mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés le 8 septembre 2022, le 25 janvier 2023, le 22 juin 2023, le 23 août 2023, et le 3 juillet 2024, Mme E A et Mme C A, représentées par Me Berté, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la délibération en date du 27 juin 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Boulogne-sur-Mer a déclaré l'immeuble situé au n°10 rue Jules Huret à Boulogne-sur-Mer sur une parcelle cadastrée section AY n° 296 en état manifeste d'abandon et a autorisé le maire à poursuivre la procédure d'expropriation ;
2°) de condamner la commune de Boulogne-sur-Mer à verser la somme de 5 000 euros respectivement à Mme E A et à Mme C A au titre de leur préjudice moral ;
3°) de condamner la commune de Boulogne-sur-Mer à verser à Mme E A la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de la divulgation de son adresse personnelle par la commune de Boulogne-sur-Mer sur différents supports mis à disposition du public ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le procès-verbal provisoire d'abandon manifeste en date du 30 avril 2020 est insuffisamment motivé ;
- le procès- verbal définitif d'abandon manifeste en date du 21 septembre 2020 est insuffisamment motivé ;
- cette délibération a été adoptée l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de preuve de la notification du procès-verbal provisoire à tous les titulaires de droits réels sur l'immeuble ainsi qu'en l'absence de preuve de l'affichage de ce même procès-verbal provisoire, conformément aux dispositions de l'article L. 2243-2 du code général des collectivités territoriales ;
- la délibération du 27 juin 2022 est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle ne prend pas en considération les travaux effectués sur le bien depuis l'établissement du procès-verbal provisoire ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- elles sont fondées à demander l'indemnisation du préjudice moral que leur a causé cette délibération ;
- Mme E A est fondée à demander l'indemnisation des préjudices que lui a causé l'affichage public de son adresse personnelle, en méconnaissance des dispositions de l'article 226-22 du code pénal et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, la commune de Boulogne-sur-Mer conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires des requérantes, faute pour les intéressées de produire une demande indemnitaire préalable ou la décision prise par l'administration en réponse à une telle demande.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Berté, représentant Mme E A et Mme C A.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Boulogne-sur-Mer, a été enregistrée le 12 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La parcelle AY, n° 296 située 10 rue Jules Huret à Boulogne-sur-Mer est la propriété en indivision de Mme C J A et de ses enfants, Mme E A, M. D A, Mme F H et Mme I A épouse G, en qualité d'héritiers de leur père, M. B A, décédé le 20 mars 2020. Par une délibération du 27 juin 2022, cette parcelle a été déclarée en état d'abandon manifeste. Par la présente requête, Mme E A et Mme C A demandent au tribunal d'annuler cette délibération et de les indemniser des préjudices qu'elle leur a causés.
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il ne résulte pas de l'instruction, malgré la demande de régularisation qui a été envoyée, que les requérantes auraient saisi l'administration d'une demande d'indemnisation préalable ou justifié qu'une décision prise en réponse à une telle demande serait intervenue à la date du prononcé du présent jugement. Par suite, les conclusions indemnitaires sont irrecevables, et doivent, pour ce motif, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 2243-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque, dans une commune, des immeubles, parties d'immeubles, voies privées assorties d'une servitude de passage public, installations et terrains sans occupant à titre habituel ne sont manifestement plus entretenus, le maire engage la procédure de déclaration de la parcelle concernée en état d'abandon manifeste. / () ". Aux termes de l'article L. 2243-2 de ce code : " Le maire constate, par procès-verbal provisoire, l'abandon manifeste d'une parcelle, après qu'il a été procédé à la détermination de celle-ci ainsi qu'à la recherche dans le fichier immobilier ou au livre foncier des propriétaires, des titulaires de droits réels et des autres intéressés. Ce procès-verbal indique la nature des désordres affectant le bien auxquels il convient de remédier pour faire cesser l'état d'abandon manifeste. / () le procès-verbal provisoire d'abandon manifeste est notifié aux propriétaires, () ". Aux termes de l'article L. 2243-3 du même code, sans sa version alors applicable : " A l'issue d'un délai de trois mois à compter de l'exécution des mesures de publicité et des notifications prévues à l'article L. 2243-2, le maire constate par un procès-verbal définitif l'état d'abandon manifeste de la parcelle ; ce procès-verbal est tenu à la disposition du public. Le maire saisit le conseil municipal qui décide s'il y a lieu de déclarer la parcelle en état d'abandon manifeste et d'en poursuivre l'expropriation au profit de la commune () en vue soit de la construction ou de la réhabilitation aux fins d'habitat, soit de tout objet d'intérêt collectif relevant d'une opération de restauration, de rénovation ou d'aménagement. /La procédure tendant à la déclaration d'état d'abandon manifeste ne peut être poursuivie si, pendant le délai mentionné à l'alinéa précédent, les propriétaires ont mis fin à l'état d'abandon ou se sont engagés à effectuer les travaux propres à y mettre fin définis par convention avec le maire, dans un délai fixé par cette dernière. / () ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le procès-verbal provisoire du 30 avril 2020 se contente de constater dans des termes généraux que la parcelle litigieuse est en état d'abandon manifeste, en raison d'une végétation abondante et de la présence d'encombrants dans le jardin situé à l'arrière de la propriété, que la façade arrière présentait un " risque de chute d'éléments ou un risque de décrochage " et " de la présence de fenêtres brisées et vétustes ou absence d'ouverture ", aucun de ces constats n'étant documenté. Il ressort également des pièces du dossier que les propriétaires de l'immeuble ont fait procéder à des travaux urgents de rénovation de la façade arrière, consistant au démontage des réelles et le reste d'ardoise, à faire poser des protections des toitures voisines et à la réfaction des fissures de la façade arrière pour un montant total de 4 244 euros, ce qui est attesté par une facture en date du 10 juin 2020 de la SARL Entretien du bâtiment versée au dossier. Mme E A a fait connaître ces éléments à la commune par un courrier en date du 27 novembre 2020, qui comprenait également des engagements à procéder à l'évacuation des encombrants, à entretenir le jardin et à procéder à des travaux sur les fenêtres. La commune fait valoir, sans précision, que ces interventions n'ont été que ponctuelles et n'ont pas permis la restauration du bien qui demeure source de nuisances pour le voisinage immédiat. Quand bien même les requérantes n'ont communiqué les éléments relatifs aux travaux qu'après l'établissement du procès-verbal définitif, la délibération du 27 juin 2022 ne pouvait se borner, pour prendre la décision litigieuse, à faire mention des procès-verbaux provisoire et définitifs des 30 avril 2020 et 21 septembre 2021 sans prendre en compte expressément les travaux menés par les propriétaires. Les requérantes sont par suite fondées, pour ce motif, à soutenir que la délibération contestée est entachée d'illégalité.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la délibération du 27 juin 2022 du conseil municipal de la commune de Boulogne-sur-Mer doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme E A et de Mme C A, qui ne sont pas parties perdantes pour l'essentiel dans la présente instance.
8. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Boulogne-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E A et Mme C A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération en date du 27 juin 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Boulogne-sur-Mer a déclaré l'immeuble situé au n° 10 rue Jules Huret à Boulogne-sur-Mer sur une parcelle cadastrée section AY, n° 296 en état manifeste d'abandon et a autorisé le maire à poursuivre la procédure d'expropriation est annulée.
Article 2 : La commune de Boulogne-sur-Mer versera à Mme E A et de Mme C A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Boulogne-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Mme C A et à la commune de Boulogne-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026