jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2022, M. A B et
Mme C D, représentés par l'AARPI Listo Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Mouvaux a délivré à la SCCV Mouvaux Tourcoing un permis de construire, après démolition complète des constructions existantes, deux bâtiments comportant au total 40 logements collectifs et
8 maisons individuelles sur un terrain sis 526, 528, 530, 530bis, 532, 532bis, 534, 536, 536bis et 538 rue de Tourcoing, parcelle cadastrée AM121, ensemble la décision du 16 septembre 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge, respectivement, de la commune de Mouvaux et de la SCCV Mouvaux Tourcoing la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en l'absence de l'attestation prévue par les dispositions du o) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) applicables aux tissus résidentiels intermédiaires UGB4.2 et relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies dès lors que les balcons de la façade Ouest du bâtiment A ne s'alignent pas sur une construction existante implantée sur l'unité foncière contigüe, ne sont pas implantés à l'alignement et n'observent pas un retrait de 5 mètres minimum par rapport à la rue de Tourcoing ;
- il méconnaît les dispositions du règlement du PLU de la MEL applicables aux tissus résidentiels intermédiaires UGB4.2 et relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives dès lors que les loggias et le balcon de la partie Est de la façade Ouest du bâtiment A ne respectent pas le retrait minimum de 3 mètres de la limite séparative de leur propriété, étant implantés à 1,20 de cette limite.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, la SCCV Mouvaux Tourcoing, représentée par la SCP Bignon Lebray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer pour permettre la régularisation du vice tenant à l'incomplétude du dossier en l'absence de l'attestation prévue par les dispositions du o) de l'article R.431-16 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grard,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Sule, représentant la SCCV Mouvaux Tourcoing.
Considérant ce qui suit :
1. Par leur requête, M. B et Mme D demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Mouvaux a délivré à la SCCV Mouvaux Tourcoing un permis de construire, après démolition complète des constructions existantes, deux bâtiments comportant au total 40 logements collectifs et 8 maisons individuelles sur un terrain sis 526, 528, 530, 530bis, 532, 532bis, 534, 536, 536bis et 538 rue de Tourcoing, parcelle cadastrée AM121, ensemble la décision du 16 septembre 2022 rejetant leur recours gracieux, formé le 26 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la composition du dossier :
2. Aux termes de l'article L. 556-2 du code de l'environnement :
" Les projets de construction ou de lotissement prévus dans un secteur d'information sur les sols tel que prévu à l'article L. 125-6 font l'objet d'une étude des sols afin d'établir les mesures de gestion de la pollution à mettre en œuvre pour assurer la compatibilité entre l'usage futur et l'état des sols. / Pour les projets soumis à permis de construire ou d'aménager, le maître d'ouvrage fournit dans le dossier de demande de permis une attestation garantissant la réalisation de cette étude des sols et de sa prise en compte dans la conception du projet de construction ou de lotissement. Cette attestation doit être établie par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, conformément à une norme définie par arrêté du ministre chargé de l'environnement, ou équivalent () ". Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / () / o) Lorsque le projet est situé dans un secteur d'information sur les sols et dans les cas et conditions prévus par l'article L. 556-2 du code de l'environnement, une attestation établie par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, ou équivalent, garantissant la réalisation d'une étude de sols et sa prise en compte dans la conception du projet de construction () ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Il ressort de l'atlas des obligations diverses, qui constitue une annexe du PLUi de la MEL, librement accessible tant au juge qu'aux parties, ainsi que des termes de l'arrêté attaqué que l'unité foncière qui constitue le terrain d'assiette du projet en litige est situé, au moins pour partie, dans un secteur d'information sur les sols. Le courrier du 10 janvier 2021 rédigé par la société Helfy et joint au dossier de demande de permis de construire, se borne à indiquer qu'un diagnostic de pollution a été réalisé sur le site en novembre 2018 et qu'un plan de gestion comprenant des investigations complémentaires avec sondages des sols sera réalisé après la démolition des bâtiments existants à compter de la fin du premier trimestre 2022, permettant d'élaborer une analyse des risques résiduels. Il mentionne en outre qu'à l'issue des investigations et du plan de gestion, une attestation établie par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués garantissant la réalisation d'une étude de sols et sa prise en compte dans la conception du projet de construction sera réalisée. Dans ces conditions, et eu égard à sa teneur, le courrier du 10 janvier 2021 ne peut être regardé comme constituant l'attestation prévue par les dispositions du o) de l'article R.431-16 du code de l'urbanisme.
Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le dossier de permis de construire est incomplet et que, dans les circonstances de l'espèce, cette omission a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
En ce qui concerne l'implantation de la construction :
5. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.
Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que le bâtiment A du projet est implanté sur la partie de la parcelle jouxtant la rue de Tourcoing, qui constitue une voie ouverte à la circulation, en retrait de l'alignement. La façade Ouest du bâtiment comprend des balcons en saillie de 1,40 mètres, implantés en deçà de la ligne de recul de 5 mètres de l'alignement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par un arrêté du
2 juin 2023 le maire de la commune de Mouvaux a délivré à la société pétitionnaire un permis de construire modificatif prenant en compte la suppression de ces balcons. Dès lors, les requérants ne peuvent plus utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de la section II du chapitre 4.1 du titre 2 du livre III du règlement du PLUi de la MEL relatives aux conditions d'implantation au regard des voies en secteur UGB4.2, du fait de la présence de ces balcons.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse du projet, que l'extrémité de la façade Ouest du bâtiment A située dans la bande de 20 mètres de profondeur du terrain d'assiette, mesurant plus de 12 mètres de large dans sa partie riveraine de la rue de Tourcoing, comporte des balcons en saillie de 1,40 mètres, soumis au respect des règles d'implantation par rapport aux limites séparatives en vertu des dispositions précitées du règlement du PLUi de la MEL. Ces balcons sont implantés en retrait de la limite séparative latérale de la parcelle des requérants à une distance inférieure à 3 mètres. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par un arrêté du 2 juin 2023, le maire de la commune de Mouvaux a délivré à la société pétitionnaire un permis de construire modificatif prenant en compte la suppression de ces balcons. Dès lors, les requérants ne peuvent plus utilement invoquer la méconnaissance des dispositions section II du chapitre 4.1 du titre 2 du livre III du règlement du PLUi de la MEL relatives aux conditions d'implantation au regard des limites séparatives latérales en secteur UGB4.2, du fait de la présence de ces balcons.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice tenant à la méconnaissance des dispositions du o) de l'article R.431-16 du code de l'urbanisme.
Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
10. En l'espèce, seul le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du o) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme est de nature à justifier l'annulation du permis de construire litigieux. Il résulte de l'instruction que ce vice est susceptible d'être régularisé par une modification du projet qui n'implique pas de lui apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et de fixer à la SCCV Mouvaux Tourcoing et à la commune de Mouvaux un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de transmettre au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. B et Mme D jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement imparti à la SCCV Mouvaux Tourcoing et à la commune de Mouvaux pour transmettre au tribunal la mesure de régularisation qu'implique le vice mentionné au point 10 du présent jugement.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C D, à la SCCV Mouvaux Tourcoing et à la commune de Mouvaux.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. GRARDLe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026