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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2208896

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2208896

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2208896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'abroger son arrêté du 23 septembre 2021 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, Me Dewaele, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 9 février 2000, est entré en France le 4 octobre 2018. Le 25 février 2021, M. B, se prévalant de son état de santé, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 23 septembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 28 juin 2022, M. B a sollicité l'abrogation de l'arrêté du 23 septembre 2021. M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté cette demande d'abrogation.

2. En premier lieu, la décision attaquée est une décision implicite, qui n'est dès lors pas matérialisée par un document sur lequel figurerait une signature. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français doivent être motivées en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en va de même pour les décisions refusant d'abroger ces décisions. La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 de code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

4. M. B a demandé, le 6 septembre 2022, la communication des motifs de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'abroger ses décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français. Par un courrier du 6 octobre 2022, le préfet du Nord a communiqué à l'intéressé les considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision attaquée est fondée. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs, notamment dès lors qu'elles contiennent l'analyse des nouveaux documents médicaux fournis par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition ne prévoit que la décision refusant l'abrogation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre séjour en qualité d'étranger malade doive être prise après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

6. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () "

9. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter, par un arrêté du 23 septembre 2021, la demande de titre de séjour de M. B, le préfet du Nord a considéré, suivant l'avis du collège des médecins de l'OFII, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour refuser d'abroger l'arrêté du 23 septembre 2021, le préfet du Nord a considéré que les nouveaux documents médicaux fournis par M. B ne permettaient pas de considérer qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié en Guinée.

10. Si le requérant produit des certificats médicaux attestant qu'un appareillage médical lui est nécessaire, ni ces documents, ni aucune autre pièce du dossier, n'indique que ces appareils ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. M. B n'établit pas davantage qu'il n'aurait pas accès à une source d'électricité appropriée au branchement de son appareil en Guinée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Il est constant que M. B, qui ne se prévaut d'aucun lien familial sur le territoire français, est le père d'un enfant mineur résidant en Guinée, où se trouve également le père du requérant. Si M. B soutient également être en concubinage avec une ressortissante étrangère, demandeuse d'asile en France, il ressort des pièces du dossier que cette relation datait de moins d'un mois à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la décision attaquée a été prise, refuser d'abroger l'arrêté du 23 septembre 2021.

13. Il résulte de tout de qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision implicite du préfet du Nord portant refus d'abrogation de l'arrêté du 23 septembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRELe président,

Signé

M. PAGANEL

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2208896

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