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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208840

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208840

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille rejette la requête de la SCI Bella Junior qui contestait deux amendes pour mise en location sans autorisation préalable dans une zone réglementée. La juridiction estime que la procédure administrative (mise en demeure, droit à présenter des observations) a été respectée par le préfet du Pas-de-Calais et que le moyen tiré de la vacance d'un logement est inopérant. La décision s'appuie sur les articles L. 635-1, L. 635-3 et L. 635-7 du code de la construction et de l'habitation relatifs au dispositif d'autorisation préalable de mise en location.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, la SCI Bella Junior doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger du paiement de deux amendes administratives d’un montant de 2 000 euros chacune, prononcées à son encontre par deux arrêtés du 9 juin 2022 du préfet du Pas-de-Calais pour non-respect de la procédure de déclaration préalable à la mise en location de deux logements.

Elle soutient que :
la procédure est entachée d’un vice de procédure ;
l’appartement n°21 était vacant à compter du 31 juillet 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2025, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
la requête est irrecevable dès lors qu’elle se borne à solliciter la bienveillance du tribunal ;
au surplus, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure est inopérant et celui tiré de la vacance d’un des logements est infondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Féménia,
- et les conclusions de M. Frindel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 635-1 du code de la construction et de l’habitation :
« I.- L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, le conseil municipal peut délimiter des zones soumises à autorisation préalable de mise en location sur les territoires présentant une proportion importante d'habitat dégradé. Ces zones sont délimitées au regard de l'objectif de lutte contre l'habitat indigne et en cohérence avec le programme local de l'habitat en vigueur et le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées. Ces zones peuvent concerner un ou plusieurs ensembles immobiliers. (…) / II.- La délibération mentionnée au I peut fixer, pour chacune des zones géographiques qu'elle délimite, les catégories et caractéristiques des logements qui sont soumis à autorisation préalable. Elle précise la date d'entrée en vigueur du dispositif, qui ne peut être fixée à un délai inférieur à six mois à compter de la publication de la délibération mentionnée au I, ainsi que le lieu et les modalités de dépôt de la demande d'autorisation. (…) ». Aux termes de l’article L. 635-3 du même code : « La mise en location d'un logement situé dans les zones soumises à autorisation préalable de mise en location est subordonnée à la délivrance d'une autorisation par le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, par le maire de la commune. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 635-7 dudit code : « Lorsqu'une personne met en location un logement sans avoir préalablement déposé la demande d'autorisation prévue au présent chapitre auprès de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat ou, à défaut, de la commune, le représentant de l'Etat dans le département peut, après avoir informé l'intéressé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé, ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 5 000 €. En cas de nouveau manquement dans un délai de trois ans, le montant maximal de cette amende est porté à 15 000 €. (…) / L'amende est proportionnée à la gravité des manquements constatés et ne peut être prononcée plus d'un an à compter de la constatation des manquements. ».

Il résulte de l’instruction que par une délibération du 19 juin 2019, la communauté
d’agglomération de Lens-Liévin a instauré à compter du 1er janvier 2020, un périmètre soumis à autorisation préalable de mise en location, telle que prévue par les dispositions de l’article L. 635-1 du code de la construction et de l’habitation. Il n’est pas contesté, d’une part, que les appartements n° 21, 31 et 42 de la SCI requérante situés 10 place du général de Gaulle à Lens, relèvent de cette zone et, d’autre part, que l’intéressée a mis en location ces logements, respectivement à compter du 1er janvier 2021, 1er septembre 2018 et 8 octobre 2020, sans avoir sollicité au préalable l’autorisation requise. Par courrier du 21 mars 2022 notifié le 23 mars suivant, elle a été invitée à présenter ses observations ainsi qu’à régulariser sa situation dans un délai d’un mois. Par courrier du 15 avril 2022, la SCI Bella Junior informait les services de la préfecture de la vacance des logements n° 21 et 31 et de l’engagement de démarches concernant l’appartement n°42. En l’absence de dépôt de dossier, le préfet du Pas-de-Calais a, par trois arrêtés du 9 juin 2022, infligé à la SCI Bella Junior, en application des dispositions de l’article L. 635-7 du code de la construction et de l’habitation, une sanction pécuniaire d’un montant de 2 000 euros par logement, pour non-respect de la procédure d’autorisation préalable de la mise en location. A la suite du recours gracieux formé le 30 juin 2022 à l’encontre de ces arrêtés, par courrier du 12 septembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais a d’une part abrogé son arrêté du 9 juin 2022 concernant l’appartement n°31, ce dernier ayant été mis en location avant l’entrée en vigueur du dispositif d’autorisation préalable de mise en location sur le territoire de la commune de Lens et confirmé les deux autres arrêtés relatifs aux appartements n°21 et 42.

Dans le cadre de ses écritures, la société requérante fait valoir que suite à la réception du courrier de la DDTM daté du 21 mars 2022, elle a présenté ses observations par courriel du 15 avril 2022 et par courrier du 29 juillet suivant en faisant valoir notamment la vacance de l’appartement n° 31, le départ à venir du locataire de l’appartement n° 21 et sa volonté de faire les démarches nécessaires à l’obtention d’une autorisation pour la mise en location de l’appartement n° 42. Cette circonstance est toutefois sans incidence dès lors qu’elle est postérieure à la constatation par le représentant de l’Etat du non-respect des dispositions relatives à l’autorisation préalable de mise en location, effectuée en mars 2022 et alors qu’il n’est pas contesté que pour rejeter le recours gracieux de la requérante formé le 30 juin 2022, par décision du 12 septembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais a retenu qu’à cette date, aucune démarche probante n’avait encore été réalisée puisque les logements n° 42 et 21 finalement concernés par l’infraction n’avaient pas fait l’objet d’une déclaration de mise en location dans le délai d’un mois imparti. En outre, si la société requérante fait valoir que l’appartement n° 21 était vacant à compter du 31 juillet 2020, elle ne l’établit par la simple production d’un contrat de location alors qu’il ressort des pièces du dossier que la CAF a informé les services de la commune de Lens par courrier du 2 février 2022 de l’occupation de ce logement depuis le 1er janvier 2021.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais, que la SCI Bella Junior n’est pas fondée à demander l’annulation des arrêtés du 9 juin 2022 par lesquels le préfet du Pas-de-Calais a prononcé à son encontre une sanction pécuniaire d’un montant de 2 000 euros par logement.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de la SCI Bella Junior est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Bella Junior et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La présidente-rapporteure,
Signé
J. Féménia
L’assesseure la plus ancienne dans l’ordre du tableau,
Signé
P. Beaucourt

La greffière,

Signé

C. Capizzi




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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