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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209115

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209115

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROELS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 novembre 2022 et les 10 novembre 2023 ainsi que 7 et 22 décembre 2023, la SCI Les géraniums, représentée par Me Dubrulle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le maire de la commune de Cysoing a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la réhabilitation d'un logement existant, de la démolition d'une habitation et de locaux annexes, de la construction d'une maison individuelle et de 15 logements collectifs, sur un terrain sis 222 rue Salvador Allende, parcelles sections cadastrées AD 354, AD 355, AD 356, AD 357, AD 358, AD 359 et AD 360 et de prendre acte de son désistement de ses conclusions tendant à l'annulation de la lettre de l'adjointe au maire de la commune de Cysoing en date du 1er avril 2022 portant majoration du délai d'instruction de sa demande d'autorisation d'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cysoing de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite en date du 15 juin 2022 ou, à titre subsidiaire du 15 juillet 2022, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

3°) de mettre à la charge de la commune de Cysoing la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 4 août 2022 est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable, cet arrêté ayant pour effet de retirer le permis de construire tacite dont elle était bénéficiaire depuis le 15 juin 2022, le courrier du 1er avril 2022 n'ayant pu avoir pour effet de majorer ou reporter le délai d'instruction dès lors qu'il ne lui a pas été notifié dans le délai d'un mois, qu'il a été adressé par une autorité incompétente, faute de délégation de la commune à la communauté de communes Pévèle Carembault et qu'il a été envoyé par un courriel ne répondant pas aux exigences des articles R.474-1 du code de l'urbanisme et R.112-19 du code des relations entre le public et l'administration, ni de reporter la date de début d'instruction de sa demande, les pièces sollicitées n'étant pas exigibles et son dossier étant complet à compter du 15 mars 2022 ;

- son projet ne se situant pas dans le champ de visibilité d'un monument historique ;

- son projet ne méconnaît pas les dispositions du b du 1. du II du chapitre I du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Cysoing dès lors que sa hauteur mesurée par rapport au point médian du sol naturel est inférieure à 8,5 mètres.

Par des mémoires en défense enregistrés le 14 décembre 2022 et les 27 février, 20 novembre et 12 décembre 2023, la commune de Cysoing, représentée par Me Roels, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Les géraniums au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la lettre du 1er avril 2022 portant majoration du délai d'instruction ne sont pas recevables en tant qu'elles sont tardives ;

- les moyens soulevés par la SCI Les géraniums ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Hau, substituant Me Dubrulle et représentant la

SCI Les géraniums,

- et les observations de Me Roels, représentant la commune de Cysoing.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les géraniums a déposé le 15 mars 2022 auprès des services de la commune de Cysoing un dossier de demande de permis de construire en vue de la réhabilitation d'un logement existant, de la démolition d'une habitation et de locaux annexes, de la construction d'une maison individuelle et de 15 logements collectifs, sur un terrain sis 222 rue Salvador Allende, parcelles sections cadastrées AD 354, AD 355, AD 356, AD 357, AD 358, AD 359 et AD 360. Par un courrier du 1er avril 2022, l'adjointe au maire de la commune a, d'une part, demandé à la SCI Les géraniums de compléter son dossier dans un délai de trois mois et, d'autre part, majoré le délai d'instruction, le portant de trois à quatre mois. Par un arrêté du 4 août 2022, le maire de la commune a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par une décision du 20 octobre 2022, il a rejeté le recours gracieux formé par la SCI pétitionnaire le 8 septembre 2022. Si, dans sa requête, la SCI Les géraniums avait demandé au tribunal d'annuler la lettre du 1er avril 2022 portant majoration du délai d'instruction de sa demande d'autorisation d'urbanisme, elle a dans son mémoire enregistré le 10 novembre 2023 expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur les conclusions présentées contre l'arrêté du 4 août 2022 et de donner acte à la SCI requérante de son désistement de ses conclusions dirigées contre la lettre du 1er avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes des dispositions de l'article R. 424-1 de ce code :

" A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III [du titre II du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme], le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / ()

/ b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".

3. D'une part, aux termes de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ;

/ c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande. ". L'article R. 423-23 du même code fixe à trois mois le délai d'instruction de droit commun pour les demandes de permis autres que celles portant sur une maison individuelle. L'article R. 423-42 de ce code prévoit que : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ;

/ b) Les motifs de la modification de délai () ". Aux termes de l'article R. 423-43 dudit

code : " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R. 423-24 à R. 423-33 de ce code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. D'autre part, l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme prévoit que : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-38 du même code prévoit que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur () une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ;

/ b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". L'article R. 423-41 du même code prévoit que : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme.

Dans ce cas, un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

7. Enfin, aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'urbanisme :

" Les communes dont le nombre total d'habitants est supérieur à 3 500 disposent d'une téléprocédure spécifique leur permettant de recevoir et d'instruire sous forme dématérialisée les demandes d'autorisation d'urbanisme déposées à compter du 1er janvier 2022.

Cette téléprocédure peut être mutualisée au travers du service en charge de l'instruction des actes d'urbanisme. / Un arrêté pris par le ministre chargé de l'urbanisme définit les modalités de mise en œuvre de cette téléprocédure. ". Aux termes de l'article A. 423-5 du même code, dans sa version applicable au litige : " La téléprocédure prévue à l'article L. 423-3 est un téléservice au sens de l'article L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration, pour ses fonctionnalités relatives à la saisine et aux échanges par voie électronique entre les demandeurs et l'administration, et prend la forme d'un service numérique fondé sur une procédure électronique de traitement et de transmission utilisant le réseau internet.

/ II. - La téléprocédure satisfait notamment aux exigences fonctionnelles suivantes, en permettant : / () / 3° Les échanges d'informations, pièces, courriers et notifications prévus par les lois et règlements relatifs à la procédure d'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme entre, d'une part, le demandeur et, d'autre part, la commune ou l'autorité compétente () / III. - La téléprocédure satisfait notamment aux exigences techniques

suivantes : / () / 3° Etablir, de manière certaine, la date et l'heure auxquelles :

/ a) Les informations, pièces, documents, courriers et notifications adressées au demandeur, aux entités consultées sont, selon le procédé électronique utilisé, envoyés, reçus, mises à disposition et consultés ; / b) Les demandes, déclarations, documents ou informations adressées par le demandeur ou les entités consultées sont reçues. ". Aux termes du II de l'article

R. 474-1 de ce code : " Lorsqu'en application du présent livre et des articles L. 112-14 et

L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité compétente notifie un document par voie électronique à un usager, l'intéressé est réputé en avoir reçu notification : () 2° En cas d'utilisation d'un procédé électronique tel que mentionné à l'article R. 112-17 du code des relations entre le public et l'administration, par dérogation à l'article R. 112-20 du même code, le lendemain de la date d'envoi de l'avis de dépôt à l'usager ".

8. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation () d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli ". Aux termes de l'article R.112-17 du même code : " Lorsqu'une administration souhaite recourir à un procédé électronique, prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15 et ne relevant pas de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, elle informe les personnes intéressées, dont il lui appartient de recueillir l'accord exprès, des caractéristiques du procédé utilisé, conforme aux règles fixées par le référentiel général de sécurité prévu à l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 précitée, ainsi que des conditions de mise à disposition du document notifié, de garantie de l'identité de son destinataire et de prise de connaissance par ce dernier. Elle leur indique également les modalités de mise à jour des coordonnées et le délai de préavis prévu à l'article R. 112-18 ainsi que le délai, fixé à l'article R. 112-20, au terme duquel, faute de consultation du document par le destinataire, celui-ci est réputé lui avoir été remis ". Aux termes de l'article R. 112-18 de ce code : " Après accord exprès de la personne recueilli par voie électronique, celle-ci choisit, le cas échéant, parmi les moyens que lui propose l'administration, celui par lequel elle désire recevoir les avis de dépôt qui lui sont adressés. Elle maintient à jour, par la même voie, ses coordonnées afin que les avis de dépôt puissent lui parvenir. / Si elle ne souhaite plus bénéficier du procédé électronique, elle en informe l'administration par voie électronique dans un délai de préavis, fixé au préalable par cette dernière, qui ne peut excéder trois mois ".

Aux termes de l'article R. 112-19 dudit code : " L'administration adresse à la personne un avis l'informant qu'un document est mis à sa disposition et qu'elle a la possibilité d'en prendre connaissance par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15.

Cet avis mentionne la date de mise à disposition du document, les coordonnées du service expéditeur et le délai prévu à l'article R. 112-20 ". Aux termes de l'article R. 112-20 du même code : " Le document notifié est réputé avoir été reçu par son destinataire à la date de sa première consultation. Cette date peut être consignée dans un accusé de réception adressé à l'administration par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15.

/ A défaut de consultation du document par son destinataire dans un délai de quinze jours, le document est réputé lui avoir été notifié à la date de mise à disposition ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la SCI Les géraniums a déposé sa demande de permis de construire le 15 mars 2022. Si cette demande a été faite par l'intermédiaire du portail urbanisme de la communauté de communes Pévèle Carembault en charge de l'instruction des dossiers d'urbanisme relevant de la commune de Cysoing, il ne ressort pas des seules pièces du dossier, d'une part, que ce portail constitue une téléprocédure au sens des dispositions précitées permettant notamment d'établir, de manière certaine, la date et l'heure auxquelles les courriers et notifications adressés au demandeur sont mis à disposition et consultés, d'autre part, que la société aurait donné son accord exprès dans les conditions prévues par les articles R. 112-17 et R. 112-18 du code des relations entre le public et l'administration pour l'utilisation de cette téléprocédure en vue de l'instruction de sa demande, la commune n'apportant pas la preuve, qui lui incombe, du recueil de cet accord. Il ressort encore des pièces du dossier que par un courrier en date du 1er avril 2022, l'adjointe au maire de la commune de Cysoing a, d'une part, informé la SCI de la prolongation du délai d'instruction et, d'autre part, sollicité la production de pièces complémentaires. Ce courrier a été adressé à la société requérante par le biais d'un simple courrier électronique du 5 avril 2022. Toutefois, si celle-ci a donné son accord pour recevoir les documents transmis par courrier électronique et renseigné à cet effet une adresse de courriel, celui du 5 avril 2022 l'informant de la mise à disposition de nouveaux documents sur le portail documentaire, a été adressé à une adresse de courriel différente, correspondant à celle de l'architecte de la SCI requérante sans que la société requérante n'ait cependant habilité ce tiers à recevoir les correspondances de l'administration, la case de l'imprimé CERFA indiquant qu'elle souhaitait que les réponses et demandes de l'administration soient adressées à un tiers n'ayant pas été cochée. Par ailleurs, le courriel du 5 avril 2022 ne comporte pas les mentions prévues par les dispositions de l'article R.112-19 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le courrier du 1er avril 2022 portant prolongation du délai d'instruction et demande de pièces complémentaires ne peut être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la SCI Les Géraniums dans le délai d'un mois prévu par les dispositions des articles R. 423-18 et R.423-38 du code de l'urbanisme, sans que la circonstance que celle-ci a produit, le 2 mai 2022, les pièces complémentaires sollicitées, puisse y faire obstacle. Dans ces conditions, le délai d'instruction de trois mois n'a été ni interrompu, ni prolongé et le dossier déposé doit être regardé comme complet à compter du 15 mars 2022. En l'absence d'une décision à l'issue du délai d'instruction de trois mois suivant cette date, la SCI Les géraniums est devenue titulaire d'un permis de construire tacite le 16 juin 2022 à zéro heure. L'arrêté attaqué, édicté postérieurement à cette dernière date, a ainsi implicitement mais nécessairement eu pour effet de retirer cette autorisation d'urbanisme tacite.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / ()

/ 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article

L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

11. La décision portant retrait d'un permis de construire tacite est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de la décision d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision tacite de permis de construire que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

12. En l'espèce, la décision litigieuse, qui, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, a retiré l'autorisation d'urbanisme tacite dont la SCI Les géraniums disposait, devait être précédée d'une procédure contradictoire en application de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Cysoing a averti la société requérante de son intention de procéder au retrait du permis tacite dont elle était titulaire, ni qu'elle l'a mise en demeure de formuler des observations sur les motifs susceptibles de fonder ce retrait. Une telle irrégularité dans la procédure a, dans les circonstances de l'espèce, privé la SCI Les géraniums d'une garantie et l'arrêté du 4 août 2022 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. La société requérante est ainsi fondée à en demander l'annulation pour ce motif.

13. Il résulte de ce qui précède que la SCI Les géraniums est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Cysoing en date du 4 août 2022. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas, en l'état du dossier et eu égard à la nature de la décision contestée, de nature à fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Dès lors que la SCI Les géraniums est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 16 juin 2022, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au maire de la commune de Cysoing de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Les géraniums, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Cysoing au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cysoing la somme demandée par la SCI Les géraniums au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la SCI Les géraniums tendant à l'annulation de la lettre de l'adjointe au maire de la commune de Cysoing en date du 1er avril 2022.

Article 2 : L'arrêté du maire de la commune de Cysoing en date du 4 août 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Cysoing de délivrer à la SCI Les géraniums un certificat de permis de construire tacite dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les géraniums et à la commune de Cysoing.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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