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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206556

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206556

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 août 2022 et 14 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Ferrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 10 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- à titre principal que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 28 juin 1999, est entré en France le 25 septembre 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa D portant la mention " étudiant ". Il a ensuite été muni d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelé jusqu'au 16 octobre 2021. Le 15 octobre 2021, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. / ()". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ;/4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été notifié à M. A le 2 février 2022. Si la requête de l'intéressé n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 30 août 2022, soit postérieurement au délai de trente jours prévu par les dispositions précitées, il apparaît que M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 février 2022 en vue d'introduire une requête tendant à l'annulation de l'arrêté précité. Cette demande a ainsi interrompu, en temps utile, ce même délai de recours de trente jours. Puis, par une décision du 14 mars 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du bureau d'aide juridictionnelle aurait été notifiée à l'intéressé plus d'un mois avant l'introduction de sa requête. Par suite, celle-ci n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A était inscrit à l'Université du Littoral en première année de licence Sciences, Technologies, Santé, mention Informatique durant l'année universitaire 2018/2019 et a été ajourné. Il a toutefois validé sa première année en 2019/2020 puis s'est inscrit en 2020/2021 en deuxième année au sein de ce parcours et a été ajourné avec une moyenne de 7,486/20. Le parcours universitaire de M. A apparaît ainsi cohérent, l'intéressé étant resté inscrit au sein de la même filière depuis son arrivée en France et lui a permis de valider sa première année de licence, même si l'intéressé a par ailleurs connu deux échecs non consécutifs. Un tel parcours témoigne d'une progression lente mais réelle de l'intéressé. Par suite, en estimant, pour refuser de renouveler son titre de séjour " étudiant ", que M. A ne justifiait pas mener avec sérieux les études entreprises depuis son arrivée en France, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. A doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que le préfet du Nord délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il est par suite enjoint au préfet du Nord de délivrer à l'intéressé le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ferrand, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à charge de l'Etat le versement à Me Ferrand de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2022 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et fait, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ferrand une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ferrand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Ferrand et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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