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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206063

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206063

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 août 2022, 4 octobre 2022 et 6 octobre 2022, le Comité Social et Economique (CSE) de la société par actions simplifiée Phenix Rousies Industries, l'Union locale de la Confédération générale du travail (CGT) de Maubeuge, Mme E A et Mme D C, représentés par Me Kappopoulos, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) des Hauts-de-France a homologué le document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Phenix Rousies Industries ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision en litige est entachée d'un " détournement de pouvoir " dès lors qu'elle homologue un document unilatéral alors même que la cessation d'activité et, par suite, la liquidation judiciaire de la société Phenix Rousies industries résultent de manœuvres frauduleuses, dont l'administration avait connaissance ;

- la procédure d'information-consultation est irrégulière du fait de l'irrégularité de l'élection des membres du CSE et de l'avis émis par ce comité, de l'insuffisance des informations transmises aux membres de ce comité, du bref délai entre l'envoi des convocations à la réunion du CSE et la date de cette réunion et, enfin, de l'absence de transmission par la société mère des documents financiers sollicités par l'expert mandaté par les membres du CSE au cours de la liquidation amiable ;

- les mesures en matière d'hygiène et de sécurité de prévention des risques psychosociaux liés au licenciement économique prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi sont insuffisantes au regard des moyens de la société et n'ont pas été soumises au comité social et économique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, le préfet de la région des Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 3 et 8 octobre 2022, la Selas MJS Partners, prise en la personne de Me Soinne, agissant en qualité de liquidateur de la société Phenix Rousies Industries, représentée par Me Freger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Kappopoulos, représentant le CSE de la société Phenix Rousies industries et autres, de M. F, représentant du préfet de la région des Hauts-de-France, et celles de Me Rossi substituant Me Freger, représentant Me Soinne, agissant en qualité de liquidateur de la société Phenix Rousies industries.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Phenix Rousies industries, qui était détenue, depuis 2010, à 100 % par la société Chief industries INC laquelle appartient au groupe américain Chief industries, exerçait son activité dans le domaine de la production de silos de stockage et de capots métalliques et employait cinquante-trois salariés dans son établissement implanté à Rousies (59). Par un jugement du 23 mai 2022, le tribunal de commerce de Valenciennes a prononcé la liquidation judiciaire de la société sans poursuite de l'activité et a désigné Me Soinne en qualité de liquidateur judiciaire. Par déclaration enregistrée le 8 juin 2022, le jugement de liquidation judiciaire a été frappé d'un appel, non suspensif. Le liquidateur judiciaire a déposé le 3 juin 2022 auprès de la DREETS des Hauts-de-France une demande d'homologation du document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Phenix Rousies industries, plan prévoyant la suppression de la totalité des emplois. Le directeur régional a homologué ce document le 7 juin suivant. Par la présente requête, le CSE de la société Phénix Rousies industries et l'Union locale CGT de Maubeuge, en tant que personnes morales, ainsi que Mme A et Mme C demandent au tribunal l'annulation de cette décision d'homologation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 641-4 du code de commerce, applicable au litige : " Les licenciements auxquels procède le liquidateur en application de la décision ouvrant ou prononçant la liquidation, le cas échéant au terme du maintien provisoire de l'activité autorisé par le tribunal, sont soumis aux dispositions de l'article L. 1233-58 du code du travail. L'avis du comité d'entreprise et, le cas échéant, celui du comité d'hygiène et de sécurité des conditions de travail et de l'instance de coordination sont rendus au plus tard dans les douze jours de la décision prononçant la liquidation, ou, si le maintien provisoire de l'activité a été autorisé par le tribunal, dans les douze jours suivant le terme de cette autorisation. () ".

3. Aux termes de l'article L. 1233-58 du code du travail : " En cas de redressement ou de liquidation judiciaire, l'employeur, l'administrateur ou le liquidateur, selon le cas, qui envisage des licenciements économiques, met en œuvre un plan de licenciement dans les conditions prévues aux articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-4./ L'employeur, l'administrateur ou le liquidateur, selon le cas, réunit et consulte le comité social et économique dans les conditions prévues à l'article L. 2323-31 ainsi qu'aux articles : / () / 3° L. 1233-30, I à l'exception du dernier alinéa, et dernier alinéa du II, pour un licenciement d'au moins dix salariés dans une entreprise d'au moins cinquante salariés ; / 4° L. 1233-34 et L. 1233-35 premier alinéa et, le cas échéant, L. 2325-35 et L. 4614-12-1 du code du travail relatifs au recours à l'expert ; / 5° L. 1233-31 à L. 1233-33, L. 1233-48 et L. 1233-63, relatifs à la nature des renseignements et au contenu des mesures sociales adressés aux représentants du personnel et à l'autorité administrative ; / 6° L. 1233-49, L. 1233-61 et L. 1233-62, relatifs au plan de sauvegarde de l'emploi ;/ 7° L. 1233-57-5 et L. 1233-57-6, pour un licenciement d'au moins dix salariés dans une entreprise d'au moins cinquante salariés."

4. Le I de l'article L. 1233-30 du code du travail dispose, s'agissant des entreprises ou établissements qui emploient habituellement au moins cinquante salariés, que : " Dans les entreprises ou établissements employant habituellement au moins cinquante salariés, l'employeur réunit et consulte le comité social et économique sur : / 1° L'opération projetée et ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-31 ; / 2° Le projet de licenciement collectif : le nombre de suppressions d'emploi, les catégories professionnelles concernées, les critères d'ordre et le calendrier prévisionnel des licenciements, les mesures sociales d'accompagnement prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi et, le cas échéant, les conséquences des licenciements projetés en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail.() ".

5. Aux termes de l'article L. 1233-31 du même code : " L'employeur adresse aux représentants du personnel, avec la convocation à la première réunion, tous renseignements utiles sur le projet de licenciement collectif. / Il indique : / 1° La ou les raisons économiques, financières ou techniques du projet de licenciement ; / 2° Le nombre de licenciements envisagé ; / 3° Les catégories professionnelles concernées et les critères proposés pour l'ordre des licenciements ; / 4° Le nombre de salariés, permanents ou non, employés dans l'établissement ; / 5° Le calendrier prévisionnel des licenciements ; / 6° Les mesures de nature économique envisagées ; / 7° Le cas échéant, les conséquences de la réorganisation en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail. ".

6. Lorsqu'elle est saisie par un employeur d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail et fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la procédure d'information et de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'homologation demandée que si le comité a été mis à même d'émettre régulièrement un avis, d'une part, sur l'opération projetée et ses modalités d'application et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif et le plan de sauvegarde de l'emploi. A ce titre, il appartient à l'administration de s'assurer que l'employeur a adressé au comité tous les éléments utiles pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation. Par ailleurs, en vertu de l'article L. 641-4 du code de commerce dans sa version applicable à l'espèce, l'avis du comité social et économique est rendu au plus tard douze jours après la décision prononçant la liquidation judiciaire.

En ce qui concerne " le détournement de pouvoir " commis par l'autorité administrative :

7. D'une part, si les requérants font valoir que la cessation de paiement de la société Phenix Rousies industries et l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire ont été " orchestrées " par elle, il résulte de ce qui a été dit précédemment que dans le cadre du contrôle juridictionnel de la légalité d'une décision d'homologation d'un document unilatéral déterminant un plan social et économique, l'administration n'a pas à se prononcer, lorsqu'elle statue sur une demande d'homologation d'un document fixant un plan de sauvegarde de l'emploi, sur le motif économique du projet de licenciement collectif, dont il n'appartient qu'au juge du licenciement, le cas échéant ultérieurement saisi, d'apprécier le bien-fondé. La circonstance invoquée, tenant aux choix de gestion des dirigeants du groupe et de la société, ne peut donc être utilement invoquée.

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 661-1 du code de commerce : " Les jugements et ordonnances rendus en matière de mandat ad hoc, de conciliation, de sauvegarde, de redressement judiciaire, de rétablissement professionnel et de liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit à titre provisoire. / Toutefois, ne sont pas exécutoires de plein droit à titre provisoire les jugements et ordonnances rendus en application des articles L. 622-8, L. 626-22, du premier alinéa de l'article L. 642-20-1, de l'article L. 651-2, des articles L. 663-1 à L. 663-4 ainsi que les décisions prises sur le fondement de l'article L. 663-1-1 et les jugements qui prononcent la faillite personnelle ou l'interdiction prévue à l'article L. 653-8. ". Il résulte de ces dispositions que le jugement de liquidation judiciaire est revêtu de l'autorité de chose jugée et exécutoire de plein droit, alors même qu'il a été frappé d'appel.

9. Il n'appartient pas à l'administration, saisie d'une demande d'homologation d'un document fixant un plan de sauvegarde de l'emploi faisant suite à un jugement de liquidation judiciaire, d'apprécier si les conditions de la liquidation judiciaire étaient satisfaites. Ainsi, à supposer établie une connaissance par l'administration, d'une " fraude à la loi " ayant provoqué le placement en liquidation, qui conduirait à entacher la décision attaquée d'une erreur de droit si cette fraude avait été retenue par le juge de la procédure collective, cette connaissance ne saurait être utilement invoquée pour contester le bien-fondé de la décision d'homologation.

En ce qui concerne la procédure d'information et de consultation du comité social et économique :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2314-32 du code du travail dispose, en son premier alinéa, que " Les contestations relatives à l'électorat, à la composition des listes de candidats () ; à la régularité des opérations électorales et à la désignation des représentants syndicaux sont de la compétence du juge judiciaire ".

11. Dans le cadre du contrôle qui lui incombe en application du 2° de l'article L. 1233-57-2 du code du travail, il n'appartient pas à l'autorité administrative, lorsque le mandat de certains membres procède d'une élection partielle, d'apprécier si les conditions d'une telle élection, prévues par l'article L. 2314-10 du code du travail, étaient remplies, à moins que l'autorité judiciaire dûment saisie à cet effet ait jugé que tel n'était pas le cas. Par suite les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'autorité administrative aurait dû vérifier si les membres du comité social et économique avaient été régulièrement élus.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 30 mai 2022, après que le tribunal de commerce de Valenciennes a prononcé, par son jugement du 23 mai 2022, la liquidation judiciaire de la société Phenix Rousies industries sans poursuite de son activité, Me Soinne, désigné liquidateur par ce même jugement, a convoqué le CSE de la société à une première réunion, prévue le 3 juin 2022 à 9 heures, dont l'ordre du jour portait sur le jugement du tribunal de commerce de Valenciennes, le projet de fermeture totale de l'entreprise Phenix Rousies industries et le projet de suppression de la totalité des postes. Une deuxième réunion, fixée le jour même à 9 heures 30, a porté sur les conséquences éventuelles de la cessation totale d'activité, de la fermeture de la société Phenix Rousies industries ainsi que des licenciements projetés en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, notamment sur les mesures de prévention des risques psychosociaux envisagées, telles que la mobilisation du médecin du travail et du service de santé au travail ainsi que la mise en place éventuelle d'une cellule d'appui psychologique pour accompagner les salariés qui le souhaiteraient grâce à la mise à leur disposition d'un numéro vert. Une troisième réunion, s'étant tenue toujours le 3 juin 2022, à 10 heures, comportait six points à son ordre du jour soit, outre les deux précédents points examinés lors des deux réunions précédentes, l'information du CSE sur le nombre de salariés devant être licenciés, y compris les catégories professionnelles concernées, les critères retenus pour fixer l'ordre des licenciements, le calendrier prévisionnel de la procédure ainsi que sur le projet de plan de sauvegarde de l'emploi sous la forme d'un document unilatéral. A l'issue de ces réunions, comme en atteste le procès-verbal de la réunion tenue à 10 h, le CSE a émis un avis favorable sur la liquidation de l'entreprise, le projet de plan de sauvegarde de l'emploi et les mesures de reclassement. Si les requérants soutiennent que les membres du CSE n'ont pas reçu les informations utiles leur permettant de se prononcer sur le projet de licenciement collectif, il ressort des pièces du dossier que le document unilatéral qui leur a été transmis préalablement aux réunions du CSE, comprenait toutes les informations prévues par les dispositions citées ci-dessus, notamment les raisons économiques et financières du projet de licenciement, le nombre de licenciement envisagés, soit, en l'espèce, la totalité de l'effectif, et les mesures de nature économique envisagées. Les procès-verbaux du CSE ne font pas état d'informations manquantes ou de demandes de documents non satisfaites. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les membres du CSE aient demandé à la DREETS d'enjoindre à l'employeur de leur communiquer des éléments d'information, comme le permet l'article L. 1233-57-5 du code du travail. Dans ces conditions, les membres du CSE ont disposé, contrairement à ce que soutiennent les requérants, de toutes les informations utiles sur le licenciement collectif envisagé, compte tenu de la cessation d'activité ordonnée par le tribunal de commerce de Valenciennes, pour se prononcer en connaissance de cause. En particulier la circonstance que les membres du CSE n'ont pas été informés des éléments joints à la saisine de la commission paritaire de l'emploi et de la formation professionnelle, dont les requérants eux-mêmes admettent qu'elle était décrite dans le plan, n'est pas de nature, à elle seule, à établir que leur information aurait été insuffisante pour qu'ils se prononcent en connaissance de cause, alors que le plan soumis au CSE comportait des développements suffisants sur cette saisine, notamment en termes de recherche d'emplois vacants dans la branche métallurgie et de sollicitation de cette branche pour faciliter le reclassement, au regard des qualifications détenues par le personne licencié.

13. En troisième lieu, si les requérants contestent les modalités de vote lors de la réunion extraordinaire du 3 juin 2022 du CSE en soutenant que ce comité a émis un vote sur l'ensemble des points inscrits à l'ordre du jour et non point par point, en l'état du droit, aucune disposition ne prévoit que lors des réunions des membres du comité social et économique, ces derniers soient tenus de se prononcer séparément sur chaque point inscrit à l'ordre du jour. Il ressort en outre des termes mêmes du procès-verbal de la réunion du CSE qui s'est tenue à 10 h que le vote portait, sans ambiguïté, sur le projet de plan de sauvegarde d'emploi qui venait d'être discuté en séance.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 2315-30 du code du travail : " L'ordre du jour des réunions du comité social et économique est communiqué par le président aux membres du comité, () trois jours au moins avant la réunion ".

15. Si les requérants soutiennent que le délai entre la date de la transmission de l'ordre du jour et celle de la tenue du CSE n'était pas raisonnable, il ressort des pièces du dossier que les convocations aux réunions du 3 juin 2022 ont été adressées aux membres du CSE le 30 mai 2022. Dès lors, les convocations ont été transmises dans le respect du délai minimum de trois jours prévu par l'article L. 2315-30 du code du travail.

16. En dernier lieu, l'article L. 1233-34 du code du travail dispose que : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, le comité social et économique peut, le cas échéant sur proposition des commissions constituées en son sein, décider, lors de la première réunion prévue à l'article L. 1233-30, de recourir à une expertise (). Le rapport de l'expert est remis au comité social et économique et, le cas échéant, aux organisations syndicales, au plus tard quinze jours avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 1233-30 ". Lorsque l'assistance d'un expert-comptable a été demandée selon les modalités prévues par l'article L. 1233-34 précité, l'administration doit également s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que celui-ci a pu exercer sa mission dans des conditions permettant au comité d'entreprise de formuler ses avis en toute connaissance de cause.

17. Si les requérants soutiennent que l'expert, désigné par les membres du CSE lorsque l'employeur envisageait un plan de sauvegarde de l'emploi in bonis, n'a pas été en mesure de terminer sa mission en l'absence de communication par la société mère des documents dont il a demandé la communication, il ne ressort pas des pièces du dossier que dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Valenciennes, les membres du CSE aient décidé de recourir à nouveau à une expertise.

18. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'information et de consultation du CSE doit être écarté dans ses différentes branches.

En ce qui concerne les mesures prévues pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs :

19. Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ".

20. Dans le cadre d'une réorganisation qui donne lieu à élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'autorité administrative de vérifier le respect, par l'employeur, de ses obligations en matière de prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. A cette fin, elle doit contrôler, dans le cadre de l'article L. 1233-57-3 du code du travail, tant la régularité de l'information et de la consultation des institutions représentatives du personnel que les mesures auxquelles l'employeur est tenu en application de l'article L. 4121-1 du code du travail au titre des modalités d'application de l'opération projetée.

21. Dans le cadre d'une cessation de l'activité d'une entreprise conduisant à la suppression de l'intégralité des postes de travail, l'employeur n'est tenu, en application des dispositions précitées de l'article L. 4121-1 du code du travail, de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs que jusqu'à la date de fin de l'opération envisagée.

22. Il ressort des pièces du dossier que le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, homologué par la décision en litige, relève, dans sa " partie 10 : Prévention des risques psycho-sociaux " que " la liquidation entraînant l'arrêt de l'activité et la suppression de tous les postes, à défaut de solution de reclassement, peut avoir une conséquence sur la santé physique et psychique pour les salariés. / Dans cette situation, l'impact est anxiogène pour les salariés qui se trouvent dans des moments de détresse, d'interrogation et de confusion sur la situation. ". Il précise à cet égard les aides qui peuvent être apportées aux salariés : la mobilisation du médecin du travail et du service de santé au travail, qui pourront être sollicités par les salariés qui le souhaitent, et la mise en place éventuelle d'une cellule d'appui psychologique pour accompagner les salariés qui le souhaiteraient grâce à un numéro vert à leur disposition. Une telle cellule avait été mise en place au début de l'année 2022, lorsque seule une liquidation amiable était envisagée. Dans les circonstances particulières de l'espèce liées notamment au fait que l'établissement avait cessé toute activité et au bref délai courant à compter de la notification du jugement du 23 mai 2022 du tribunal de commerce de Valenciennes ouvrant une procédure de liquidation judiciaire sans poursuite d'activité de l'établissement jusqu'aux licenciements devant être prononcés en application du plan homologué le 7 juin 2022, les mesures ainsi prises par le liquidateur étaient de nature à assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs au sens des dispositions précitées de l'article L. 4121-1 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions précitées de l'article L. 4121-1 du code du travail n'auraient pas été respectées doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le DREETS aurait entaché sa décision d'homologation d'une erreur d'appréciation quant au caractère suffisant, au regard de l'article L. 4121-1 du code du travail, du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Phenix Rousies industries.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 juin 2022 par laquelle le DREETS a homologué le document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Phenix Rousies industries doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par la Selas MJS Partners, prise en la personne de Me Soinne, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du comité social et économique de la société par actions simplifiée Phenix Rousies industries, de l'Union locale CGT de Maubeuge, de Mme E A et de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Selas MJS Partners, prise en la personne de Me Soinne, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au comité social et économique de la société par actions simplifiée Phenix Rousies industries, à l'Union locale CGT de Maubeuge, à Mme E A, à Mme D C, à la société par actions simplifiée Phenix Rousies industries, à Me Soinne et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au préfet du Nord et au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Bruneau

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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