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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208714

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208714

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 23 novembre 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'ensemble des décisions attaquées :

- le signataire des décisions contestées ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ; son frère et sa sœur résident régulièrement en France ; sa compagne actuelle et sa fille résident en Belgique ; il a une autre de sa fille qui réside régulièrement en Italie ; il dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour belge ;

- le préfet ne pouvait l'éloigner alors qu'il a présenté une demande d'asile en Belgique ;

- son comportement ne pouvait légalement être qualifié de menace à l'ordre public ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et il ne présente pas de risque de fuite ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale, par voie de conséquence, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est illégale, par voie de conséquence, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée à la préfecture du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le procès-verbal du 29 novembre 2022 établi par les agents de la police du centre de rétention de Lesquin, communiqué à l'audience, mentionnant le refus du requérant de se présenter à l'audience publique ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel, magistrate désignée,

- les observations de Me Lancien représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens hormis le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué qui est abandonné ; elle se prévaut, en outre, d'une contradiction de motifs de l'arrêté litigieux dès lors qu'il mentionne que l'intégralité de la famille de l'intéressé résident en Algérie alors que sa compagne et ses filles résident en Belgique et en Italie ; elle précise que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à ce que le requérant puisse revoir, pendant la durée de cette mesure, ses enfants ;

- les observations de Me Ionnidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- M. B ayant refusé, conformément au procès-verbal communiqué à l'audience, de se présenter à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 20 février 1979, écroué au centre pénitentiaire d'Annœullin, a fait l'objet, le 4 novembre 2022, par le préfet du Nord, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. A sa levée d'écrou, M. B a fait objet, par une décision du 15 novembre 2022, d'un placement en rétention administrative afin d'exécuter à la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 4 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :

2. En premier lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'elles comportent sont ainsi de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur les décisions en litige, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé. A cet égard, et contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a, dans les motifs de l'arrêté litigieux, mentionné sa demande d'asile présentée en 2018 en Belgique ainsi que ses allégations relatives à la présence de sa famille en Belgique et en Italie ainsi que son titre de séjour belge. Par ailleurs, il résulte des termes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que le préfet du Nord a expressément mentionné la durée de présence de M. B sur le territoire français ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence d'une mesure d'éloignement précédente et son comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté litigieux que le préfet a estimé, notamment après avoir sollicité les autorités italiennes, que les allégations du requérant relatives à la présence de sa famille en Belgique et en Italie n'étaient pas établies. Par suite, le préfet pouvait, sans contradictions de motifs, mentionner dans son arrêté litigieux que l'intégralité de la famille de M. B réside en Algérie.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes des actes en litige, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre les décisions litigieuses, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. B. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité administrative a bien procédé à un examen sa demande d'asile présentée en 2018 en Belgique ainsi que ses allégations relatives à son titre de séjour belge allégué et à la présence de sa famille en Belgique et en Italie.

5. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. B ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des décisions attaquées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition à laquelle ont procédé les services de police le 19 septembre 2022, que le requérant, qui a été questionné sur son entrée en France et ses liens sur le territoire français, a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il lui a alors été demandé s'il avait des observations à porter à la connaissance du préfet. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration et qui auraient été de nature à faire obstacle à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Par suite, le moyen tiré par M. B de la violation du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge () le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui () se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre ; / () d) reprendre en charge () le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui () se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre. " Aux termes de l'article 24 du même règlement : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () / 4. Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Le premier alinéa de l'article L. 572-1 du même code dispose que, sous réserve du droit souverain de la France d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État, " l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen ".

9. Il résulte de ces dispositions que, tant qu'une demande d'asile n'a pas été rejetée par une décision définitive dans un État membre, la seule procédure que l'autorité administrative peut mettre en œuvre est celle de la reprise en charge instituée par ce règlement, à l'exclusion des autres procédures d'éloignement, au nombre desquelles figure l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de son audition le 19 septembre 2022 par les services de police, M. B a déclaré avoir présenté une demande de protection internationale en Belgique, toujours, selon lui, en cours d'instruction. La consultation, le 7 octobre 2022, des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac par le préfet du Nord a fait apparaître que les empreintes digitales de M. B avaient effectivement été relevées en Belgique le 19 octobre 2018 à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale. Les autorités belges ont alors été saisies d'une demande aux fins de reprise en charge sur le fondement des dispositions précitées de l'article 18 paragraphe 1 point b) du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Or, le 17 octobre 2022, les autorités concernées ont refusé de reprendre en charge l'intéressé aux motifs que sa demande de protection internationale, présentée le 19 octobre 2018, avait fait l'objet d'un rejet des autorités compétentes devenu définitif. Par suite, le préfet du Nord n'est pas tenu légalement de procéder à la remise de M. B aux autorités belges.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale produite en défense, que M. B a été condamné le 30 juin 2017 par tribunal correctionnel de Troyes à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec dégradation ou destruction. En outre, il est constant que l'intéressé a, de nouveau, été condamné, le 5 octobre 2017, à une peine d'emprisonnement pour des faits de détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation. Il ressort des pièces du dossier qu'en vertu de ces condamnations, le requérant a été écroué, le 11 mai 2022, au centre pénitentiaire d'Annœullin., Or la répétition de ces condamnations pour des faits graves ainsi que l'emprisonnement récent du requérant sont, alors mêmes que ces condamnations sont intervenues cinq ans avant la décision attaquée de nature à révéler un comportement personnel constituant, du point de vue de l'ordre public, une menace suffisamment grave pour justifier le prononcé de la mesure d'éloignement en litige. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement obligé M. B à quitter le territoire français en se fondant sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En quatrième lieu, le requérant fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'elle mentionne que l'intégralité de sa famille réside en Algérie alors même qu'il est père d'un enfant résidant en Italie, que sa compagne et leur fille résident régulièrement en Belgique, et que sa sœur, son frère et son cousin sont présents régulièrement en France. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à établir ses dires et notamment les titres de séjour français, belges et italiens des membres de sa famille. En outre, il résulte des termes même de la décision attaquée, que le préfet du Nord a procédé à une vérification des allégations du requérant auprès des autorités italiennes et belges compétentes qui se sont révélés infondées. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits.

13. En cinquième lieu, l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

14. Il ressort ainsi de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.

15. Si lors de son audition par les services de police, le 19 septembre 2022, M. B a déclaré être titulaire d'un titre de séjour belge sous un alias et vouloir être remis aux autorités belges, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir ses allégations et notamment la copie de ce titre. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit en ne procédant pas à sa remise aux autorités belges.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré, selon ses allégations non établies, en France au cours de l'année 2010, ne justifie d'aucun lien amical sur le territoire français. Si l'intéressé se prévaut de la présence sur le territoire de sa sœur, de son frère et d'un cousin, il n'établit toutefois ni la régularité de leur séjour ni l'intensité de leur relation. Il n'établit pas davantage qu'il serait père d'un enfant résidant en Italie, ni que sa compagne actuelle et leur fille résideraient en Belgique ni enfin qu'il contribuerait à l'entretien et l'éduction de ses enfants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu la majeure partie de son existence et où résident selon les mentions du procès-verbal de son audition établi par les agents de police le 19 septembre 2022, certains membres de sa famille. De plus M. B, a été condamné, les 30 juin et 5 octobre 2017, pour des faits de vol avec dégradation ou destruction et de détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation. Enfin, M. B, n'apporte aucune preuve d'une intégration sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et à la mesure d'emprisonnement prise à son encontre, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit, dès lors, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce que notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le comportement de M. B pouvait légalement être qualifié de menace à l'ordre public. Par suite, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile refuser à l'intéressé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

21. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions du procès-verbal d'audition établi par les agents de police le 19 septembre 2022, que M. B a déclaré être entré irrégulièrement en France. La circonstance que l'intéressé n'avait pas vocation à se maintenir sur le territoire national étant sans influence sur l'irrégularité de son séjour. En outre, il est constant que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 31 décembre 2017, qu'il n'établit pas avoir exécuté. Enfin, si le requérant a déclaré, lors de son audition par les services de police le 19 septembre 2022, résider chez son frère, il produit toutefois une attestation vague et non circonstanciée, rédigée le 3 août 2022 par un " ami " déclarant l'héberger. Ainsi, en produisant une seule attestation imprécise, le requérant ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire français. L'ensemble de ces circonstances est, ainsi, de nature à faire regarder comme établi l'irrégularité du séjour de l'intéressé et l'absence de garanties de représentations suffisantes, au sens des 1°, 5° et 8° des dispositions citées au point 18.

22. S'il ne ressort pas des mentions du procès-verbal d'audition établi le 19 septembre 2022 que le requérant aurait expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, il résulte de ce qui précède que les motifs tirés de l'existence d'une menace à l'ordre public, de l'entrée irrégulière sur le territoire français, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de résidence effective, sont de nature, conformément à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à justifier, à eux seuls, le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire en litige.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. B ne saurait, par suite, soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'établir qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la demande de protection internationale présentée en Belgique a fait l'objet d'un rejet définitif par les autorités belges. Dès lors le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

26. En dernier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que M. B à la possibilité d'être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Par suite, à supposer que le requérant justifie être en possession d'un titre de séjour belge, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse être éloigné en Belgique. En outre, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B, qui ne démontre par la présence de son ancienne compagne en Belgique et ses filles en Belgique et en Italie, n'établit pas qu'il sera isolé en cas de retour en Algérie où il a vécu la majorité de sa vie et où il dispose, selon ses déclarations, des attaches familiales et amicales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

28. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

29. D'autre part, aux termes de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Lorsqu'une Partie contractante envisage de délivrer un titre de séjour à un étranger qui est signalé aux fins de non-admission, elle consulte au préalable la Partie contractante signalante et prend en compte les intérêts de celle-ci ; le titre de séjour ne sera délivré que pour des motifs sérieux, notamment d'ordre humanitaire ou résultant d'obligations internationales () ". Aux termes de l'article 96 de la même convention : " 1. Les données relatives aux étrangers qui sont signalés aux fins de non-admission sont intégrées sur la base d'un signalement national résultant de décisions prises, dans le respect des règles de procédure prévues par la législation nationale, par les autorités administratives ou les juridictions compétentes. 2. Les décisions peuvent être fondées sur la menace pour l'ordre public ou la sécurité et la sûreté nationales que peut constituer la présence d'un étranger sur le territoire national. Tel peut être notamment le cas : a) d'un étranger qui a été condamné pour une infraction passible d'une peine privative de liberté d'au moins un an ".

30. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. B ne saurait, par suite, soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

31. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors qu'elle ne mentionne pas la présence en France de sa sœur, son frère, et son cousin, ainsi que le séjour régulier de son ancienne compagne en Belgique et de ses filles en Belgique et en Italie, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir ses allégations. De sorte, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner dans les motifs de sa décision l'ensemble des éléments factuels caractérisant la situation de l'intéressé, n'a pas entachée la décision contestée d'une erreur de fait.

32. En troisième lieu, M. B ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit plus haut, d'une insertion, ni d'attaches particulièrement stables ou intenses sur le territoire français. Le requérant n'établit pas que les circonstances qu'il invoque devraient être regardées comme des circonstances humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée. En outre, il est constant que le comportement du requérant, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le préfet pouvait légalement interdire M. B de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

33. En dernier lieu, aux termes du 1) de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

34. Si M. B soutient que la décision litigieuse lui interdit tout séjour en Belgique et en Italie auprès de ses enfants, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir sa paternité, la régularité du séjour de ses enfants ou la contribution à leur entretien et à leur éducation. En tout état de cause, il résulte des dispositions citées au point 29, que le signalement aux fins de non-admission qui accompagne l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B fait l'objet n'a ni pour objet ni pour effet de le priver de séjour dans l'Union européenne, les parties contractantes à la convention Schengen n'étant pas en situation de compétence liée pour ordonner l'éloignement d'un étranger ayant fait l'objet d'une mesure de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le requérant conserve en outre la possibilité, le cas échéant, de se prévaloir de motifs sérieux, au sens des stipulations précitées de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen, telle que la présence de sa famille en Belgique et en Italie qu'il lui appartient de démontrer.

35. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

36. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

37. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

38. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

39. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 29 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé,

C. CLa greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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