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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206537

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206537

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 26 août 2022 et 15 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 11 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 2 400 euros au titre de cet article et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 2) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 8 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 28 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Lequien, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 20 septembre 1977, est entrée en France le 10 février 2019, munie de son passeport revêtu d'un visa en cours de validité. Le 5 août 2020, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par des décisions en date du 11 janvier 2022, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté en date du 22 novembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. D B, sous-préfet de Douai, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

4. Il est constant que l'époux de Mme C, de nationalité française, est décédé le 4 mars 2019, avant le dépôt de sa demande de délivrance d'un titre de séjour le 5 août 2022 et l'édiction de la décision attaquée. À la date de cette décision, l'intéressée avait dès lors perdu la qualité de conjoint d'un ressortissant français, au sens des stipulations précitées du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le préfet du Nord n'a pas méconnu ces stipulations en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C fait valoir, au titre de ses liens personnels et familiaux en France, qu'elle est présente de manière continue sur le territoire français depuis plus de trois années, qu'elle a fixé le centre de ses intérêts privés en France, où réside l'une de ses sœurs qui déclare l'héberger jusqu'à ce qu'elle obtienne un logement social, qu'elle a suivi une formation de bureautique, qu'elle a été engagée en qualité d'agent administratif dans le cadre d'une convention de stage du 14 janvier 2022 au 4 février 2022 et que son état de santé, qui lui a permis d'obtenir la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, lui impose un suivi post-opératoire et des soins constants. Toutefois, Mme C n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où elle n'est pas dépourvue de toute attache privée et familiale dès lors qu'elle y a vécu la majeure partie de sa vie et que sa mère, trois de ses frères et une de ses sœurs y résident toujours. Enfin, si Mme C se prévaut de son état de santé, elle n'établit pas, ni même n'allègue qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Nord a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser de délivrer l'un des titres mentionnés à cet article, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, Mme C ne réunissant pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2, 10 et 11 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Emmanuelle Lequien et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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