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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206497

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206497

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2022, M. F C, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 août 2022 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer sans délai, sous astreinte de 152.45 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour ou de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête, qui n'est pas assortie de conclusions et de moyens, est irrecevable ;

- elle est également irrecevable dès lors que les moyens soulevés ne sont pas assortis de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné

- les observations de Me Dannaud, représentant M. C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. C, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui a répondu aux questions posées par le tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 28 septembre 2003, serait entré en France en 2018. Il a été placé en garde vue, le 24 août 2022, pour refus d'obtempérer, conduite d'un véhicule sans permis et recel de bien. N'étant pas entré régulièrement sur le sol français et n'ayant formulé aucune demande visant à y être autorisé à séjourner, il a fait l'objet, le 25 août 2022, d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de l'Algérie ainsi que d'une interdiction de retour sur le sol français pour une durée d'un an. Et M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 5 août 2022, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs n°8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E A, sous-préfet hors-classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions en litige manquent en fait et doivent, dès lors, être écartés.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle fonde ses décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées doit être écarté.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

4. Si M. C soutient que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision de fait.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 25 août 2022 par laquelle la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les moyens propres à la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. En l'espèce, M. C ne justifie ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni y avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et il n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

8. L'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible ".

9. En l'espèce, M. C, qui n'a pas formulé de demande d'asile, n'établit pas, et n'allègue pas même, être admissible dans un autre pays que l'Algérie. De sorte que la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. En l'espèce, M. C ne fait état d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, dès lors que M. C n'établit pas, comme il l'allègue, séjourner en France, où il ne dispose que d'un cousin, depuis 4 ans, la préfète n'a commis aucune erreur d'appréciation en fixant à un an la durée pendant laquelle il lui a interdit de revenir sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation des décisions du 25 août 2022 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'implique pas de mesure d'exécution. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de M. C à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, Me Dannaud et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 2 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé,

X. B

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2206497

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