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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208846

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208846

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 29 novembre 2022, M. E C demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 novembre 2022 de la préfète de l'Oise en tant qu'il fixe le pays de destination duquel il sera reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros qu'il versera à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel, magistrate désignée,

- les observations de Me Zaïri représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il sollicite, en outre, le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; il fait valoir, en outre, que lors de son audition, M. C n'a pu présenter ses observations dès lors qu'il n'était pas accompagné d'un interprète en langue arabe ;

- les observations de M. C, assisté par Mme B, interprète assermentée en arabe, qui indique vouloir rester en France ;

- la préfète de l'Oise étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, entré en France au cours de l'année 2020 selon ses déclarations, a été condamné le 5 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Senlis à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pendant une durée de cinq ans. A sa levée d'écrou du centre pénitentiaire de Beauvais, le 16 novembre 2022, la préfète de l'Oise a ordonné, par une décision du même jour, l'éloignement l'intéressé à destination du pays dont il a la nationalité afin de pourvoir à l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire. Par sa requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté fixant le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, signé par M. A, n'aurait pas été pris par un autorité compétente doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'il comporte sont de nature à mettre en mesure le requérant de discuter utilement les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'acte en litige, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre la décision litigieuse, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

7. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. C ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté attaqué.

8. En cinquième lieu, en soutenant que la décision attaquée méconnaît les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne sont pas applicables aux décisions faisant obligation de quitter le territoire français dont la procédure est entièrement régie par les dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la violation de son droit à être entendu tel qu'il résulte du principe général du droit de l'Union européenne.

9. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

10. M. C soutient ne pas avoir pu présenter utilement ses observations préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée dès lors que lors de son audition par les services de police le 9 novembre 2022, il n'était pas accompagné d'un interprète en langue arabe.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions du procès-verbal d'audition à laquelle ont procédé les services de police le 9 novembre 2022, que le requérant, qui a été questionné sur son entrée en France et ses liens sur le territoire français, a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement en direction de l'Algérie et qu'il lui a alors été demandé s'il avait des observations à porter à la connaissance de la préfète. A cet égard, il ressort des mentions portées sur le procès-verbal dressé lors de cette audition, que l'intéressé a été en mesure de présenter des observations précises et circonstanciées, témoignant de sa compréhension des questions posées. En outre, il a été constaté, au cours de l'audience publique, que M. C s'est volontairement exprimé en français, langue qu'il parle sans difficultés. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration et qui auraient été de nature à faire obstacle à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Par suite, le moyen tiré par M. C de la violation du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. C soutient avoir fui son pays d'origine en raison de problèmes personnels et d'un conflit familial, il ne verse toutefois au dossier aucun élément probant de nature à établir qu'il se trouverait, en cas de retour en Algérie, exposé à un risque actuel, personnel, direct et sérieux de subir des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'il ne pourrait y bénéficier d'aucune protection de la part des autorités de ce pays. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 de la préfète de l'Oise qui fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement à son encontre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 29 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé,

C. DLa greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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