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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208021

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208021

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2022 et 4 novembre 2022, M. C F, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 9 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et entraîne des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille du 17 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur,

- et les observations de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant marocain né le 12 novembre 1994, est entré sur le territoire français le 4 septembre 2016, muni d'un passeport revêtu d'un visa " étudiant ". À l'expiration de son visa, M. F a sollicité et obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 18 janvier 2018 au 13 janvier 2022. Le 6 janvier 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par décisions en date du 9 septembre 2022, que M. F demande au tribunal d'annuler, le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. F ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 17 octobre 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent en tout état de cause être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, M. B E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, disposait d'une délégation de signature prise par une décision du préfet du Nord du 13 septembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord le même jour, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A D, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A D n'ait pas été absente ou empêchée à la date du 9 septembre 2022. Il suit de là que les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne s'est pas livré à un examen particulier de la situation de M. F avant de refuser de renouveler son titre de séjour.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2018-2019, M. F a validé sa licence mention " sciences, technologies, santé mention sciences et technologies ", avec la mention " passable " au sein de l'université d'Amiens. Il s'est ensuite inscrit en première année de master mention " Mécanique " au sein de l'université de Lille mais a été ajourné, deux fois, à l'issue des années universitaires 2019-2020 et 2020-2021. Si M. F fait valoir qu'il a été hospitalisé aux urgences le 28 février 2021 pour une douleur épigastrique et s'il produit un certificat médical l'autorisant à s'absenter trois jours à compter du 5 mars 2021, alors que les épreuves de validation de sa première année de master avaient lieu les 2, 4 et 5 mars 2021, et s'il justifie avoir travaillé en parallèle de ses études, sans toutefois indiquer le nombre d'heures, ces circonstances ne sauraient justifier une absence totale de progression de l'intéressé dans ses études pendant deux ans, caractérisée par deux échecs successifs. Dans ces circonstances, le préfet du Nord, en refusant de renouveler son titre de séjour, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. F fait valoir sa présence sur le territoire français depuis l'année 2016, il n'établit pas y avoir transféré le centre de ses intérêts privés. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait pas se réinsérer socialement et professionnellement au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions et en tout état de cause, les décisions attaquées ne portent pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, M. F n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

11. M. F n'établit pas l'existence de circonstances particulières impliquant pour le préfet de lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que les moyens tirés de l'illégalité des décisions du préfet du Nord refusant de renouveler le titre de séjour de M. F et faisant obligation à celui-ci de quitter le territoire français doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Eurielle Rivière et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JAURLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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