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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208569

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208569

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. E, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît le principe général du droit à être entendu.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- et les observations de Me Cardon, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2022, publié le même jour au recueil spécial n°223 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées refusant un titre de séjour, octroyant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination mentionnent tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour les édicter. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant étant prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de statuer sur son droit au séjour et son éloignement ne saurait constituer une violation de ce droit et, en conséquence, tout manquement, à celui-ci n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Ainsi, il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

5. En l'espèce, M. D ne précise pas le contenu des " éléments fondamentaux " qu'il entendait présenter à l'administration préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté et dont il n'aurait pas déjà pu faire part dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Il ne met ainsi pas le tribunal à même d'apprécier tant l'existence d'une irrégularité que ses éventuels effets. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée a été prise en réponse à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir que, par l'intermédiaire de son conseil il a également sollicité, le 13 mai 2022 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, le préfet, lorsqu'il est saisi de plusieurs demandes de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions dudit code, n'est pas, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, tenu de répondre à ces différentes demandes par une décision unique, quand bien même une telle faculté lui demeure ouverte. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué en tant que celui-ci ne statue sur sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de refuser au requérant le titre de séjour prévu à l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D ne peut par suite utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions et le moyen doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. En l'espèce, pour justifier d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, M. D produit essentiellement, au titre des années 2009, 2010, 2011 et 2012, des courriers émanant de son avocat qui se bornent à évoquer des transmissions de documents et des dates d'audience mais ne justifient d'aucun rendez-vous ni d'aucune rencontre. De même, les seules pièces médicales produites au titre des années 2013 et 2014 ne suffisent pas à établir la présence habituelle de l'intéressé sur le territoire français au cours de ces deux années. Par ailleurs, les pièces éparses de différentes natures tels que des relevés bancaires, des bilans médicaux, des documents administratifs et factures, produites au dossier ne permettent pas non plus de justifier d'une telle présence sur le territoire français depuis 2015. Ainsi, il ne ressort pas des seules pièces produites au dossier que le requérant soit présent en France depuis plus de 10 ans à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'était pas tenu de soumettre la situation de M. D à la commission du titre de séjour pour l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit ainsi être écarté.

10. En troisième lieu, si M. D se prévaut de sa relation avec une ressortissante irakienne bénéficiant d'un titre de séjour, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, ce titre était en cours de renouvellement. Au demeurant, l'ancienneté et la stabilité de cette relation qui, selon les dires de l'intéressé aurait débuté en 2017, n'est pas établi par les seules pièces du dossier, tout comme les allégations quant à la prise en charge des trois enfants de sa compagne par le requérant. Il apparaît en outre que le fils majeur de M. D présent en France se trouve en situation irrégulière au regard de la législation sur le droit au séjour des ressortissants étrangers. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale particulière sur le territoire français. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 38 ans et où résident l'un de ses fils, ses parents et les membres de sa fratrie. Dans ces circonstances, en refusant de délivrer à M. D un titre de séjour, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit donc être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision accordant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Si M. D soutient qu'il sera isolé en Arménie et que la nationalité de sa compagne empêche la reconstitution de la cellule familiale dans ce pays, de telles circonstances ne sauraient caractériser l'existence de traitements inhumains ou dégradants au sens des dispositions précitées. Le requérant n'établit pas par ailleurs être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen afférant doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction avec astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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