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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209001

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209001

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET QUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2220550 du 22 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 30 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité à son fils mineur D B ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à l'enfant D B une carte nationale d'identité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Tourbier, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée en droit et est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnait le principe de présomption d'innocence résultant des dispositions de l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barre,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité française, a déposé, le 20 juin 2019, auprès des services de la mairie d'Amiens, une demande, transmise au préfet du Pas-de-Calais, tendant à la délivrance à D B, né le 10 octobre 2017 à Laon, enfant qu'il a reconnue le 13 octobre 2017, d'une carte nationale d'identité. Par une décision du 28 janvier 2020, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande.

Sur la fin de recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais :

2. Le préfet du Pas-de-Calais soutient que la décision du 28 janvier 2020 a été notifiée au requérant par un courrier du même jour et que la requête, enregistrée le 30 septembre 2022 est, dès lors, tardive. Toutefois, l'avis de réception qu'il produit, établissant qu'un courrier été notifié au requérant le 1er juillet 2019, antérieurement à l'édiction de décision attaquée, est afférent à une lettre du 26 juin 2019 informant M. A que sa demande fait l'objet d'un " examen complémentaire ". Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Si la décision attaquée comporte les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, à savoir une reconnaissance de paternité de complaisance soupçonnée en l'absence de vie commune entre le requérant et la mère du jeune D B, la situation irrégulière de cette dernière au regard du droit au séjour et l'absence de présentation du requérant à l'entretien en préfecture auquel il avait été convoqué, elle ne mentionne aucune stipulation, disposition ou règle jurisprudentielle dont elle ferait application. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision, qui ne comporte aucune motivation en droit, est insuffisamment motivée.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité pour son fils mineur D B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision du 28 janvier 2020 implique seulement que soit enjoint au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer la demande de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A n'a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle ni directement ni par l'entremise de son conseil. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à M. A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 janvier 2020 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité au fils mineur de M. A, D B, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer la demande de carte nationale d'identité formulée par M. A pour son fils mineur, D B, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Barre

Le président,

Signé

M. Paganel

La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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