours " commis le 2 juillet 2009, d' " usage de stupéfiants " commis le 4 février 2010, de " vol par effraction " commis les 15 et 16 mai 2011, de " menace réitérée de crime contre les personnes " et " apologie directe et publique d'un acte de terrorisme " commis le 2 octobre 2019, de " refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique " et " conduite d'un véhicule sans permis " commis le 7 novembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que la commission du titre de séjour, réunie le 26 octobre 2021, après avoir entendu le requérant, qui justifie qu'il a commis ces faits notamment car : " [il] étai[t] jeune et insouciant " et indique avoir mûri et être détenteur du permis de conduire, a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour au motif que " les faits sont multiples. Il ne s'est pas présenté pour la remise de son récépissé. Par ailleurs, il n'exprime pas de regret sur les faits reprochés et n'établit pas de lien avec la délivrance d'un titre de séjour ". Les observations de l'intéressé au cours de cette commission laissent entendre qu'il ne tient pas compte des multiples procédures menées à son encontre, ni des décisions judiciaires rendues dans ce cadre. Au demeurant quelques jours après cette réunion de la commission du titre de séjour, le 7 novembre 2021, le requérant a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de " refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique " et " conduite d'un véhicule sans permis ". En tout état de cause, s'il se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis son plus jeune âge, de la présence de l'ensemble de sa famille proche en France, d'avoir travaillé pour la société ESTERRA du 08 mai 2021 jusqu'en février 2022, des liens qu'il a pu nouer durant sa scolarité qu'il a suivie jusqu'en 2007, au demeurant non démontrés, ces circonstances ne sauraient caractériser une insertion sociale et professionnelle d'une intensité telle qu'elle serait susceptible de justifier la régularisation de sa situation, et ne sauraient davantage faire oublier qu'il a été condamné ou interpellé à de multiples reprises et de manière récurrente entre 2008 et 2021 pour des infractions de nature contraventionnelle et délictuelle constituant des atteintes particulièrement graves aux personnes ainsi qu'aux biens. Ces condamnations et interpellations caractérisent une insertion défavorable dans la société française, démontrant non seulement un risque important de récidive et a fortiori son absence d'adhésion aux principes, aux valeurs et aux lois de la République française. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas non plus entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Les conclusions à fin d'annulation qu'il a présentées doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A. JaurLe président,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
D. Wisniewski
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026