jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2207071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. F C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 14 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lemaire a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian né le 1er janvier 1980, déclare être entré en France en 2017. Le 31 août 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par des décisions en date du 27 juin 2022, que M. C demande au tribunal d'annuler, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A E, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
3. En second lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prendre la décision attaquée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / () ".
6. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. C, le préfet du Nord a considéré, d'une part, que la reconnaissance de paternité par l'intéressé, le 26 mars 2021, du fils de Mme D B, ressortissante française, Ericson B, né le 28 décembre 2020, était frauduleuse au regard de la reconnaissance tardive de cet enfant et des propos contradictoires tenus par M. C et Mme B lors de leurs entretiens administratifs respectifs tenus le 27 janvier 2022 et, d'autre part, que la contribution de M. C à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'était pas justifiée.
8. Il ressort des pièces du dossier que, lors des entretiens administratifs du 27 janvier 2022 conduits à la préfecture du Nord, les déclarations de M. C et de Mme B, entendus séparément, présentaient de nombreuses incohérences relatives notamment aux circonstances de leur rencontre, au montant des sommes versées par M. C pour l'entretien et l'éducation de l'enfant et à la fréquence des visites de l'intéressé. Par ailleurs, M. C et Mme B n'ont pas été en mesure de donner des informations personnelles l'un sur l'autre, telles que leurs dates de naissance, les différentes adresses où ils ont vécu depuis leur rencontre, la composition de leurs familles respectives, M. C ne parvenant notamment pas à donner de détails sur le nombre et les noms des autres enfants de Mme B, qui vivent pourtant avec elle et l'enfant qu'il a reconnu. Les intéressés déclarent cependant n'avoir jamais partagé de communauté de vie, expliquant ainsi leurs nombreuses approximations. En outre, alors que M. C déclare que Mme B a choisi les prénoms de l'enfant, celle-ci déclare au contraire qu'elle n'a choisi que le second prénom, M. C ayant choisi le premier prénom. Enfin, s'agissant de la raison de la reconnaissance de l'enfant trois mois après sa naissance et cinq mois avant sa demande de délivrance d'un titre de séjour, M. C déclare que la mairie lui demandait une attestation de logement alors que Mme B indique qu'il était en vacances. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que M. C n'est pas le père de l'enfant. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme B déclare être disposée à réaliser un test de paternité pour établir la réalité du lien de filiation. Enfin, le préfet du Nord n'établit pas, ni même n'allègue que l'autorité judiciaire a donné une suite à son signalement effectué le 8 mars 2022 aux fins de reconnaissance frauduleuse de paternité. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments précis et concordants de nature à établir que le requérant n'est pas le père biologique de l'enfant de Mme B, le préfet du Nord ne peut être regardé comme établissant que la reconnaissance de paternité de cet enfant a été souscrite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour. Le préfet a dès lors commis une erreur d'appréciation en opposant ce motif de refus à la demande de M. C.
9. Cependant, pour justifier son refus de délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Nord s'est également fondé sur l'absence de contribution de M. C à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Si M. C se prévaut de virements de 50 ou 60 euros qu'il aurait effectués depuis la grossesse de Mme B, ceux-ci, outre les divergences entre les déclarations de M. C et Mme B quant au montant de ces sommes, ne sont pas établis. Les seuls virements de 60 euros attestés par les pièces du dossier ont été effectués mensuellement à compter du 1er novembre 2021, soit postérieurement à la demande de titre de séjour de M. C. Le requérant produit en outre quelques factures qui, à supposer même qu'elles correspondent à des dépenses engagées pour contribuer à l'entretien de l'enfant, ne suffisent pas à justifier que M. C contribue à l'entretien et à l'éducation du fils de Mme B. Le requérant ne produit au demeurant aucune photographie, ni aucun document de nature à justifier de la réalité des visites alléguées. Il n'établit pas davantage, par la seule production d'une attestation sur l'honneur établie le 23 août 2021 par Mme B, ainsi que de deux attestations sur l'honneur identiques établies le 22 août 2021, que M. C contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par suite, le préfet du Nord était légalement fondé, pour ce seul motif, à lui refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Si M. C déclare être entré en France en 2017 et s'y être maintenu de manière continue depuis cette date, il n'établit pas, ni même n'allègue être dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où ses parents résident toujours. Par ailleurs, si M. C se prévaut des deux attestations sur l'honneur citées au point 9 afin de démontrer qu'il a développé des liens amicaux en France, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, M. C fait valoir qu'il a toujours travaillé depuis son entrée sur le territoire français. Toutefois, il ne produit aucun élément au soutien de cette allégation, à l'exception de deux bulletins de salaires établis au titre des mois de mai et juillet 2022. Ainsi, il n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. C n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qu'il a reconnu le 26 mars 2021. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. C ne peut être regardé comme contribuant à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qu'il a reconnu et comme ayant des liens réguliers ou d'une particulière intensité avec lui. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord a porté une attention insuffisante à l'intérêt supérieur de cet enfant avant de refuser de délivrer à M. C un titre de séjour. Par suite, cette autorité n'a pas méconnu les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. En dernier lieu, il résulte de tout ce qui précède que, M. C ne réunissant pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.
16. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 à 13.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 16 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 16 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
19. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
20. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
21. Si M. C résidait irrégulièrement sur le territoire national depuis, selon ses déclarations, six ans à la date de la décision attaquée, il est constant qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présente ne représente pas une menace pour l'ordre public. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité souscrite par M. C n'est pas établi. Dans ces conditions, le préfet du Nord a entaché d'une erreur d'appréciation sa décision faisant interdiction à l'intéressé de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
22. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien des conclusions correspondantes, que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision en date du 27 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions en date du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, n'appelle aucune mesure d'exécution, l'annulation de la décision du même jour par laquelle cette autorité lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'impliquant pas qu'elle lui délivre le titre de séjour qu'il a sollicité ou qu'elle réexamine sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. C doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Dewaele, avocat de M. C, de la somme qu'elle demande sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision en date du 27 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. C de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Emilie Dewaele et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. COURTOISLe président-rapporteur,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026