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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209189

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209189

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDUBRULLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2022 et 11 mai 2023, la société Picéa, représentée par la SCP Cabinet Boivin et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 4 octobre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Flines-lez-Râches a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme (PLU) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Flines-lez-Râches la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que les modalités de concertation définies par la délibération du 10 juillet 2015 n'ont pas été respectées, la mise en ligne d'une vidéo de présentation sur le site internet de la commune du projet n'ayant pu valablement remplacer l'organisation d'une réunion publique et la mise à disposition d'informations sur une page Facebook ne garantissant pas l'information transparente de tous ;

- la délibération a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que le public n'a pas été informé de la prolongation de l'enquête publique et de la tenue de deux permanences supplémentaires les 9 et 16 mars 2022 ;

- le rapport du commissaire enquêteur comporte des insuffisances et les conclusions de celui-ci ne sont pas motivées, en méconnaissance des dispositions de l'article R.123-19 du code de l'environnement ; le rapport ne contient aucune réponse ou analyse aux observations formulées relatives au projet de carrière de sable et d'argile, que la lettre d'observation n°67 qu'elle a adressée dans le cadre de l'enquête publique n'est pas jointe au registre ni au dossier annexe et n'a pas été traitée ; l'avis du commissaire enquêteur ne contient aucune analyse des avantages et inconvénients du projet et ne traduit pas d'avis personnel et circonstancié sur les orientations générales du projet et les partis d'aménagement retenus ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le règlement du PLU a fait l'objet d'une modification postérieurement à l'enquête publique, en méconnaissance des dispositions de l'article L.153-21 du code de l'urbanisme ;

- le classement en zone N des parcelles cadastrées section A 1352, 1358, 8336 et 8331 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le conseil municipal a entaché sa délibération d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que les parcelles cadastrées section A 6735, 6733, 6739 et 7443 contribuent aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue ;

- le classement de la briqueterie en zone Nc est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme dès lors que le PLU interdit de façon générale et absolue toute installation classée pour la protection de l'environnement sur le territoire de la commune sans avoir déterminé chacune des catégories d'installations classées faisant l'objet d'interdiction ou de restriction d'ouverture.

Par des mémoires enregistrés les 30 mars et 14 juin 2023, la commune de

Flines-lez-Râches, représentée par Me Dubrulle, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Picéa au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Picéa ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, les parties ont été invitées à présenter des observations sur un éventuel sursis à statuer dans l'attente de la régularisation des vices tenant à :

- l'incomplétude du rapport du commissaire enquêteur, en l'absence de prise en compte du courrier d'observations en date du 14 mars 2022 produit par la société Picéa dans le cadre de l'enquête publique ;

- l'insuffisance de l'avis du commissaire enquêteur sur le projet de PLU soumis à enquête publique, en l'absence de prise de position du commissaire enquêteur sur le projet de carrière de sable et d'argile porté par la société STB matériaux.

Par un mémoire enregistré le 7 novembre 2023, la commune de Flines-lez-Râches a présenté des observations sur cet éventuel sursis à statuer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Delterme, représentant la société Picéa et celles de Me Hau, substituant Me Dubrulle et représentant la commune de Flines-lez-Râches.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, la société Picéa demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Flines-lez-Râches du 4 octobre 2022 approuvant la révision du plan local d'urbanisme (PLU) communal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les modalités de concertation :

2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige et repris désormais aux articles L. 103-2 et suivants du même code :

" I. - Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ; () / II. ' Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : / () / 2° L'organe délibérant de la collectivité () / Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. / () / III. ' A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée au II en arrête le bilan. ". Le IV de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, désormais codifié à l'article L. 600-11 du même code, dispose que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux I, II et III bis ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies au présent article et par la décision ou la délibération prévue au II ont été respectées () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la révision du PLU doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil municipal doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le PLU. En outre, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, la légalité d'une délibération approuvant un PLU ne saurait être contestée au regard des modalités de la procédure de concertation qui l'a précédée, dès lors que celles-ci ont respecté les modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration de ce document d'urbanisme. Seules les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par cette délibération demeurent invocables à l'occasion d'un recours contre le PLU approuvé. Toutefois, le vice affectant la procédure de concertation n'est de nature à entacher d'irrégularité la procédure de révision du PLU que s'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant le projet ou s'il a privé le public d'une garantie.

4. En l'espèce, par une délibération du 10 juillet 2015, le conseil municipal de la commune de Flines-lez-Raches a adopté les modalités de la procédure de concertation, à savoir, la mise à disposition d'informations sur le site Internet communal et dans le bulletin municipal ainsi que d'un registre de concertation disponible en mairie, aux heures d'ouverture au public. L'organisation d'une réunion publique avec la population et d'une autre de concertation avec les agriculteurs a, en outre, été prévue. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la délibération du 22 juin 2021 par laquelle le conseil municipal a dressé le bilan de la phase de concertation préalable que celle-ci a effectivement consisté à distribuer des informations en " toutes boites " sur la commune et à les mettre à disposition sur un panneau lumineux ainsi que dans l'application Ma Mairie en Poche du 23 avril 2021, à diffuser une vidéo de présentation et d'informations liées à la révision sur le site Internet de la commune, à mettre en place un registre en mairie aux heures d'ouverture du public et à créer une adresse électronique dédiée tout en mettant à disposition en mairie un ordinateur pour le public ne disposant pas d'un tel équipement. Il a par ailleurs été procédé à un affichage dans les bâtiments publics et commerces et à la publication d'une annonce dans le journal l'Observateur du Douaisis du 29 avril 2021. La commune a enfin organisé une réunion de concertation avec les agriculteurs locaux le 28 mai 2021. Si la commune a aussi communiqué via son compte Facebook, la mise à disposition d'informations n'a pas été réalisée uniquement par le vecteur de ce réseau social ainsi qu'il vient d'être dit. Par ailleurs, le caractère incomplet de la vidéo d'information réalisée par la commune tel qu'invoqué par la société requérante ne ressort pas des pièces du dossier. Compte tenu de ce que la commune a mis en œuvre des mesures de concertations supplémentaires et équivalentes, notamment la mise à disposition d'une vidéo de présentation du projet, l'absence d'organisation d'une réunion publique telle que prévue par la délibération du 24 juillet 2015 n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de nuire à l'information complète du public, ni d'influer sur le sens de la délibération en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect des modalités de la concertation doit être écarté.

En ce qui concerne l'enquête publique :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-10 du code de l'environnement : " I. - Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale. / Cet avis précise : () - la date d'ouverture de l'enquête, sa durée et ses modalités ; () -le (ou les) lieu (x) ainsi que les horaires où le dossier de l'enquête peut être consulté sur support papier et le registre d'enquête accessible au public ; - la ou les adresses auxquelles le public peut transmettre ses observations et propositions pendant le délai de l'enquête. () ". S'il appartient à l'autorité administrative de procéder à l'ouverture de l'enquête publique et à la publicité de celle-ci dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement, leur méconnaissance n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 9 février 2022, la maire de la commune de Flines-les-Râches a décidé de prolonger de quinze jours la période d'enquête publique, initialement fixée du 31 janvier 2022 au 1er mars 2022, et d'organiser deux permanences supplémentaires les 9 et 16 mars 2022. Si l'information concernant ces deux permanences supplémentaires n'a pas été diffusée sur le compte Facebook de la commune, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport du commissaire enquêteur, dont les termes ne sont pas contestés, que cette prolongation ainsi que la date des deux permanences supplémentaires ont fait l'objet d'un avis d'enquête publique, publié dans Nord Eclair et la Voix du Nord le 14 février 2022, qui a été affiché en lieu et place de l'avis initial en 31 points de la commune. Par ailleurs, les venues de dix personnes et sept observations écrites ont été recensées pour la permanence du 9 mars ainsi que celles de dix personnes et dix observations écrites pour celle du 16 mars, soit pour chacune de ces permanences une fréquentation comparable à celle des autres permanences. Dans ces conditions, l'absence d'information sur la page Facebook de la commune n'a pas été de nature à ne pas permettre une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou à avoir exercé une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative. Le moyen afférent doit, dès lors, être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contre-propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables sous réserves ou défavorables au projet ". Il résulte de ces dispositions que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu, et, d'autre part, indiquer dans un document séparé ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le rapport du commissaire enquêteur comporte l'exposé du projet, la liste des pièces figurant au dossier, une synthèse des avis émis sur le projet ainsi que les réponses apportées par la commune. Il mentionne que le dossier a été consulté à 392 reprises en mairie et a été téléchargé 680 fois sur le registre dématérialisé publilégal avec 14 dépôts associés. Il précise en outre que 54 personnes se sont présentées lors des permanences et que 67 mentions ont été apportées au registre en mairie.

Il comporte un tableau de synthèse des observations, classées par thème et indique qu'outre des observations liées à des classements de parcelles, deux sujets de préoccupation ont été exprimés par la population, que sont les cônes de vue et la carrière de sable et d'argile. Si le courrier adressé le 14 mars 2022 par la société Picéa au commissaire enquêteur n'est pas annexé au registre, il ressort des pièces du dossier que ce courrier a été réceptionné dans les services de la mairie de la commune postérieurement à la clôture de l'enquête publique. Il apparaît au demeurant que tant la commune que le commissaire enquêteur en ont pris connaissance et ont apporté des éléments en réponse à ces observations. Dans ces conditions, l'incomplétude du registre n'a pas été de nature à nuire à l'information du public, ni à exercer une influence sur les résultats de l'enquête publique.

9. D'autre part, dans ses conclusions, le commissaire enquêteur exprime, de façon globale, un avis favorable assorti de deux recommandations sur le projet de PLU. Il a ainsi estimé que le projet permet la prise en compte des évolutions induites par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Grand Douaisis, de répondre aux besoins de logements résultant de l'augmentation de la population ainsi qu'à la pénurie de logements locatifs sociaux, de permettre de préserver la diversité paysagère et de faire du Douaisis un territoire d'excellence environnementale et énergétique. Dans ces conditions, le commissaire enquêteur a indiqué, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de son avis sur le projet de PLU de la commune, quand bien même il n'a pas donné d'avis concernant le projet de carrière porté par la société STB Matériaux, au sujet duquel il n'était pas tenu de s'exprimer spécifiquement, la révision du PLU de la commune de Flines-lez-Râches n'ayant pas pour objet la réalisation de ce projet.

10. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article

R.123-19 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne les modifications du projet après l'enquête publique :

11. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8 ".

12. Il résulte de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme que le projet de PLU ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

13. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'avis émis par le préfet le

17 novembre 2021 portant notamment sur la nécessaire modification du règlement de la zone UE pour permettre le développement des entreprises ayant vocation à y être accueillies dès lors qu'il excluait initialement la possibilité d'y construire des bâtiments à vocation industrielle, la commune, comme elle s'y était engagée en réponse, a modifié le règlement du plan local d'urbanisme en ce sens, postérieurement à l'enquête publique. Cette modification, qui résulte de la prise en compte d'un avis joint au dossier d'enquête publique, doit être regardée comme procédant de cette dernière. Elle n'est pas par ailleurs de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles :

14. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme, " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ".

S'agissant des parcelles section cadastrée A 1352, 1358, 8336 et 8331 et de la briqueterie :

15. Aux termes de l'article R.151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ;

/ 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

16. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-24, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

17. Il ressort des pièces du dossier, notamment des orientations retenues dans le projet d'aménagement et de développement durables du PLU en litige, que la commune a entendu préserver un cadre de vie rural au sein du parc naturel régional Scarpe Escaut et protéger les milieux naturels, la biodiversité et les ressources naturelles, en préservant notamment les coupures d'urbanisation existantes, qui permettent une véritable respiration paysagère au milieu de fronts urbains continus et répondent à un enjeu de continuité écologique. Toutefois, les parcelles section cadastrée A 1352, 1358, 8336 et 8331 jouxtent au Sud une zone urbanisée de la commune supportant des maisons individuelles et sont bordées au Nord par une briqueterie puis une zone à caractère industriel. Eu égard à leur localisation, elles ne sauraient être regardées comme constituant des ruptures d'urbanisation, le rapport de présentation du PLU en litige ne les recense au demeurant pas parmi les terrains non mobilisables à ce titre. Par ailleurs, elles présentent un caractère fortement anthropisé et artificialisé, supportant pour l'une une plateforme réalisée en matériaux granulaires, pour deux d'entre elles des entrepôts et quelques arbres et pour la quatrième des entrepôts sur un sol entièrement bitumé. Dans ces conditions, en procédant au classement des parcelles section cadastrée

A 1352, 1358, 8336 et 8331 en zone N et de la briqueterie en zone Nc, cette activité n'étant pas une activité de carrière d'extraction de minerai, les auteurs du PLU ont entaché leur décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant des parcelles section cadastrée A 6735, 6733, 6739 et 7443 :

18. Aux termes de l'article L.151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. () ". Aux termes de l'article R.151-43 du même code : " Afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut : / () / 4° Délimiter les espaces et secteurs contribuant aux continuités écologiques et définir des règles nécessaires à leur maintien ou à leur remise en état () ". Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir sur le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer, notamment, la liste des espaces nécessaires à la préservation de la biodiversité, des écosystèmes et des milieux nécessaires aux continuités écologiques. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

19. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de présentation du PLU que la commune a entendu protéger, au titre des dispositions précitées du code de l'urbanisme, des éléments de patrimoine éco-paysager comprenant un réseau de haies témoignant d'une ancienne structure bocagère, participant à la richesse de la trame verte communale et à la qualité des ambiances paysagères, ainsi que des alignements de saules têtards, caractéristiques du secteur et jouant un rôle de drainage. Toutefois, les parcelles en litige ne figurent pas sur la carte incluse dans ce rapport relative à ces éléments. Il ressort en outre des photographies produites au dossier que les parcelles section cadastrée A 6735, 6733, 6739 et 7443 ne comportent pas d'arbres, sont entièrement bitumées et supportent des entrepôts et installations de stockage de type industriel. Dans ces conditions, en incluant, dans son règlement graphique, les parcelles concernées dans le périmètre des espaces contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue, les auteurs du PLU de la commune de Flines-lez-Râches ont entaché leur décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme :

20. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que le règlement du PLU en litige autorise notamment la poursuite d'activités industrielles en zone UE et en zone Nc, de telles activités pouvant relever du régime des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Contrairement à ce qui est soutenu, il n'a pas pour objet de limiter ou interdire de façon générale et absolue l'exploitation de telles installations sur le territoire de la commune, les auteurs du PLU ayant par ailleurs déterminé avec une précision suffisante, en fonction des différentes zones, les catégories d'installations classées à l'ouverture desquelles le plan était opposable. Dès lors, à supposer même que les dispositions du PLU attaqué ont pour conséquence de limiter l'exercice de certaines activités relevant du régime des ICPE sur ce même territoire, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération contestée est entachée d'une erreur de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que la société Picéa est uniquement fondée à demander l'annulation de la délibération du 4 octobre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Flines-lez-Râches a approuvé la révision de son PLU en tant qu'elle procède au classement des parcelles section cadastrée A 1352, 1358, 8336 et 8331 en zone N et de la briqueterie en zone Nc et en tant que le document graphique a inclus les parcelles cadastrées section A 6735, 6733, 6739 et 7443 dans le périmètre des espaces contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Picéa, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Flines-lez-Râches demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Flines-lez-Râches une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Picéa et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 4 octobre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Flines-lez-Râches a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme est annulée en tant qu'elle procède au classement des parcelles section cadastrée A 1352, 1358, 8336 et 8331 en zone N, de la briqueterie en zone Nc et en tant que le document graphique a inclus les parcelles cadastrées section A 6735, 6733, 6739 et 7443 dans le périmètre des espaces contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue.

Article 2 : La commune de Flines-lez-Râches versera à la société Picéa une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Picéa et à la commune de Flines-lez-Râches.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. GRARDLe président,

signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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