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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208453

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208453

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantZAMBO MVENG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2022 et 28 novembre 2022, M. F C, représenté par Me Zambo Mveng, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le refus implicite du préfet du Nord de faire droit à sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. Borget, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 31 décembre 1995, a déposé une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme G D épouse C, laquelle a été enregistrée le 22 novembre 2021. Aucune réponse ne lui ayant été apportée à l'issue du délai de six mois, il a, par courrier de son conseil daté du 2 août 2022, sollicité la communication des motifs de ce rejet implicite de sa demande et n'ayant pas davantage obtenu de réponse à ce courrier, M. C demande l'annulation de cette décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial.

Sur l'objet du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet du Nord a, par un arrêté en date du 6 décembre 2022, rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. C au profit de son épouse.

3. Or, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Il en résulte que les conclusions de la requête de M. C dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de regroupement familial doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 6 décembre 2022, qui s'y est substitué, par lequel le préfet du Nord a expressément rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 151 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation, à Mme A B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à effet de signer notamment les décisions portant refus de regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en date du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de regroupement familial formé par M. C en faveur de son épouse comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant de comprendre et de discuter les motifs de la décision attaquée, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux et particulier de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / () ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

Enfin, en application de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article

L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :

/ 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période.

9. En application du décret du 19 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel brut de ce salaire était de 1 539,42 euros pour l'année 2020.

Ce montant a été porté à 1 554,58 euros pour l'année 2021, par décret du 17 décembre 2020.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne justifie de ses revenus que pour l'année civile 2021 et pour les mois de mai 2022, juin 2022, juillet 2022 et octobre 2022, de sorte qu'il ne démontre pas qu'il remplissait les conditions de ressources au cours de la période de référence précédant les douze mois de sa demande. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet du Nord aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C et son épouse se sont mariés le 4 octobre 2014 à Quetta, au Pakistan, alors que le requérant résidait déjà habituellement en France depuis l'année 2010. Les époux n'ont ainsi jamais vécu ensemble et le requérant ne produit au dossier aucun élément de nature à démontrer qu'il entretiendrait avec son épouse, en dépit de la distance qui les a toujours séparés, une relation d'une intensité particulière qui justifiait, à la date de la décision attaquée, la réunion du couple. Par ailleurs, si M. C se prévaut de la situation des femmes en Afghanistan, pays dont lui-même et son épouse ont à la nationalité, ces considérations, pour aussi graves qu'elles soient, ne sont pas de nature à révéler une violation par le préfet des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales lorsqu'il a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial.

13. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, il n'assortit ces moyens d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ces moyens ne peuvent qu'être rejetés.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 6 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. C ou à son conseil de quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Zambo Mveng et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Eric Kolbert, président,

- Mme Fabienne Bonhomme, première conseillère,

- Mme Juliette Huchette-Deransy, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

La rapporteure,

Signé

F. ELe président,

Signé

E. KolbertLa greffière,

Signé

M. H

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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