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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207689

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207689

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKARILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre 2022 et le 8 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Karila, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 22 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande d'abrogation de la décision du 10 juin 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et à sa demande de réexamen de son droit au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil en application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Leguin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, né le 24 novembre 2002 à Divo (Mali) déclare être entré en France le 30 mai 2019. Il a fait l'objet, le 18 juin 2019, d'un placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille, placement confirmé par le juge des enfants jusqu'au 24 novembre 2020. M. A a sollicité le 25 novembre 2020 auprès du préfet du Nord la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant ". Par un arrêté du 10 juin 2021, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un courrier du 17 février 2022, reçu le 21 février suivant, M. A a sollicité du préfet du Nord l'abrogation de l'arrêté du 10 juin 2021 ainsi que la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Le silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus d'abroger l'arrêté du 10 juin 2021 et de réexaminer son droit au séjour. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 dudit code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Par un courrier du 17 février 2022, le requérant a sollicité du préfet du Nord l'abrogation de la décision du 10 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français et a demandé la régularisation de son séjour. Le préfet du Nord a implicitement rejeté cette demande dont il a été accusé réception le 21 février 2022. Par courriel du 19 juillet 2022, le conseil du requérant a sollicité du préfet du Nord la communication des motifs de cette décision implicite de rejet mais le préfet du Nord n'a pas répondu. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision contestée est insuffisamment motivée.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande d'abrogation de la décision prise le 10 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français et sa demande de réexamen de son droit au séjour en qualité d'étudiant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

6. Le présent jugement implique nécessairement mais uniquement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande d'abrogation de la décision prise le 10 juin 2021 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, ainsi qu'au réexamen de sa demande de titre de séjour " étudiant ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui fixer pour ce faire un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de l'assortir d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante pour l'essentiel, la somme de 900 euros à verser à Me Karila au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté la demande d'abrogation de la décision du 10 juin 2021 portant obligation de quitter le territoire français et de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant présentée par M. A le 21 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande d'abrogation de la décision prise le 10 juin 2021 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que de sa demande de délivrance d'un titre de séjour " étudiant ".

Article 3 : L'Etat versera à Me Karila la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M B A, à Me Karila et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

La présidente - rapporteure,

Signé

A-M. LEGUIN

Le magistrat (plus ancien

dans l'ordre du tableau)

Signé

J. BORGET

La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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