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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207233

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207233

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 septembre 2022 et le 30 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Navy de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :

- le préfet ne justifie pas de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- la motivation de la décision est insuffisante ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision est entachée, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne justifie pas de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- la motivation de la décision est insuffisante ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- le préfet ne justifie pas de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- la motivation de la décision est insuffisante ;

- le préfet n'a pas examiné la possibilité de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- le préfet ne justifie pas de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 novembre 2022, le préfet du Nord, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 décembre 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Lutran, substituant Me Navy, représentant Mme A et de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1990 à Conakry (Guinée) est entrée en France, selon ses déclarations, le 30 juin 2016 munie d'un visa de court séjour. Par une décision du 28 juin 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée. Par une décision du 19 février 2018, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours présenté à l'encontre de la décision de cet office. Le 18 janvier 2021, Mme A a sollicité auprès du préfet du Nord son admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, par un arrêté du 14 juin 2022, le sous-préfet de Dunkerque, qui doit être regardé comme ayant signé cet arrêté au nom du préfet du Nord, a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Mme A est entrée sur le sol français le 30 juin 2016 munie d'un visa de court séjour et s'est maintenue sur le territoire français à la suite de l'expiration de son visa le 30 juillet 2016. Régulièrement à la faveur de l'instruction de sa demande d'asile, et depuis, irrégulièrement jusqu'au dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle, elle justifie ainsi d'un séjour de près de six ans sur le territoire français à la date de l'arrêté litigieux. En particulier, si le préfet soutient que la requérante a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée, il n'apporte pas la preuve de l'existence d'une telle mesure qu'elle conteste en réplique. Par ailleurs, Mme A ne dispose certes pas de ressources en France et réside depuis le 27 décembre 2016 au sein de centres d'hébergement et n'établit pas qu'elle est dépourvue de toute attache familiale sur le sol guinéen où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Cependant, il ressort des pièces du dossier que son fils mineur, D A, est né sur le sol français le 16 octobre 2016, est scolarisé en France depuis l'année 2018-2019 et participe à des activités sportives extrascolaires. Par ailleurs, deux sœurs de la requérante, de nationalité française, résident sur le territoire. Enfin, la requérante établit qu'elle a obtenu, le 28 février 2017, avec d'excellents résultats, le diplôme initial de langue française, et qu'elle effectue régulièrement depuis 2018 du bénévolat au sein de trois associations et, par la production de deux attestations en ce sens, qu'elle a créé depuis son arrivée en France un réseau amical, éléments de nature à prouver son intégration sur le sol français. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour porte au droit de la requérante à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire et la décision portant fixation du pays de destination.

Sur l'injonction :

5. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Navy de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 14 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Navy la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet du Nord et à Me Navy.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 février 2022 à laquelle siégeaient :

M. Jean-Michel Riou, président,

M. Vincent Fougères, premier conseiller,

Mme Marjorie Bruneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

J.-M. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

V. FOUGÈRES

La greffière,

signé

J. VANDEWYNGAERDE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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