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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206053

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206053

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 août 2022 et le 10 août 2022, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

-il est insuffisamment motivé ;

-il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

-il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité du refus de titre ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, son droit à être entendu ayant été méconnu ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, les dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant été méconnues ;

-elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

-la décision de ne pas accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cardon, représentant M. B,

- et celles de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du 7 août 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un étranger justifie d'éléments suffisamment précis sur la nature et la gravité des troubles dont il souffre, le préfet est tenu de recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant d'édicter une obligation de quitter le territoire français.

3. Il ressort des pièces du dossier que, le 23 mars 2022, M. B a, par l'intermédiaire de l'assistante sociale qui le suit, transmis par voie électronique aux services de la préfecture du Nord (à l'adresse " pref-rdv-etrangers@nord.gouv.fr ", qui est celle indiquée sur la page pertinente du site internet de la préfecture) un dossier de demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Etaient joints à ce dossier de demande des documents médicaux relatifs à la grave pathologie psychiatrique dont souffre le requérant, qui a conduit à ce qu'il soit hospitalisé sous contrainte à de nombreuses reprises depuis l'année 2015, dont dix jours au mois de janvier 2021, puis de nouveau au mois de mars 2022. Ces documents indiquent également le traitement qu'il suit. Sans nouvelle des services de la préfecture, l'assistante sociale de M. B leur a adressé un courriel de relance le 7 juin 2022, qui n'a pas davantage reçu de réponse. Lors de son audition par les services de police, à la suite de son interpellation dans le cadre d'une vérification de son droit de circulation ou de séjour, M. B a indiqué qu'il avait déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et a fait part de ses problèmes psychologiques, du fait qu'il bénéficiait d'un suivi régulier à l'hôpital et qu'il souhaitait rester en France pour se soigner. Dans ces conditions, avant de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B, à qui l'administration ne saurait opposer la circonstance qu'elle n'a pas pris connaissance des courriels qui lui ont été adressés et qui, en tout état de cause, a fait des déclarations suffisamment précises sur la nature et la gravité des troubles dont il souffre lors de son audition par les services de police, le préfet était tenu de recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors que tel n'a pas été le cas, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et que cette irrégularité l'a privé d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'obligation de quitter le territoire français sans délai doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Le présent jugement implique que, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord, réexamine la situation de M. B et le munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à la procédure :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 7 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. B, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 19 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé,

P. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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