mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MEMETI-KAMBERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre et 15 novembre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a maintenu son placement en rétention administrative durant l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et, d'autre part, de lui remettre son passeport et tout effet personnel en possession de l'administration ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; il ne vise pas les articles L. 744-6 et L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit ; il ne mentionne pas certains éléments de sa situation personnelle ;
- l'arrêté contesté lui a été notifié tardivement et dans une langue qu'il ne comprend pas ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec les dispositions de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa demande d'asile revêt un caractère dilatoire ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation.
La procédure a été communiquée à la préfecture du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Michel, magistrate désignée,
- les observations de Me Memeti-Kamberi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens hormis le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte qui est abandonné ; elle soutient, en outre, que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne mentionne pas la durée durant laquelle M. A est maintenu en rétention ; elle indique que la demande d'asile, déposée le 19 octobre 2022, par le requérant est dépourvue de caractère dilatoire ;
- les observations de M. A, qui indique vouloir rester en France où se trouve sa compagne ;
- et les observations de Me Giafferi, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 18 mars 1999, entré, selon ses déclarations, en dernier lieu en France au cours de l'année 2020, a été condamné le 26 août 2021 par le tribunal correctionnel de Lille à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pendant une durée de deux ans. A sa levée d'écrou du centre pénitentiaire de Sequedin, le 15 octobre 2022, le préfet du Nord a ordonné, par une décision du même jour, son placement en rétention administrative afin de pourvoir à l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire. Le 19 octobre 2022, M. A a déposé, auprès du centre de rétention de Lesquin, une demande d'asile. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a ordonné son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les articles L. 754-2 à L. 754-8 applicables, fait état des circonstances au vu desquelles le préfet du Nord a estimé que la demande d'asile formée par l'intéressé présentait un caractère dilatoire. La décision litigieuse énonce clairement les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment détaillée pour permettre au requérant de discuter utilement les motifs de cette décision et au juge d'exercer la plénitude de son contrôle. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments factuels de sa situation personnelle et notamment ses formations, sa résidence effective, ses activités professionnelles et la présence sur le territoire français de membres de sa famille, est fondée sur le caractère dilatoire de la demande d'asile litigieuse. Par suite, le préfet n'était pas tenu de viser spécifiquement dans la décision contestée les articles L. 744-6 et L. 754-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions relatives aux droits d'exercer une demande de protection en rétention et à l'irrecevabilité opposée à une telle demande. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. A ne peut utilement invoquer les moyens tirés de l'irrégularité de la notification de l'arrêt attaqué.
4. En troisième lieu, d'une part, l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale dispose que : " 1. Les États membres ne peuvent placer une personne en rétention au seul motif qu'elle est un demandeur conformément à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. / 2. Lorsque cela s'avère nécessaire et sur la base d'une appréciation au cas par cas, les États membres peuvent placer un demandeur en rétention, si d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être efficacement appliquées. / 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : / () d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ; / () Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".
6. S'il incombe aux Etats membres, en vertu de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec le d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, doit dès lors être écarté.
7. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé exclusivement sur l'absence de garanties de représentation pour prendre la décision litigieuse, il ressort toutefois clairement des motifs de cette décision, qui mentionne certes l'absence de garanties de l'intéressé, que le préfet s'est fondé, à bon droit, sur le seul caractère dilatoire de la demande d'asile présentée par M. A conformément à l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la circonstance que l'intéressé justifie de garanties de représentation suffisantes, et notamment de son passeport et d'une résidence, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
8. En cinquième lieu, si comme l'indique le requérant, l'article 2 du dispositif de l'arrêté attaqué ordonne le maintien de son placement en rétention sans précisions sur le délai de cette mesure, il ressort toutefois clairement de l'article 1er du dispositif ainsi que des motifs de la décision litigieuse que le préfet, en se fondant sur l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a prononcé un maintien uniquement " durant l'examen " de la demande d'asile litigieuse par l'OFPRA. Par suite, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de droit en maintenant le requérant en rétention administrative durant l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, a sollicité, le 3 octobre 2018, le bénéfice d'une protection internationale qui lui a été refusé par une décision de l'OFPRA du 8 février 2019, notifiée le 2 mars suivant. Il est constant que l'intéressé, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 18 mai 2023, a fait l'objet, le 26 août 2021, d'une interdiction judiciaire de retour pour une durée de deux ans. Incarcéré à la maison d'arrêt de Sedequin, M. A a été placé à sa levée d'écrou, le 15 octobre 2022, en rétention administrative afin de pourvoir à son éloignement. L'intéressé a alors formé le 19 octobre 2022 une demande d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée le 3 octobre 2018, soit quatre ans avant la date de la décision attaquée, n'a formé aucune nouvelle demande d'asile ou de réexamen de sa demande jusqu'à son placement en centre de rétention le 15 octobre 2022, alors même que selon, ses déclarations, celui-ci était présent sur le territoire français depuis l'année 2020. S'il soutient que sa demande de réexamen tardive est en lien avec des nouvelles menaces dont il a fait l'objet lors de son séjour en Algérie au cours de l'année 2020, il n'apporte toutefois aucun élément pour établir ses allégations. Au demeurant, à les supposer établies, il est constant que ces nouvelles menaces se sont manifestées au cours de l'année 2020 soit plus de deux ans avant la nouvelle demande d'asile, alors même que l'intéressé, qui connaissait nécessairement, depuis sa première demande d'asile, les modalités de dépôt d'une demande de protection se trouvait, pendant ce délai, sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour de M. A sur le territoire français, ainsi qu'à l'absence de démarches par l'intéressé pour déposer effectivement une demande d'asile avant son placement en rétention, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation au vu de ces éléments objectifs, estimer que la demande d'asile formulée par M. A en rétention n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention. A cet égard, la circonstance que l'intéressé justifie de la présence sur le territoire français d'une tante et d'une intégration professionnelle est sans lien sur le caractère dilatoire de sa demande d'asile et son maintien en rétention. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de la demande d'asile doit, ainsi, être écarté.
10. Il résulte de qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord l'a maintenu en rétention administrative.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé,
C. BLa greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026