vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2209206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | juge unique (7) |
| Avocat requérant | SCP POULAIN WIBAUT STIEVENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2022, et des mémoires, enregistrés les 6 octobre 2023 et 8 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Dermenghem, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Limont-Fontaine a refusé de lui communiquer la copie des documents suivants : a) l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie, devant être réalisée en application de l'article R. 571-27 du code de l'environnement ; b) le règlement d'utilisation de cette salle ; c) les devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016 ; d) le compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) d'enjoindre au maire de Limont-Fontaine de lui communiquer les documents sollicités, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Limont-Fontaine la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les documents sollicités ont le caractère de documents administratifs communicables ;
- le courrier du 29 août 2022 par lequel le maire de Limont-Fontaine a déclaré " ne pas voir d'obstacle " à ce que les documents sollicités puissent être " consultés sur rendez-vous ", ne peut constituer une décision portant refus de communication, de sorte qu'une décision implicite de refus de communication est née le 3 octobre 2022 ;
- à supposer que sa requête soit dirigée contre la décision du 29 août 2022, elle demeure recevable, dès lors que ladite décision ne comporte aucune mention des voies et délais de recours ;
- le courrier du 29 août 2022 est en réalité une manœuvre destinée à gagner du temps et à entraver ses démarches ; les travaux et l'étude acoustique de la salle des fêtes n'avait pas encore été réalisée lorsqu'elle a demandé pour la première fois à la commune de lui communiquer ce document ;
- les documents sollicités ne représentent pas un volume important de nature à empêcher leur numérisation par les services de la commune, alors au demeurant que l'étude acoustique de la salle des fêtes a d'ores et déjà pu être numérisée et qu'elle s'était engagée à régler les frais éventuels de communication ; la commune ne fait état d'aucun obstacle technique à la communication des documents sollicités.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 6 février 2023, 31 octobre 2023 et 10 janvier 2024, la commune de Limont-Fontaine, représentée par Me Gilliard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante.
Elle fait valoir que :
- le courrier du 29 août 2022 constitue une décision expresse, qui de plus est favorable, de sorte qu'en attaquant une " décision implicite de refus " en date du 3 octobre 2022, la demande de la requérante est irrecevable car dépourvue d'objet ;
- les documents sollicités n'existent que sous format papier ; l'accès aux documents administratifs s'exerce dans les conditions définies à l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration, c'est-à-dire, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration ; l'administration n'est jamais tenue de numériser un document pour répondre à une demande de communication par voie électronique d'un document qu'elle détient uniquement sous format papier ;
- alors qu'elle a proposé à la requérante de consulter gratuitement sur place les documents sollicités, celle-ci, ni par elle-même, ni par l'intermédiaire de son conseil, n'a sollicité un rendez-vous auprès de la mairie.
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024 à 12 heures.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte relatives à l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie, devant être réalisée en application de l'article R. 571-27 du code de l'environnement, ledit document ayant été produit par la requérante en cours d'instance.
Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, Mme B A a présenté des observations sur le moyen relevé d'office.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2024, la commune de Limont-Fontaine, représentée par Me Gilliard, a présenté des observations sur le moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Paganel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 :
- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné ;
- les conclusions de Mme Laure Dang, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Dermenghem, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier réceptionné le 29 juin 2022, Mme A a demandé au maire de Limont-Fontaine de lui communiquer la copie des documents suivants : l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie, devant être réalisée en application de l'article R. 571-27 du code de l'environnement ; le règlement d'utilisation de cette salle ; les devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016 ; le compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2019. En l'absence de réponse de l'administration, Mme A a saisi le 3 août 2022 la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui, le 22 septembre 2022, a rendu un avis favorable, sous certaines réserves, à la communication desdits documents. Entre temps, par un courrier en date du 29 août 2022, le maire de Limont-Fontaine a indiqué à la requérante qu'il ne voyait aucun obstacle à ce que ces documents puissent être consultés en mairie sur rendez-vous. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du 3 octobre 2022 par laquelle le maire de Limont-Fontaine a refusé de lui communiquer les documents sollicités.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a obtenu la copie de l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie, devant être réalisée en application de l'article R. 571-27 du code de l'environnement, cette dernière produisant d'ailleurs la copie de ce document dans son mémoire en réplique du 6 octobre 2023. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par Mme A en ce qui concerne la copie de l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Limont-Fontaine :
3. La commune fait valoir que le courrier du 29 août 2022 constitue une décision expresse favorable, de sorte qu'en attaquant une " décision implicite de refus " en date du 3 octobre 2022, la demande de la requérante est irrecevable car dépourvue d'objet.
4. Aux termes de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration : / 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; / 2° Sous réserve que la reproduction ne nuise pas à la conservation du document, par la délivrance d'une copie sur un support identique à celui utilisé par l'administration ou compatible avec celui-ci et aux frais du demandeur, sans que ces frais puissent excéder le coût de cette reproduction, dans des conditions prévues par décret ; / 3° Par courrier électronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme électronique ; / 4° Par publication des informations en ligne, à moins que les documents ne soient communicables qu'à l'intéressé en application de l'article L. 311-6. ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le demandeur sollicite la délivrance d'une copie d'un document communicable et ne manifeste pas le refus de prendre en charge les frais qui y sont associés, l'administration, sous réserve de considérations liées à ses possibilités techniques, à la conservation des documents et au caractère abusif de la demande, est tenue de délivrer la copie demandée sans pouvoir se limiter à inviter l'intéressé, qui a le choix du mode d'accès au document en cause, à venir consulter ce document sur place.
6. Par ailleurs, en vertu des dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-13 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration dans le délai d'un mois à compter de la réception d'une demande de communication de documents administratifs vaut décision de refus. L'article L. 342-1 de ce code subordonne la recevabilité du recours contentieux à la saisine pour avis de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Selon les dispositions des articles R. 343-4 et R. 343-5 du même code, le silence gardé par l'administration pendant un délai de deux mois à compter de l'enregistrement de la saisine de la CADA fait naître une décision implicite de confirmation de refus. Il en résulte que lorsque l'administration, saisie d'une demande de communication de documents administratifs, oppose un refus au demandeur postérieurement à la saisine de la CADA, cette décision doit être regardée comme la confirmation du refus de communication, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, qui fait obstacle à la naissance d'une décision implicite à l'expiration du délai de deux mois mentionné à l'article R. 343-5.
7. En l'espèce, en l'absence d'obstacle technique et de considération particulière tenant à la conservation des documents sollicités, et alors que Mme A s'était engagée à régler les frais de communication éventuels, l'invitation faite à cette dernière de consulter sur place les documents dont elle avait demandé une copie ne permettait pas au maire de Limont-Fontaine de tenir pour satisfaites les obligations mises à sa charge par les dispositions précitées de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la décision précitée du 29 août 2022, laquelle est intervenue dans le délai de deux mois suivant la saisine de la CADA, doit être regardée comme portant confirmation du refus implicite de communication des documents sollicités par la requérante. En raison de cette décision de refus, la demande de Mme A n'est pas dépourvue d'objet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Limont-Fontaine et tirée de ce que la demande de Mme A serait dépourvue d'objet doit être écartée.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :
8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 7, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 29 août 2022 par laquelle le maire de Limont-Fontaine a confirmé son refus de lui communiquer le règlement d'utilisation de la salle des fêtes, le compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2018 et les devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, lorsque le demandeur sollicite la délivrance d'une copie d'un document communicable et ne manifeste pas le refus de prendre en charge les frais qui y sont associés, l'administration, sous réserve de considérations liées à ses possibilités techniques, à la conservation des documents et au caractère abusif de la demande, est tenue de délivrer la copie demandée sans pouvoir se limiter à inviter l'intéressé, qui a le choix du mode d'accès au document en cause, à venir consulter ce document sur place.
10. En l'espèce, en se bornant à faire valoir que les documents sollicités, qui ont le caractère de documents administratifs communicables, " n'existent que sous format papier ", la commune de Limont-Fontaine, qui n'apporte au demeurant aucune précision sur le volume desdits documents, sur la charge de travail que représenterait leur numérisation et sur les moyens dont les services de la commune disposent pour le faire, n'invoque aucune circonstance qui rendrait impossible leur délivrance par voie électronique. Dans ces conditions, le maire ne pouvait légalement refuser de délivrer une copie des documents sollicités par la requérante. Par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 août 2022 du maire de Limont-Fontaine.
11. L'annulation de la décision du 29 août 2022 du maire de Limont-Fontaine implique nécessairement qu'il soit enjoint à cette autorité de communiquer à Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, la copie du règlement d'utilisation de la salle des fêtes, du compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2018 et des devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016, sous réserve, s'agissant de ces derniers documents, de l'occultation des mentions couvertes par le secret des affaires conformément aux dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, et notamment du détails des prix. Ces documents devront être communiqués par voie électronique. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Limont-Fontaine une somme 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au même titre par la commune de Limont-Fontaine.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par Mme A en ce qui concerne l'étude de l'impact des nuisances sonores de la salle communale située route de la Brasserie.
Article 2 : La décision du 29 août 2022 par laquelle le maire de Limont-Fontaine a confirmé son refus de communiquer le règlement d'utilisation de la salle des fêtes située rue de la Brasserie, les devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016 et le compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2019 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au maire de Limont-Fontaine de communiquer par voie électronique à Mme A la copie du règlement d'utilisation de la salle des fêtes, du compte administratif de la commune pour les années 2017, 2018 et 2018 et des devis et factures relatifs aux travaux réalisés sur la salle des fêtes depuis 2016. Cette communication sera faite selon les modalités prévues au point 11 des motifs du jugement et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La commune de Limont-Fontaine versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Limont-Fontaine au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Limont-Fontaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. PAGANELLa greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026