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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206390

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206390

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2022, M. A B, représenté par Me Zaïri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application combinée des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation relève soit du 3° de l'article L. 631-2 de ce code, soit du 1° de l'article L. 631-3 du même code ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 8 janvier 1981, de nationalité surinamienne, déclare être entré en France à l'âge de trois ans. Par un arrêté du 12 juillet 2022, le préfet du Pas-de-Calais a prononcé à son encontre une mesure d'expulsion pour menace grave à l'ordre public. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. D'une part, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, l'arrêté attaqué relève, après avoir mentionné les condamnations pénales infligées à M. B et les raisons justifiant du bien-fondé de son expulsion, ses conditions d'entrée et de séjour en France et la nature des attaches familiales dont il y dispose. Ainsi, la décision d'expulsion en cause comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté prononçant l'expulsion de M. B doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle () / 3o L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" " et aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1o L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ".

5. M. B, qui ne justifie d'aucune résidence régulière sur le territoire français, ne peut utilement soutenir qu'il ne pouvait être expulsé que sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, M. B n'établit pas davantage qu'il résiderait, comme il le soutient, sur le territoire français depuis l'âge de trois ans alors qu'il est aujourd'hui âgé de quarante-et-un ans. En effet, les pièces les plus anciennes qu'il produit sont l'acte de naissance de sa fille née le 9 juillet 2003 à Cayenne, sur lequel ne figure d'ailleurs pas sa domiciliation, et un certificat de sauveteur secouriste du travail délivré le 28 juin 2002 par l'institut de recherche de Gradignan. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé résiderait habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans et il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait être expulsé que sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 631-3 du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une menace grave à l'ordre public pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que Max B s'est rendu coupable entre 2001 et 2018 de plusieurs infractions contre les biens et contre les personnes. Il a notamment été condamné à des peines d'emprisonnement, pour certaines partiellement assorties d'un sursis avec mise à l'épreuve, pour des faits de vol à trois reprises et de violence sur concubine à deux reprises ainsi que des faits d'agression sexuelle tous commis en 2007. En 2013, il a été condamné par la cour d'assises de Guyane à une peine de dix années de réclusion criminelle pour des faits de viol commis en 2011. Ces multiples condamnations ont conduit à son incarcération à compter du 19 avril 2011, incarcération au cours de laquelle, il a été trouvé en possession de cannabis en 2017 et a ainsi été condamné à une nouvelle peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Ainsi, M. B a été détenu sans interruption du 19 avril 2011 au 18 juillet 2022, sa fiche pénale révélant par ailleurs que s'il a bénéficié de crédits de réduction de peine et de remises de peine supplémentaires, plusieurs retraits de crédit de réduction de peine ont été décidés par le juge d'application des peines. Si le requérant justifie du suivi de diverses formations ainsi que d'une activité professionnelle régulière durant sa détention, le projet exposé à sa mise en liberté ne comportait aucune activité scolaire ou professionnelle, dans le cadre d'un hébergement en région parisienne où il n'a jamais résidé jusqu'alors, au domicile d'une personne dont il ne justifie d'aucun lien. En outre, il ne justifie d'aucun contact récent avec des membres de sa famille qui résideraient en France métropolitaine ou en Guyane. Notamment, s'il justifie être le père d'une enfant de nationalité française née en 2003 et aujourd'hui majeure, il a expliqué ne plus avoir de relations autres qu'épistolaire avec elle. Enfin, il résulte également des pièces du dossier que M. B a connu avant son incarcération une instabilité géographique importante, ponctuée de la commission d'infractions et d'une consommation de stupéfiants dont il n'est pas parvenu à se départir définitivement. Dès lors, au regard de ces éléments, M. B n'est pas fondé à contester l'appréciation faite par l'administration qui a considéré qu'il constituait une menace grave pour l'ordre public.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B soutient que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il résulte de ce qui a été dit précédemment notamment au point 7, que l'intéressé n'entretient avec sa fille majeure qu'une relation épistolaire à la poursuite de laquelle la mesure d'expulsion ne fait aucunement obstacle. Par ailleurs s'il invoque la présence en France de plusieurs membres de sa famille, il ne justifie pas de ces allégations et a de surcroît déclaré au cours de son audition administrative qu'il aurait encore de la famille au Surinam, pays dont il est originaire. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en prononçant son expulsion, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre et de la sécurité publics et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a prononcé son expulsion du territoire français doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Zaïri.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. C

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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