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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206434

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206434

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantMATHIEU-MINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 août 2022, le 25 septembre 2023 et le 12 février 2024, Mme B C épouse A, assistée de son curateur, la société des intérêts populaires, représentée par Me Mathieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juin 2022, prise sur recours administratif préalable, par laquelle le président du conseil département du Nord a rejeté sa demande de prise en charge au titre de l'aide sociale à l'hébergement ;

2°) de l'admettre à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er avril 2021.

Elle soutient que :

- l'ensemble des documents sollicités a été transmis au département du Nord avant l'édiction de la décision de refus le 21 mars 2022, à l'exception du justificatif d'aide personnalisée au logement ; le retard dans la production de cette pièce est dû aux services de la caisse d'allocations familiales ;

- si, à la suite d'une nouvelle demande datée du 5 décembre 2023, elle a obtenu le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er mars 2022, elle n'a toujours pas obtenu la prise en charge de ses frais d'hébergement à compter de la date d'entrée dans l'EHPAD du Pays de Condé, le 1er avril 2021 ;

- elle justifie percevoir une allocation logement à compter d'avril 2021 d'un montant de 18 euros, revue à 16 euros à compter de juillet 2023 ;

- sa retraite s'élève à 12 065 euros par an selon son avis d'imposition de 2023 relatif aux revenus perçus en 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que la décision du 11 décembre 2023 faisant partiellement droit à la demande en accordant une prise en charge des frais d'établissement à compter du 1er mars 2022 n'a pas fait l'objet d'un recours administratif préalable obligatoire ;

- à titre subsidiaire, en acceptant la prise en charge des frais d'hébergement à compter du 1er mars 2022 alors que la demande d'aide sociale n'a été présentée de manière complète que le 5 décembre 2023, il a fait preuve de mansuétude, puisqu'en application de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, cette prise en charge n'aurait dû débuter que le 21 décembre 2023.

Mme B C veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C veuve A est entrée dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du Pays de Condé à compter du 1er avril 2021 et ses proches ont déposé une demande d'aide sociale. Le 25 mai 2021, le juge des tutelles du tribunal judiciaire de Valenciennes a ordonné l'ouverture d'une mesure de curatelle renforcée et a désigné la société des intérêts populaires en qualité de curateur. Le 21 mars 2022, le président du conseil départemental du Nord a informé le curateur du rejet de la demande d'admission à l'aide sociale à l'hébergement, faute d'éléments pour apprécier la situation financière de l'intéressée. Le 23 mai 2022, la société des intérêts populaires a formé un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge en application de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, contre la décision de rejet du département du Nord. Le 20 juin 2022, le président du conseil départemental du Nord a maintenu sa décision de rejet d'admission à l'aide sociale à l'hébergement. À la suite d'une nouvelle demande de la société des intérêts populaires le 5 décembre 2023, le président du conseil départemental du Nord a admis, le 11 décembre 2023, la requérante à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er mars 2022. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 20 juin 2022, qui s'est substituée à la décision initiale prise le 21 mars 2022, en tant que le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande de prise en charge à l'aide sociale à l'hébergement pour la période courant du 1er avril 2021 au 28 février 2022.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". Aux termes de l'article L. 134-2 du même code : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée / () / Les recours peuvent être formés par le demandeur, ses débiteurs d'aliments, l'établissement ou le service qui fournit les prestations () ayant un intérêt direct à la réformation de la décision ".

3. Les conclusions présentées par Mme C sont dirigées contre la décision du 20 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours préalable à l'encontre de la décision du 21 mars 2022. Le département ne peut utilement se prévaloir de ce que, à la suite de la production de nouveaux éléments, l'intéressée a été admise à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er mars 2022, par une décision intervenue en cours d'instance le 11 décembre 2023, pour soutenir que la requête est irrecevable en l'absence de recours administratif préalable obligatoire contre cette dernière décision. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

Sur le refus d'admission à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er avril 2021 :

4. D'une part, en vertu du premier alinéa de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement ". Le premier alinéa de l'article L. 231-4 de ce code dispose que : " Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être accueillie, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, () dans un établissement de santé ou une maison de retraite publics () ".

5. Les demandes d'admission au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement sont déposées au centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, à la mairie de résidence de l'intéressé. Ces demandes donnent lieu à l'établissement d'un dossier par les soins du centre communal ou intercommunal d'action sociale avant transmission, dans le mois de leur dépôt, au président du conseil départemental qui les instruit avec l'avis du centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, du maire et celui du conseil municipal, lorsque le maire ou le centre communal ou intercommunal d'action sociale a demandé la consultation de cette assemblée. Cette procédure a pour objet de faciliter l'instruction de la demande par le président du conseil départemental, celui-ci pouvant en outre, si la demande qui lui est transmise est incomplète, solliciter des pièces complémentaires dans les conditions prévues à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes duquel : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'action sociale et des familles : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire ". L'article R. 131-2 du même code précise que : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que les frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ne sont pris en charge au titre de l'aide sociale à l'hébergement qu'à compter du premier jour de la quinzaine suivant la date de la présentation de la demande tendant au bénéfice d'une telle aide. Ce n'est que lorsque la demande a été déposée, quel qu'en soit l'auteur, dans le délai de deux mois suivant le jour d'entrée dans l'établissement, éventuellement prolongé dans la limite de deux mois supplémentaires, que la prise en charge de ces frais peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement. La circonstance qu'un dossier ne puisse être regardé comme complet à la date de son dépôt est sans incidence sur l'application des dispositions citées au point précédent.

8. Il résulte de l'instruction que la demande de prise en charge de Mme C au titre de l'aide sociale à l'hébergement a été présentée au centre communal d'action sociale de Vieux-Condé le 5 avril 2021. Cette demande a ainsi été déposée dans le délai de deux mois suivant l'entrée de l'intéressée au sein de l'EHPAD. La circonstance que cette demande n'était pas complète au moment de son dépôt est, ainsi qu'il a été dit, sans incidence sur l'application des dispositions L. 131-4 et R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, en refusant d'admettre au titre de l'aide sociale les frais d'hébergement de Mme C à compter du 1er avril 2021, date de son entrée dans l'établissement, le président du conseil départemental du Nord a méconnu les dispositions précitées.

9. Il s'ensuit que Mme C est fondée à demander à être admise à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er avril 2021.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 20 juin 2022 du président du conseil département du Nord est annulée en tant qu'elle refuse la prise en charge des frais d'hébergement à compter du 1er avril 2021.

Article 2 : Mme C est admise à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er avril 2021.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Mathieu et au département du Nord.

Copie pour information sera adressée à la société des intérêts populaires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

B. Deltour

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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