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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208355

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208355

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de certificat de résidence, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;

- le droit d'être entendu préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire français a été méconnu en l'absence du respect du principe du contradictoire ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnait le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale car elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés sont non fondés.

Par une ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leguin ;

- et les observations de Me Cardon, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien, né le 14 janvier 1980 à Makouda (Algérie) a sollicité, le 29 mars 2022, la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de ressortissant français. Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet du Nord a refusé la délivrance du certificat demandé, l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions ont été prises par Mme Amélie Puccinelli, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Nord, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté du 24 mai 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 131 de l'Etat dans le département du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en visant notamment les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 notamment les 2° et 5° de l'article 6 et les articles L. 311-1, L. 432-1, L.611-3 et L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, de sa situation familiale et de ses attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

5. D'une part, la décision portant refus de titre de séjour ayant été prise sur demande du requérant, elle n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées, de sorte que M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence de procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions précitées. D'autre part, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré ou renouvelé un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir, auprès de l'administration, toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français ou sur les décisions qui sont prises concomitamment et en conséquence de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonnée à la célébration d'un mariage et à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français.

8. Il est constant que M. A a déclaré être entré irrégulièrement en France le 15 mai 2013. S'il soutient désormais avoir vécu du 1er juillet 2020 au 1er juillet 2021 sur le territoire belge en exécution de l'interdiction judiciaire de retour sur le territoire français pour une durée d'une année prononcée à son encontre par une décision de justice devenue définitive par arrêt de la cour de cassation du 11 décembre 2019, le requérant n'établit pas qu'il serait entré en France régulièrement le 1er juillet 2021. Par ailleurs, le requérant, qui s'est marié le 15 octobre 2022, soit postérieurement à l'édiction de la décision attaquée, ne peut utilement se prévaloir de cette union pour soutenir qu'il remplissait les conditions du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ".

10. A elle seule, la conclusion d'un pacte civil de solidarité par un ressortissant étranger, soit avec un ressortissant français, soit avec tout ressortissant étranger en situation régulière, n'emporte pas délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire. La conclusion d'un tel contrat constitue cependant, pour l'autorité administrative, un élément de la situation personnelle de l'intéressé, dont elle doit tenir compte, pour apprécier si un refus de délivrance de la carte de séjour sollicitée par le demandeur, compte tenu de l'ancienneté de la vie commune avec son partenaire, n'entraînerait pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée.

11. M. A se prévaut d'une vie commune depuis 2015 avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 10 mars 2020 et déclare être domicilié à la même adresse que sa partenaire et vivre avec elle sans discontinuer depuis le 22 août 2015. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a été condamné définitivement le 11 décembre 2019 à la peine de trois mois d'emprisonnement et un an d'interdiction du territoire français pour " avoir demandé dès 2014 de lui trouver une femme à marier pour faire ses papiers en contrepartie d'une somme de 3 000 euros et avait de manière constante déclaré n'avoir pas d'autres moyens de régulariser sa situation administrative et que la cour d'appel de Douai a également dans son jugement retenu l'activité dissimulée de carrossier ". Les documents produits à l'instance ne remettent pas sérieusement en cause le constat effectué lors des auditions de police faites dans le cadre de l'enquête diligentée par le procureur de la République sur la régularité du projet de mariage de 2016 entre M. A et Mme B, qui conclut à l'inexistence de la communauté de vie à partir d'août 2015. En outre, les différents documents produits sont contradictoires dans les adresses et les dates, telle la promesse d'embauche datée du 18 octobre 2021 qui domicilie le requérant à une adresse différente de celle du domicile qu'il atteste pourtant louer avec sa conjointe. M. A ne justifie pas davantage d'une intégration dans la société française par la seule production d'une promesse d'embauche et de l'unique attestation de sa belle-fille peu circonstanciée et postérieure à la décision attaquée. L'intéressé, qui est sans enfant à charge, n'est entré en France, selon ses déclarations, qu'à l'âge de 33 ans et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident ses parents et sa fratrie. Si le requérant établit qu'il a désormais contracté mariage sans opposition du procureur avec Mme B le 15 octobre 2022, ce mariage est également postérieur à la décision attaquée. Ainsi, la décision du 28 septembre 2022 ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

14. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision en litige est fondée ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

16. Compte tenu de la situation personnelle de M. A telle qu'elle a été exposée au point 11 du présent jugement, et dès lors que le mariage du requérant est postérieur à la décision attaquée, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'aucune circonstance particulière ne justifiait que soit accordé à l'intéressé, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision portant fixation du pays de destination est fondée ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus notamment au point 11 que la décision litigieuse ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à la situation du requérant ou à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'arrêté du 28 septembre 2022. Il y a par suite lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget premier conseiller,

Mme Piou conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

La présidente - rapporteure,

Signé

A-M. LEGUIN

Le magistrat (plus ancien

dans l'ordre du tableau)

Signé

J. BORGET

La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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