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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208593

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208593

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 novembre 2022, 14 décembre 2023 et 15 janvier 2024, M. B D, représenté par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision verbale de la commune de Tourcoing par laquelle son offre n'a pas été retenue pour l'acquisition du bien immobilier situé 6 rue de la Potente à Tourcoing cadastré CI n° 431 d'une superficie de 274 m² ;

2°) d'annuler la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Tourcoing a accepté la cession de ce bien au profit de M. A C pour un montant de 144 946 euros ;

3°) d'enjoindre au conseil municipal de la commune de Tourcoing et au maire de la commune de Tourcoing de céder au prix de 147 668 euros le bien immobilier situé 6 rue de la Potente à Tourcoing à son profit dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Tourcoing la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision verbale de la commune de Tourcoing :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une personne compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis du directeur départemental des finances publiques en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est justifié ni de l'existence, ni de la régularité du mandat donné à la société Agorastore ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'informations suffisantes données au conseil municipal en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis du directeur départemental des finances publiques en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est justifié ni de l'existence, ni de la régularité du mandat donné à la société Agorastore ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a fait l'objet d'une discrimination en raison de son origine sud-africaine.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 mars 2023 et 2 janvier 2024, la commune de Tourcoing, représentée par Me Bidault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision verbale de la commune de Tourcoing sont irrecevables, dès lors que l'existence de cette décision n'est pas établie et qu'il s'agit d'une mesure préparatoire ;

- les moyens soulevés par M. D à l'encontre de la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. A C qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2024 à 12 heures 00 par une ordonnance du 16 janvier 2024.

Des pièces, enregistrées le 4 décembre 2024, ont été produites par la commune de Tourcoing à la demande du tribunal et communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 14 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision verbale de la commune de Tourcoing, dès lors qu'une telle décision ne fait pas grief.

Par un courrier du 14 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible, dans l'hypothèse où il annulerait la délibération attaquée, d'enjoindre à la commune de Tourcoing de prendre une nouvelle délibération afin de régulariser le vice dont elle est entachée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me de Saint Basile, substituant Me Bidault, représentant la commune de Tourcoing.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Tourcoing a décidé de vendre le bien immobilier situé 6 rue de la Potente à Tourcoing cadastré CI n° 431 d'une superficie de 274 m². Pour ce faire, elle a eu recours aux services de la société de ventes aux enchères sur internet Agorastore. Les enchères se sont déroulées du 20 septembre au 22 septembre 2022 et sept offres ont été déposées pour un total de douze enchères dont celle de M. B D. Par un courriel du 30 septembre 2022, M. D a été informé par la société Agorastore que son offre n'a pas été retenue. Par la délibération n° 54 du 8 octobre 2022, le conseil municipal de la commune de Tourcoing a accepté la cession du bien immobilier situé 6 rue de la Potente à Tourcoing au profit de M. A C pour un montant de 144 946 euros. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision verbale de la commune de Tourcoing par laquelle son offre n'a pas été retenue et la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la " décision " verbale de la commune de Tourcoing :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 30 septembre 2022, M. D a été informé par la société Agorastore que la commune de Tourcoing a décidé de ne pas retenir son offre pour l'acquisition du bien immobilier situé 6 rue de la Potente à Tourcoing. Cette communication, qui se borne à rejeter son offre et non à se prononcer sur la cession effective de ce bien immobilier pour laquelle seul le conseil municipal est compétent, a seulement un caractère informatif et ne peut donc être regardée comme faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être accueillie.

3. Les conclusions à fin d'annulation de la " décision " verbale de la commune de Tourcoing présentées par M. D ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing :

4. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

5. S'il est fait mention dans les visas de la délibération en litige des " analyses des offres reçues ", toutefois, il n'est pas établi que ces éléments aient été communiqués aux conseillers municipaux en l'absence de production de la note de synthèse en dépit de la mesure d'instruction ordonnée en ce sens, ni qu'un débat se soit engagé sur les raisons du choix de l'offre retenue par le conseil municipal de la commune de Tourcoing. Un tel vice a privé les conseillers municipaux d'une garantie et a pu exercer une influence sur le sens de la délibération contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation d'un acte détachable d'un contrat de droit privé n'impose pas nécessairement à la personne publique partie au contrat de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de cette annulation. Il appartient au juge de l'exécution de rechercher si l'illégalité commise peut être régularisée et, dans l'affirmative, d'enjoindre à la personne publique de procéder à cette régularisation. Lorsque l'illégalité commise ne peut être régularisée, il lui appartient d'apprécier si, eu égard à la nature de cette illégalité et à l'atteinte que l'annulation ou la résolution du contrat est susceptible de porter à l'intérêt général, il y a lieu d'enjoindre à la personne publique de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de l'annulation de l'acte détachable.

8. La délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing étant annulée, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, pour un vice de procédure, il y a seulement lieu d'enjoindre à la commune de Tourcoing de procéder à la régularisation de ce vice en adoptant une nouvelle délibération dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Tourcoing au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Tourcoing une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération n° 54 du 8 octobre 2022 du conseil municipal de la commune de Tourcoing est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Tourcoing de prendre une nouvelle délibération dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Tourcoing versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Tourcoing présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la commune de Tourcoing et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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