vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SAYAGH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2022 et 8 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Cherfa, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant qu'il porte refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
3°) à titre subsidiaire, de l'autoriser à présenter une nouvelle demande de titre de séjour " fondée sur des considérations professionnelles statut salarié " ou sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou au titre de la vie privée et familiale ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7b de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 7b de l'accord franco-algérien ;
- en considérant qu'un contrat à durée indéterminée, dix-huit fiches de paie, une autorisation de travail de son employeur et une situation stable n'étaient pas suffisants pour régulariser sa situation, le préfet du Nord a méconnu la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant des conclusions indemnitaires :
- les conditions de l'intervention des policiers au domicile de son ami qui l'hébergeait pour vérifier s'il y résidait ont porté atteinte à sa dignité et à sa vie privée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.
Par un courrier en date du 21 mai 2024, M. C a été invité à régulariser sa requête, à peine d'irrecevabilité, en justifiant, dans le délai de quinze jours, de la réclamation préalable présentée auprès de l'administration concernant sa demande indemnitaire, en application des dispositions combinées des articles R. 412-1 et R. 612-1 du code de justice administrative.
Par un courrier en date du 21 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur :
-un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par M. C pour défaut de liaison du contentieux, en l'absence de réclamation préalable ;
-un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions, présentées à titre subsidiaire, tendant à obtenir l'autorisation de présenter une nouvelle demande de titre de séjour " fondée sur des considérations professionnelles statut salarié " ou sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou au titre de la vie privée et familiale dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'autoriser un ressortissant étranger à présenter à l'administration une demande de titre de séjour.
Le 21 mai 2024, M. C a présenté des observations en réponse au premier moyen relevé d'office, lesquelles ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Célino a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 10 avril 1981, est entré en France le 9 mai 2019, muni d'un visa de court séjour valable du 23 octobre 2018 au 22 octobre 2019. Le 18 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un premier certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 26 septembre 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la recevabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". L'article R. 412-1 du même code dispose que : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser / () / La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent sont irrecevables.
4. En l'espèce, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'atteinte à sa dignité et à sa vie privée résultant des conditions de l'intervention des policiers au domicile de son ami qui l'hébergeait pour vérifier s'il y résidait. Dans le cadre de sa requête, l'intéressé ne justifie cependant pas du dépôt d'une réclamation préalable à fin d'indemnisation auprès du préfet du Nord. Le requérant a donc été invité, par un courrier du 21 mai 2024 dont il a accusé réception le même jour, à régulariser sa requête dans un délai de quinze jours en produisant la réclamation préalable présentée auprès de l'administration. Ce courrier comportait également la mention suivant laquelle, à défaut de régularisation dans le délai imparti, les conclusions indemnitaires de la requête seront considérées comme irrecevables. En dépit de cette demande de régularisation qui lui a été adressée, M. C n'a pas régularisé sa requête et n'établit donc pas avoir adressé au préfet du Nord une demande indemnitaire préalable de nature à faire naître une décision expresse ou implicite susceptible d'être déférée au tribunal. Par suite, en l'absence de toute liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par le requérant sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
5. En second lieu, il n'appartient pas au juge administratif d'autoriser un ressortissant étranger à présenter à l'administration une demande de titre de séjour. Par suite, les conclusions de M. C tendant à obtenir l'autorisation de présenter une nouvelle demande de titre de séjour " fondée sur des considérations professionnelles statut salarié " ou sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou au titre de la vie privée et familiale sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 14 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°10 de la préfecture du même jour, le préfet du Nord a donné délégation M. B D, sous-préfet de Valenciennes, à l'effet de signer, notamment, les différentes décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en comprendre et d'en discuter les motifs, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Ainsi, elle satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 et 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".
9. Pour refuser la délivrance du certificat de résidence algérien mention " salarié " au requérant, le préfet du Nord s'est fondé sur les circonstances que M. C est dépourvu de visa de long séjour et ne présente pas de contrat de travail visé par les autorités compétentes, éléments non contestés par le requérant. Par suite, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Les circonstances que le requérant a conclu, en mars 2020, un contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité de serveur, qu'il a demandé une autorisation de travail, ou que le secteur de la restauration peine à recruter ne sont pas de nature, contrairement à ce que soutient M. C, à entacher la décision du préfet du Nord d'erreur d'appréciation.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, le contrat à durée indéterminée dont se prévaut le requérant date de mars 2020 et non de mars 2022. L'arrêté est donc entaché d'une erreur de fait sur ce point. Toutefois, conformément à ce qui a été indiqué au point 9, le préfet du Nord s'est également fondé sur l'absence de visa long séjour et de contrat visé par les autorités compétentes. Par conséquent, il aurait pris la même décision s'il avait pris en compte la date de mars 2020 pour la date de début de contrat. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.
11. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
12. En sixième lieu, le requérant soutient qu'en considérant qu'un contrat à durée indéterminée, dix-huit fiches de paie, une autorisation de travail de son employeur et une situation stable ne sont pas suffisants pour régulariser sa situation, le préfet du Nord a méconnu la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012.
13. S'il est loisible au ministre de l'intérieur d'adresser aux préfets des orientations générales dans une circulaire pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, il n'appartient qu'à ces derniers d'apprécier l'opportunité de régulariser la situation de l'étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent donc pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
14. En septième lieu, aux termes du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 2°) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".
15. M. C ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors que l'intéressé n'a pas sollicité l'octroi d'un certificat de résidence sur ce fondement et que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de lui refuser un tel titre de séjour.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Ces dispositions reprennent, à droit constant, celles du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour invoquées par le requérant et non applicables à la date de la décision en litige, depuis l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Le requérant, dont l'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale est régie par les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
19. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français le 9 mai 2019, soit trois années avant l'édiction de la décision attaquée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans dans son pays d'origine. S'il allègue ne plus entretenir de relations avec ses frères et sœurs qui résident en Algérie, il ne l'établit pas. Le requérant justifie travailler en qualité de serveur depuis mars 2020 et produit trente-et-un bulletins de paie. Toutefois, il est constant que cette activité est exercée sans autorisation de travail. Par ailleurs, M. C ne produit aucun élément permettant de justifier de liens significatifs sur le territoire français. En outre, s'il produit un acte de mariage avec une ressortissante française, cette union postérieure à la décision contestée est sans incidence sur l'appréciation de la vie privée et familiale de l'intéressé à la date à laquelle lui a été refusé le certificat de résidence sollicité et par suite sans influence sur sa légalité, alors au demeurant que le requérant ne produit aucun élément permettant d'apprécier la durée de la vie commune. Ainsi, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ".
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
22. Le préfet du Nord a, par un même arrêté, refusé de délivrer un certificat de résidence à M. C et lui a fait obligation de quitter le territoire français. La décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables au requérant, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 7, la décision portant refus de séjour étant suffisamment motivée en droit et en fait, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. M. C ne saurait, par suite, soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.
24. En troisième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, du défaut d'examen sérieux, de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6, 10, 11, 18 et 19.
25. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants s'agissant d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en ce compris les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En outre, la présente instance ne comprenant pas de dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CELINO
Le président,
Signé
M. PAGANELLa greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026