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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209083

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209083

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKARILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 novembre et 2 décembre 2022, M. B D demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles n'ont pas été prises par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en fixant à deux ans la durée de son interdiction de retour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces, enregistrées le 28 novembre 2022, ont été produites par le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou, magistrate désignée ;

- les observations de Me Karila, représentant M. D, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle précise que l'intéressé ne demande pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et reprend les autres moyens invoqués dans les écritures du requérant qu'elle développe ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 novembre 2022, le préfet du Nord a pris à l'encontre de M. B D, ressortissant algérien né le 1er juin 1990 à Chlef (Algérie), une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pendant deux ans sur le territoire français. M. D, par la présente requête, demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 13 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 245 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination des mesures d'éloignement et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. D, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. S'agissant plus particulièrement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Enfin, le préfet du Nord précise que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;()/ 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;/ () ".

6. M. D se prévaut, à l'encontre de cette décision, des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, les dispositions de cet article ne sont pas applicables à la décision portant obligation de quitter le territoire français, mais uniquement à celle relative au délai de départ volontaire. Par ailleurs, la mesure d'éloignement en litige n'est pas fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et donc sur la circonstance que son comportement constituerait une menace à l'ordre public, mais sur celles du 1° de ce même article. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation, tel qu'il est soulevé, ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

7. En second lieu, si M. D soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour /()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord s'est fondé pour prendre la décision contestée sur les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, notamment, sur celles des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de sept signalements entre le mois de novembre 2021 et celui de septembre 2022, sous différents alias, pour des faits de vol et recel, destruction du bien d'autrui en réunion, violation de domicile et cession de produits stupéfiants. Dans ces conditions, compte tenu des caractères récent et réitéré de ces faits, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, et sans qu'est d'incidence l'absence de toute condamnation pénale de l'intéressé, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. D était constitutif d'une menace actuelle à l'ordre public.

12. D'autre part, il est constant que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français et ne soutient ni même n'allègue avoir fait des démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire. Il a également indiqué aux services de police, lors de son audition du 23 novembre 2022, ne disposer d'aucun document de voyage ou d'identité et résider dans un " squat " à Roubaix. Par suite, le préfet du Nord pouvait également valablement se fonder sur les des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code pour refuser d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Si M. D soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre par décision du même jour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En second lieu, si M. D soutient que le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux ans la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire français, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, et en tout état de cause, l'intéressé déclare lui-même n'être entré en France que récemment, moins d'un an avant la date de l'arrêté en litige, et ne fait état d'aucun lien noué sur le territoire. En outre, il est défavorablement connu des services de police et son comportement constitue une menace à l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 11. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement adoptée par le préfet du Rhône, assortie d'une mesure d'assignation à résidence, non respectée par l'intéressé. Ces éléments sont de nature à justifier la durée de l'interdiction litigieuse. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.

19. Eu égard à tout ce qui précède, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate,

Signé,

C. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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