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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207261

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207261

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207261
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre un indu de prime d'activité d'un montant de 6 870,12 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'agent de la caisse d'allocations familiales auteur du rapport d'enquête ne dispose ni d'un agrément ni d'une assermentation ;

- elle méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît l'article L.311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C bénéficie du droit à la prime d'activité depuis le mois de janvier 2016. Lors d'un contrôle mené par un agent de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Nord le 22 juin 2021, il a été constaté une reprise de vie maritale du 25 novembre 2018 au 12 novembre 2020 avec M. A et que des " primes n'ont pas été déduites du net à payer ". La régularisation de son dossier par les services de la CAF a entraîné la notification, par courrier du 17 août 2021, d'un indu de prime d'activité de 6 870,12 euros (IM3/003) pour la période du 25 novembre 2018 au 12 novembre 2020. Par un courrier du 30 décembre 2021, Me Dutat a formé, pour le compte de Mme C, un recours administratif préalable devant la commission de recours amiable de la CAF du Nord à l'encontre de cet indu de prime d'activité. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Nord a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C, en application des dispositions précitées, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ". Aux termes de l'article R. 847-2 du code de la sécurité sociale : " Le recours préalable mentionné à l'article L. 845-2 est adressé par la personne concernée à la commission de recours amiable dans le délai prévu à l'article R. 142-1. ". Il résulte de ces dispositions qu'en matière de contestation d'un indu de prime d'activité, le recours administratif préalable est présenté devant la commission de recours amiable, laquelle ne rend pas un avis, mais prend une décision. Par suite, en l'absence de décision explicite, la commission doit être regardée comme ayant pris une décision implicite de rejet le 28 février 2022.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° () imposent des sujétions / () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans des cas où une décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

6. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA) est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA). Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

7. Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision expresse aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Une telle décision ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. D'une part, il résulte de l'instruction que le recours administratif préalable de Mme C n'a pas fait l'objet d'un accusé de réception comportant la mention des voies et délais de recours de sorte qu'un raisonnable d'un an a commencé à courir pour introduire un recours contentieux contre la décision implicite de rejet du 28 février 2022. D'autre part, Mme C a, par un courriel reçu par la CAF le 22 août 2022, sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Nord a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que cette décision est illégale du seul fait de son absence de motivation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Nord a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme C dirigé contre un indu de prime d'activité d'un montant de 6 870,12 euros doit être annulée. Il est loisible à la CAF du Nord, si elle s'y croit fondée et si en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de régulariser la décision de récupération de cet indu en tenant compte des motifs du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Dutat de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : La décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme C dirigé contre un indu de prime d'activité d'un montant de 6 870,12 euros est annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dutat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Dutat, avocat de Mme C, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à Me Dutat, et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No2207261

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