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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207188

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207188

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, M. F A C, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain, né le 17 avril 2003, est entré sur le territoire français le 23 juillet 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de type C valable du 22 juin 2017 au 22 juin 2022, selon ses déclarations. Sa demande de titre de séjour, formée le 15 juillet 2021, a été rejetée par un arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet du Nord l'a, par ailleurs, obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 31 mai 2022.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, en particulier les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées qui manque en fait, doit dès lors être écarté.

3. En second lieu, les décisions contestées portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination mentionnent tant les circonstances de droit que de fait sur lesquelles le préfet du Nord a entendu se fonder sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. L'obligation de quitter le territoire français attaquée étant édictée sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A C a sollicité un titre de séjour " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile repris désormais à l'article L. 422-1 du même code. Dans ces conditions, en n'examinant pas le droit au séjour de M. A C au regard de ces dispositions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est entré, alors mineur, sur le territoire français, le 23 juillet 2019, selon ses déclarations et qu'il vit depuis lors chez son frère, de nationalité française, à qui a été totalement déléguée l'autorité parentale pendant sa minorité, par un jugement du juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Lille du 12 octobre 2020. M. A C, majeur à la date de la décision attaquée, établit avoir été scolarisé pour la seule année scolaire 2020-2021 en 1ère Sciences et technologies de l'industrie et du développement durable. S'il se prévaut de la présence régulière sur le territoire français de deux autres frères, il ne démontre pas entretenir avec eux des liens d'une particulière intensité et il ressort des pièces du dossier que son père et sa mère, avec qui il est régulièrement en contact, résident dans son pays d'origine dans lequel il ne serait, dès lors, pas isolé. Par ailleurs, les attestations produites notamment celle du 18 mars 2021 indiquant qu'il a été un membre actif d'une association sportive entre 2017 et 2020, ne suffisent pas à démontrer son insertion sur le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A C sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord n'en a pas fait une inexacte application. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A C, qui ne démontre, en tout état de cause, pas le caractère réel et sérieux de ses études, a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit, par suite, être écarté comme tel.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. A C doivent être écartés.

Sur la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

11. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A C n'établit pas l'existence de circonstances particulières impliquant pour le préfet de lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit dès lors être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté en tant qu'il n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 31 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles, présentées par son avocat, relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C, à Me Navy et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

E. GRARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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