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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209122

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209122

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Emilie Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé, d'une part, d'abroger l'arrêté du 30 avril 2020 en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination de la mesure d'éloignement et d'autre part, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décisionattaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachéed'une erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 2 octobre 2023 au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024 à 14 h 00 par une ordonnance du 12 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Stefanczyk,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 15 mai 2000, est entré en France le 27 février 2016. Par un arrêt du 24 mai 2017, la cour d'appel de Douai a décidé de son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département du Nord jusqu'à sa majorité. L'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 20 juin 2018 au 19 juin 2019. Le 22 novembre 2019, il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 30 avril 2020, notifié le 30 mai suivant, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement du 27 avril 2021, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. M. B a, par courrier du 16 septembre 2021, demandé au préfet du Nord d'abroger l'arrêté du 30 avril 2020 en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination de la mesure d'éloignement. Le silence gardé par le préfet du Nord a fait naître une décision implicite de rejet dont M. B a sollicité le 16 février 2022 la communication des motifs. Le préfet du Nord a répondu à cette demande par courriel du 19 juillet 2022 en confirmant le rejet de cette demande et en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 19 juillet 2022, qui s'est substituée à la décision initiale.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Le préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture d'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par M. B ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés aux dossiers. Par un arrêté en date du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République.

8. Si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2016, qu'il a obtenu en juin 2000 un certificat d'aptitude professionnel en qualité d'installateur sanitaire et de carreleur et qu'il a été embauché en tant que plongeur par la société Iramon du 24 avril au 31 mai 2009, puis par l'établissement " Le Cerisier En Ville " à compter du 28 mai 2019 pour une durée indéterminée, cette insertion professionnelle est cependant relativement récente. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas avoir noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, il ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille. Enfin, il ne justifie pas qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans, et qu'il ne pourrait pas s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions citées au point précédent en rejetant sa demande tendant à l'abrogation de l'arrêté du 30 avril 2020.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Au vu des mêmes éléments factuels, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit également être écarté.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision en litige.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Nord du 19 juillet 2022. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à Me Emilie Dewaele.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. STEFANCZYK

L'assesseur le plus ancien,

Signé

G. CAUSTIER La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,1

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