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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205770

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205770

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDIARRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2204685 du 26 juillet 2022, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 21 juillet 2022, présentée par Mme A C.

Par cette requête enregistrée le 21 juillet 2022, Mme C, représentée par Me Diarra, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai un récépissé provisoire l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition urgence est remplie dès lors qu'elle a signé un contrat de travail le 20 octobre 2021, a obtenu une autorisation de travail du ministère de l'intérieur le 21 novembre 2021 et travaillait déjà pour la société DSI TELECOM lorsque l'arrêté attaqué lui a été notifié le 20 juillet 2022 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur de droit.

Vu :

- la décision dont la suspension est demandée et la copie de la requête à fin d'annulation présentée contre cette décision ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Diarra, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que sa requête.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, que l'ordonnance à venir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a obligé Mme C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en raison du caractère suspensif attaché au recours tendant à l'annulation de cette obligation présentée par la requérante le 20 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 11 juillet 1993, qui est arrivée en France le 7 septembre 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de type D, a été mise en possession d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent : salarié en mission " valable jusqu'au 9 novembre 2021. Elle demandé le renouvellement de son titre de séjour avec un changement de statut pour celui de salarié et a bénéficié de la délivrance d'un récépissé valable jusqu'au 28 mai 2022. Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur la demande de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. " et aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".

3. Ces dispositions, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver les requérants de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de séjour, de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative. En revanche, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut, en principe, pas être contestée dans le cadre de la procédure de référé prévue par ces mêmes dispositions lorsque le requérant a introduit, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un recours tendant à l'annulation de cette décision et qu'il n'a pas encore été statué, l'exécution de l'obligation litigieuse étant dans de telles circonstances et en vertu des dispositions de l'article L. 722-7 du code précité, suspendue.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Grenoble et transmise au tribunal administratif de Lille, Mme C a demandé l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français a ainsi été suspendue, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès l'introduction de cette requête à fin d'annulation. Ce recours étant toujours pendant, les conclusions de Mme C tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

Sur l'urgence :

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait d'un titre de séjour.

6. Mme C demandant la suspension de la décision de refus de renouvellement de sa carte de séjour qui lui a été opposée par le préfet de l'Isère le 24 février 2022 et ledit préfet ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Sur la légalité de la décision contestée :

7. Aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié "() " et aux termes du premier alinéa de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

8. Si, en vertu de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire.

9. Eu égard à la présentation par Mme C d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chargé de planification réseaux de télécoms signé le 22 octobre 2021 et d'une autorisation de travail délivrée pour cet emploi le 18 novembre 2021 par le ministre de l'intérieur, le moyen tiré de l'erreur de droit en lui refusant la délivrance d'une carte temporaire portant la mention " salarié ", alors qu'elle remplissait les conditions pour ce faire, est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Isère ou le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C et lui délivre dans cette attente un nouveau récépissé de dépôt de demande de titre l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond. Il y a lieu de leur enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère ou au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C et lui délivrer dans cette attente un nouveau récépissé de dépôt de demande de titre l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le préfet de l'Isère ou le préfet du Nord versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 12 août 2022.

Le juge des référés,

signé

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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