jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208799 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 novembre 2022, 3 février 2023 et 21 juin 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, et 21 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", à défaut de l'admettre provisoirement au séjour en l'autorisant à travailler le temps du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les mémoires du préfet du Nord et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration enregistrés respectivement le 28 et le 30 juin 2023 sont irrecevables dès lors qu'ils ont été produits postérieurement à la clôture de l'instruction et qu'ils ne comportent pas d'éléments nouveaux dont ils ne pouvaient faire état avant la clôture de l'instruction ;
- les arguments de l'Office français de l'immigration et de l'intégration fondés sur des fiches dites " medcoi " qui n'ont pas été communiquées par l'intervenant, au motif que cette communication méconnaîtrait la protection de la santé publique au sens de l'article 4 du règlement (CE) n°1049/2001, sont inopérants.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de l'objectif qu'elle poursuit.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;
- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;
- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a communiqué l'entier dossier médical de M. B le 15 juin 2023 et a présenté des observations, enregistrées le 30 juin 2023.
Par une ordonnance du 21 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
5 août 2023 à 12 h 00.
Un mémoire en défense présenté pour le préfet du Nord le 30 août 2023, après clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- les observations de Me Cliquennois, substituant Me Gommeaux, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, né le 6 janvier 1983 à Ouaguenoun (Algérie) est entré en France le 7 novembre 2017 muni d'un visa court séjour délivré par les autorités françaises à Alger, valable du 23 octobre 2017 au 22 novembre 2017. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 4 janvier 2018. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatride (OFPRA) en date du 19 mars 2018, puis il a formé un recours à l'encontre de cette décision, rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 31 août 2018. Par un arrêté du 12 novembre 2018, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire. M. B n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par une nouvelle demande formée le 9 décembre 2020, il a sollicité l'octroi d'un titre de séjour mention " vie et familiale " pour raison de santé auprès de la préfecture de la Seine Saint-Denis. Par un arrêté du 26 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre sollicité et lui par ailleurs fait obligation de quitter le territoire français. M. B n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français pour l'immigration et l'intégration (OFII).
4. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. Par un avis du 3 mars 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers Algérie où il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, M. B soutient qu'il a subi un accident du travail en août 2020 lui ayant causé un traumatisme crânien à l'origine d'un état psychotique confusionnel et de troubles délirants, qu'il suit un traitement comportant la prise quotidienne de tercian (cyamémazine), de seresta (oxazépam), d'imovane (zopiclone) et de risperdal (rispéridone), et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié en Algérie dès lors que le tercian, le seresta et l'imovane n'y sont pas disponibles. A l'appui de ses allégations, il produit notamment une nomenclature des médicaments autorisés en Algérie au 15 juin 2021 où ne figure aucun de ces trois médicaments. Les écritures du préfet n'apportent aucun élément au soutien d'un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi et se bornent à renvoyer à l'avis du collège des médecins de l'OFII. Ce dernier fait valoir que ni le tercian ni l'imovane ne sont disponibles en Algérie mais que des médicaments de substitution, la quétiapine, dont le rapport bénéfices / risques est égal ou meilleur à celui de la cyamémazine (principe actif du tercian), et le zolpidem, médicament hypnotique de la même famille que le zopiclone, sont disponibles en Algérie. L'OFII fait également valoir que le seresta est disponible en Algérie. Toutefois, l'OFII fonde ses affirmations sur des fiches issues du système d'information " medcoi ", pour " medical country of origin information " qu'elle ne produit pas, au motif de leur incommunicabilité, et qui ne sont pas publiées. Ainsi, ces éléments ne sont pas de nature à contester utilement les affirmations du requérant fondées sur la nomenclature des médicaments autorisés en Algérie au 15 juin 2021. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie de sorte qu'en prenant la décision attaquée, le préfet du Nord a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision ni sur la recevabilité des mémoires du préfet du Nord et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration enregistrés respectivement le 28 et le 30 juin 2023, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 du préfet du Nord par lequel il lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. A la suite de l'annulation d'une mesure d'éloignement et non d'un refus de séjour, il incombe seulement au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. L'exécution du présent jugement implique donc nécessairement d'enjoindre au préfet du Nord de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et de fixer à trois mois le délai dans lequel il devra prendre une décision sur son droit au séjour en France. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. B et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLa présidente,
signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026