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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206330

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206330

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKERAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 août, 3 octobre 2022, et 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lagarde, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice, portant tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022 ;

2°) d'annuler le rejet implicite du recours gracieux qu'il a formé à l'encontre du tableau d'avancement du 14 avril 2022 en tant qu'il n'y figure pas ;

3°) d'annuler par voie de conséquence les arrêtés individuels de nomination au grade de surveillant brigadier au titre de l'année 2022 ;

4°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de prendre une nouvelle décision valant tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier de l'année 2022 comportant son inscription ;

5°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de lui verser la somme de 2 940 euros au titre de sa reconstitution de carrière ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation du tableau d'avancement en tant que le nom du requérant n'y figure pas, sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 27 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 avril 2022 du garde des sceaux portant tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022, en raison de leur tardiveté dès lors qu'elles ont été présentées le 3 octobre 2022, soit plus de deux mois après que M. A a eu connaissance, le 27 avril 2022, de l'intégralité tableau d'avancement du 14 avril 2022 précité.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été produites le 28 mai 2024 pour M. A et communiquées le 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- l'arrêté du 4 mars 2022 fixant les taux de promotion dans les corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un surveillant pénitentiaire affecté au pôle de rattachement des extractions judiciaires de Longuenesse depuis le 26 octobre 2015. Par une décision du 14 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a établi le tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022. Par un courrier du 28 avril 2022, reçu le même jour par le directeur de l'administration pénitentiaire, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre du tableau d'avancement du 14 avril 2022 en tant que son nom n'y figure pas, et a sollicité son inscription au tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier. Ce recours a été implicitement rejeté le 28 juin 2022. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'une part d'annuler la décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 14 avril 2022, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ainsi que, par voie de conséquence, les arrêtés individuels de nomination au grade de surveillant brigadier au titre de l'année 2022 et d'autre part d'enjoindre à la direction de l'administration pénitentiaire de lui verser la somme de 2 940 euros au titre de sa reconstitution de carrière.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'Etat : " I. - A compter du 1er janvier 2006, nonobstant toute disposition statutaire contraire, le nombre maximum des fonctionnaires appartenant à l'un des corps des administrations de l'Etat, à l'exclusion des corps propres des établissements publics, pouvant être promus à l'un des grades d'avancement de ce corps est déterminé par application d'un taux de promotion à l'effectif des fonctionnaires remplissant les conditions pour cet avancement de grade. Cet effectif s'apprécie au 31 décembre de l'année précédant celle au titre de laquelle sont prononcées les promotions. II. - Le taux de promotion mentionné au I est fixé par un arrêté du ministre intéressé. () ".

3. Par un arrêté du 4 mars 2022 pris pour l'application de ces dispositions, le ministre de la justice a, pour l'année 2022, fixé à 11% le taux de promotion dans le grade de surveillant brigadier du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance. Il résulte de ces dispositions que le tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier comporte un nombre maximum de fonctionnaires et présente de ce fait un caractère indivisible. Par suite, les conclusions de la requête introductive de M. A qui tendent à l'annulation du rejet implicite de son recours gracieux formé à l'encontre du tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022 en tant qu'il n'y figure pas, sont irrecevables.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022 :

4. Les conclusions tendant à l'annulation d'un tableau d'avancement sont tardives lorsqu'elles sont présentées par un fonctionnaire présentant les conditions pour y être inscrit plus de deux mois après qu'il a eu connaissance soit du tableau dans son intégralité soit du rejet de sa candidature, dans des conditions lui permettant de demander, le cas échéant, communication de l'ensemble du tableau d'avancement.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des observations de M. A au moyen d'ordre public que ce dernier a eu connaissance, le 28 avril 2022, selon ses propres affirmations, de l'intégralité du tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022 établi le 14 avril 2022. Or, il n'a formulé de conclusions à fin d'annulation de l'entier tableau d'avancement 2022 qu'à compter de son mémoire complémentaire déposé le 3 octobre 2022, soit plus de deux mois après avoir eu connaissance de l'intégralité du tableau d'avancement. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 avril 2022 du garde des sceaux portant tableau d'avancement au grade de surveillant brigadier pénitentiaire de l'année 2022 sont tardives et doivent être rejetées.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 avril 2022 du garde des sceaux et de la décision de rejet implicite du recours gracieux qu'il a formé à l'encontre du tableau d'avancement du 14 avril 2022 en tant qu'il n'y figure pas doit être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation des arrêtés individuels de nomination au grade de surveillant brigadier au titre de l'année 2022 doivent également être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions :

7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2206330

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