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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207847

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207847

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2022 et 3 mars 2023, M. A B, représenté par Me Olivier Cardon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 mars 2022 par lesquelles le préfet du Nord a retiré la carte de séjour pluriannuelle, n°5903220316, valable du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2022, qu'il lui avait délivrée, l'a obligé à quitter le territoire français un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " assortie d'une autorisation de travail ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre également au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen (SIS) et au fichier des personnes recherchées ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant retrait d'un titre de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; aucune fraude de sa part n'est établie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une lettre datée du 30 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 15 mars 2022 par laquelle le préfet du Nord a retiré la " carte de séjour pluriannuelle, n°5903220316, valable du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2022 " qui aurait été délivrée à M. B, cette décision ne faisant pas grief à l'intéressé dès lors qu'il n'était pas titulaire, à la date de la décision précitée, d'un tel titre de séjour mais d'un certificat de résidence algérien n°6027VL9G1, délivré le 27 août 2021 et valable jusqu'au 26 août 2022.

Des observations, enregistrées le 3 novembre 2023, ont été présentées pour M. B, qui acquiesce à ce moyen d'ordre public et indique que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne sont pas irrecevables

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- et les observations de Me Cardon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 13 décembre 1962 à Maubeuge (France) et déclarant être entré sur le territoire français, pour la dernière fois, le 23 juin 2015, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de ses liens personnels et familiaux en France. Il lui a été délivré un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 6 avril 2018 au 5 avril 2019, régulièrement renouvelé jusqu'au 26 août 2022. Par un arrêté du 15 mars 2022, le préfet du Nord a retiré la carte de séjour pluriannuelle n°5903220316, valable du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2022, qui aurait été délivrée à M. B, a obligé celui-ci à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d' aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d' aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () / 3° De la date à laquelle le demandeur de l' aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. / () ". Enfin, aux termes de l'article 69 de ce décret : " Le délai du recours prévu au deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé. / () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle. Il en va ainsi quel que soit le sens de la décision se prononçant sur la demande d'aide juridictionnelle, qu'elle en ait refusé le bénéfice, qu'elle ait prononcé une admission partielle ou qu'elle ait admis le demandeur au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, quand bien même dans ce dernier cas le ministère public ou le bâtonnier ont, en vertu de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991, seuls vocation à contester une telle décision.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été notifié le 22 mars 2022 à M. B, qui a sollicité, le 29 mars suivant, le bénéfice de l'aide juridictionnelle près du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Lille, soit dans le délai de recours contentieux. L'intéressé a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision en date du 25 avril 2022. En l'absence au dossier de tout élément relatif à la date de notification de cette décision, aucun délai de recours contentieux ne peut être regardé comme ayant recommencé à courir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord et tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait d'un titre de séjour :

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B était, à la date de la décision attaquée portant retrait d'un titre de séjour, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle n°5903220316, valable du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2022, seul un certificat de résidence algérien n°6027VL9G1, valable jusqu'au 26 août 2022, lui ayant été délivré le 27 août 2021. Dans ces circonstances, la décision attaquée portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle précitée, dont le requérant n'était donc pas titulaire, ne fait pas grief à l'intéressé. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que la mesure d'éloignement attaquée a été adoptée suite au retrait de la carte de séjour pluriannuelle n°5903220316, valable du 1er décembre 2020 au 31 décembre 2022, qui aurait été délivrée au requérant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. B n'était pas titulaire d'un tel titre de séjour mais d'un certificat de résidence algérien n°6027VL9G1, délivré le 27 août 2021 et valable jusqu'au 26 août 2022, qui existait donc toujours à la date d'adoption de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français. Cette circonstance révèle un défaut d'examen de la situation du requérant, de sorte que cette dernière décision doit être annulée.

7. Par voie de conséquence, les décisions attaquées fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

9. Eu égard à ses motif, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'un titre de séjour soit délivré à M. B. En revanche, elle nécessite qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

10. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet du Nord de supprimer, le cas échéant, le signalement de M. B du fichier des personnes recherchées. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ferait l'objet d'un signalement au fichier SIS, la mesure d'éloignement en litige n'étant assortie d'aucune interdiction de retour sur le territoire français. Les conclusions aux fins d'injonction présentées à ce titre doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cardon, conseil du requérant, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 15 mars 2022 par lesquelles le préfet du Nord a obligé M. B à quitter le territoire français un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de supprimer, le cas échéant, le signalement de l'intéressé au fichier des personnes recherchées.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cardon, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à Me Olivier Cardon.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIERLa présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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