mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2207312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | EDIFICES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, la société Kieken immobilier, représentée par Me Balaÿ et Me Roels, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le maire de la commune du Touquet-Paris-Plage a refusé de lui délivrer un permis de construire pour l'édification de 9 logements sur un terrain situé à l'angle du boulevard Thierry Sabine et de l'avenue de la Condamine sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis sollicité dans le délai d'un mois ou à défaut de procéder à nouveau à l'instruction de sa demande et de se prononcer dans le même délai, le tout sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Touquet-Paris-Plage la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 28 juillet 2022 ;
- le motif de l'atteinte à la qualité du site retenu par cet arrêté n'est nullement fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, la commune du Touquet-Paris-Plage conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Perrin,
- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Roels, représentant la société Kieken immobilier.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 juillet 2022, le maire de la commune du Touquet-Paris-Plage a refusé à la société Kieken immobilier un permis de construire pour l'édification de deux villas comprenant un total de 9 logements à l'angle du boulevard Thierry Sabine et de l'avenue de la Condamine sur le territoire communal. La société Kieken immobilier demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 28 juillet 2022 :
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 juillet 2020 certifié exécutoire et publié au recueil des actes administratifs de la commune, le maire du Touquet-Paris-Plage a donné délégation à Mme A, sixième adjointe, pour signer en particulier toutes décisions relatives aux autorisations de construire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
4. Pour rechercher l'existence d'une atteinte aux lieux avoisinants au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27.
5. Le refus de permis de construire du 28 juillet 2022 est uniquement motivé par la méconnaissance de l'article R. 111-27, le maire ayant considéré que l'acceptation du projet consisterait à " admettre un immeuble collectif élément dissonant dans le paysage urbain, de par ses dimensions et ses proportions ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet se situe en zone UAc du plan local d'urbanisme (PLU) communal, correspondant à la zone urbaine dense de la commune, où est permise une légère densification. Au sein de cette zone, qui commence avenue Jeanne d'Arc, c'est-à-dire deux rues avant le projet, au nord-est de celui-ci, le PLU prescrit une limitation des hauteurs des constructions à 9 mètres. Il est par ailleurs constant que la commune constitue un secteur patrimonial remarquable au sein duquel le quartier Quentovic, dans lequel prend place le projet, est défini comme un paysage pavillonnaire où une diversité de formes architecturales sont mêlées. Ce quartier appartient à un compartiment situé au nord de la commune, en continuité avec l'estuaire de la Canche et séparé du front de mer à l'ouest par un espace boisé, situé de l'autre côté du boulevard Thierry Sabine. Les pièces produites démontrent qu'il connaît une grande diversité de constructions tant dans leur style que dans leur gabarit. S'il est majoritairement pavillonnaire, il compte quelques immeubles collectifs, y compris au nord de l'avenue Jeanne d'Arc.
7. Le projet consiste en la construction de deux villas contemporaines de niveau R+2 et d'une hauteur maximale de 9 mètres, présentant des façades traitées dans des coloris sobres. La seule circonstance que ces constructions seraient immédiatement voisines de constructions majoritairement individuelles n'est pas à elle seule de nature à démontrer une atteinte à la qualité du site dès lors que d'autres constructions situées à proximité présentent des gabarits comparables. L'architecte des Bâtiments de France, obligatoirement consulté en raison du classement de la commune en site patrimonial remarquable, s'est borné dans son avis favorable à prescrire que les panneaux photovoltaïques installés sur le toit ne soient pas visibles depuis l'espace public. Dans ces conditions, la société pétitionnaire est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire du Touquet-Paris-Plage a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité pour le motif tiré d'une méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. ". Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément à l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol, délivrée dans ces conditions, peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement.
9. La décision du 28 juillet 2022 portant refus de délivrance du permis de construire ne comportait qu'un seul motif et la commune n'a fait valoir en défense aucun autre motif, ni aucun changement de circonstance alors que la société pétitionnaire demandait qu'il soit enjoint à la délivrance du permis. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire du Touquet-Paris-Plage de délivrer à la société Kieken immobilier le permis de construire sollicité, assorti des prescriptions qui s'imposent, notamment celles résultant de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 21 juin 2022, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Kieken immobilier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée à ce titre par la commune du Touquet-Paris-Plage.
11. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune du Touquet-Paris-Plage une somme de 1 500 euros à verser à la société Kieken immobilier au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juillet 2022 du maire du Touquet-Paris-Plage refusant le permis de construire sollicité par la société Kieken immobilier est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire du Touquet-Paris-Plage de délivrer à la société Kieken immobilier un permis de construire deux villas comportant neuf logements à l'angle du boulevard Thierry Sabine et de l'avenue de la Condamine, dans les conditions prévues au point 9 du présent jugement, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune du Touquet-Paris-Plage versera une somme de 1 500 euros à la société Kieken immobilier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune du Touquet-Paris-Plage au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Kieken immobilier et à la commune du Touquet-Paris-Plage.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Perrin, premier conseiller,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. PERRIN
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026