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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207803

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207803

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a prononcé son expulsion du territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation du principe général des droits de la défense et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'ensemble de sa famille réside régulièrement en France ; il est présent en France depuis 7 ans et n'était âgé que de 14 ans à son arrivée ; il a été scolarisé dès son arrivée en France en collège puis au lycée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 décembre 2022 et le 28 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Le requérant a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 octobre 2022.

Par une ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zoubir,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Roussel, substituant Me Danset-Vergoten, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 6 août 2001 à Boghni (Algérie), déclare être entré en France le 1er août 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. A sa majorité, il a obtenu un titre de séjour " étudiant " valable du 7 octobre 2019 au 31 septembre 2020. Par arrêté du 8 février 2021, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Par arrêté du 17 août 2022, le préfet du Pas-de-Calais a prononcé l'expulsion de M. A du territoire français. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 3 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle, le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2022-10-73 du 10 août 2022, publié au recueil spécial des actes administratifs n° 97 de la préfecture du Pas-de-Calais le même jour, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. Alain Castanier, secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué. Si la formule " pour le préfet et par délégation " avant la signature du secrétaire général a été omise, cette circonstance n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des circonstances de fait composant la situation personnelle de M. A, vise notamment les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet s'est fondé, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il énonce les faits reprochés à M. A puis relève " qu'en raison de la gravité des faits qui lui sont reprochés et du risque de récidive, la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace grave et persistante pour l'ordre public ". En outre, l'arrêté détaille les éléments constituant la vie privée et familiale de l'intéressé ainsi que son projet scolaire. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent la décision prise et doit être regardé comme suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté prononçant l'expulsion de M. A doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue. ".

7. Pour soutenir que l'arrêté litigieux a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, le requérant soutient que le préfet du Pas-de-Calais a méconnu le respect des droits de la défense et le caractère contradictoire de la procédure d'expulsion en ne lui permettant pas de formuler des observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police, le 18 janvier 2022, M. A a été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prononcée à son encontre et il a pu manifester son souhait de rester sur le territoire national. Il ressort par ailleurs de l'avis de la commission d'expulsion qui s'est tenue le 3 août 2022, à laquelle M. A était présent, assisté de son conseil, que ce dernier a pu exprimer son souhait de demeurer sur le territoire national auprès de sa mère et de ses deux frères. Enfin, le 17 août 2022, le requérant, informé de ce que le préfet envisageait de prendre à son encontre une mesure d'expulsion, a pu formuler des observations écrites. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense et de la procédure particulière mise en place par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, détenu à la maison d'arrêt d'Arras, a été condamné par une ordonnance du 25 septembre 2020 du président du tribunal judiciaire d'Arras à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire total pendant deux ans pour détention et vente de stupéfiants, par un jugement du tribunal correctionnel d'Arras du 23 mars 2021 à trente-cinq heures de travaux d'intérêt général pour usage illicite de stupéfiants, par un jugement du tribunal correctionnel d'Arras du 7 janvier 2022 à un an d'emprisonnement pour les mêmes faits en récidive et le 6 mai 2022, à sept mois d'emprisonnement pour les mêmes faits en récidive, outre la divulgation d'information relatives au fonctionnaire de police ayant procédé à son interpellation lors de l'enquête le concernant pour trafic de stupéfiants, alors même que le requérant était placé en détention, ce qui caractérise le caractère toujours actuel de la menace. Par ailleurs, l'intéressé a fait l'objet de multiples signalements par les forces de police entre 2019 et 2021 pour des faits divers de recel, usage de stupéfiants, conduite sous l'emprise d'un état alcoolique, conduite malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire et violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur conjoint ou concubin. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant, eu égard la nature et la gravité des faits commis, à leur répétition et au risque de récidive, qu'à la date de l'arrêté attaqué, la présence en France de M. A constituait une menace grave et persistante pour l'ordre public.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de 14 ans, et que le centre de ses intérêts privés et familiaux est en France, eu égard à la présence de sa mère, en situation régulière et de ses deux frères qui poursuivent une bonne scolarité en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des déclarations faites par M. A lors de son audition pour vérification de son droit au séjour, qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine dans lequel résident des membres de sa famille maternelle ainsi que son père. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en prononçant son expulsion, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre et de la sécurité publics. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant d'adopter la décision en litige. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a expulsé du territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

signé

N. ZOUBIRLa présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2207803

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