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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207338

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207338

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2022 et 28 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Pauline Girsch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 20 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2023 à 14 heures.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Caustier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante burkinabè née le 22 septembre 1993 à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) et entrée sur le territoire français le 24 août 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa portant la mention étudiant, valable du 15 août 2018 au 15 août 2019, a ensuite été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention, valable jusqu'au 15 octobre 2021. Elle a sollicité, le 11 octobre 2021, le renouvellement de ce titre de séjour. Par des décisions du 20 septembre 2022, le préfet du Nord a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de rentre jours et a fixé le pays de destination de ce cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions précitées du 20 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle, ses conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 223 des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation à M. B, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments composant la situation personnelle de Mme A, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs. Si la requérante reproche à l'autorité préfectorale de n'avoir pas pris en compte son inscription en master 1 mention " Management stratégie des ressources humaines " de l'Institut Elton Mayo, école du groupe Paris école de management, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des courriels datés de juillet 2022 qu'elle a produits, que l'intéressée aurait informé les services préfectoraux de cette inscription qui, au demeurant, n'a été effective qu'à compter du 27 septembre 2022, soit postérieurement à la date d'adoption de la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant d'adopter les décisions attaquées. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes de l'article L. 433-1 de ce code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, inscrite au titre des années universitaires 2018/2019 puis 2019/2020 en première année du master mention " droit des affaires " à l'université de Lille, a été ajournée, à deux reprises, en obtenant une moyenne de 6,475/20 puis de 7,225/20. L'allégation selon laquelle elle aurait souffert de dépression, qui n'est corroborée par aucune pièce médicale, ne suffit pas à expliquer cette absence de progression sur deux années consécutives. La requérante ne justifie, par ailleurs, d'aucune inscription universitaire au titre de l'année 2020/2021 et n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des difficultés qu'elle indique avoir rencontrées pour trouver un contrat en alternance et pour payer ses frais de scolarité. Enfin, si elle se prévaut, au titre de l'année 2021/2022, d'une inscription au sein de l'université de Lille dans un cursus sanctionné par un diplôme universitaire en droit des affaires, Mme A n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir qu'elle suivait effectivement ces études alors qu'elle ne conteste pas le motif de l'arrêté en litige selon lequel le secrétariat pédagogique de l'université de Lille a informé la préfecture qu'elle n'a jamais assisté aux cours ni aux examens. Dans ces circonstances, et alors même qu'elle justifie d'une inscription à compter du 27 septembre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, en master 1 mention " Management stratégie des ressources humaines " de l'Institut Elton Mayo situé à Paris, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions citées au point précédent en rejetant sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour au motif qu'elle ne démontre pas le caractère réel et sérieux de ses études.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français le 24 août 2018 afin d'y poursuivre des études. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de celles-ci à la date d'adoption de la décision attaquée. Célibataire et sans enfant à charge, elle n'établit pas qu'elle serait dépourvue de toutes attaches privées ou familiaux au Burkina Faso, où réside en particulier sa mère. La requérante ne justifie pas davantage d'une intégration, professionnelle ou sociale, d'une particulière intensité en France. Enfin, si l'intéressée indique avoir " très peur pour sa famille au Burkina [Faso] en raison du terrorisme qui sévit dans sa région ", la décision attaquée portant refus de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français. Dans ces circonstances, et alors même que quatre de ses oncles et une cousine résident en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen doit être écarté.

16. En troisième lieu, compte tenu de ce qui est développé aux points 9 et 11, et dès lors que Mme A n'établit pas être dans l'impossibilité de se réinsérer, socialement et professionnellement, dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté fait mention de la nationalité de Mme A et précise que celle-ci n'établit pas qu'elle serait exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait ainsi mention des considérations de droit et de fait fondant la décision attaquée de manière suffisamment précise pour permettre à l'intéressée d'en discuter utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le moyen doit être écarté.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

21. Si Mme A soutient que les stipulations citées au point précédent auraient été méconnues par l'autorité préfectorale dès lors que sa vie serait menacée, en cas de retour au Burkina Faso, compte tenu de la menace terroriste qui y règne, les pièces produites au soutien de ce moyen, constituées de documents de portée générale, ne permettent pas d'établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet du Nord et à Me Pauline Girsch.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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