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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209255

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209255

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 novembre 2022, 1er février 2023, 17 février 2023 et 13 mars 2023, M. C B, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le certificat de résidence sollicité sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Navy, avocat de M. B de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il appartient au préfet de produire l'avis médical sur lequel il a fondé sa décision ;

- le préfet ne justifie pas de ce que l'avis médical sur lequel il a fondé sa décision permet l'identification de ses auteurs et a été signé par ceux-ci ;

- le préfet ne justifie pas de ce que les auteurs de l'avis médical sur lequel il a fondé sa décision disposaient d'un agrément pour rendre un tel avis ;

- le préfet ne justifie pas de ce que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège qui a rendu l'avis médical sur lequel il a fondé sa décision ;

- en estimant que ses pathologies pouvaient être prises en charge en Algérie, le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 de la directive 2008/115/CE, eu égard à sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences disproportionnées qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations le 23 janvier 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaur, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 10 mai 1985 à Dahra (Algérie), est entré en France le 1er septembre 2016, muni de son passeport algérien, revêtu d'un visa court séjour. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 3 août 2017. Par décision du 9 novembre 2017, le préfet du Nord a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lille n°1709661 du 22 novembre 2017. Par un arrêté du 27 août 2020, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une demande enregistrée le 12 octobre 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ". Par un arrêté du 12 septembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 151 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné à délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de la décision attaquée, aux fins de signer notamment cette dernière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

5. En quatrième lieu, aux termes du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens en application des stipulations de l'accord franco-algérien : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. "

6. Il ressort des mentions de l'avis produit par le préfet, émis le 23 mars 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé de M. B, qu'il comporte l'identité et la signature des praticiens qui l'ont rendu. Ces signatures étant disposées en dessous de la mention lisible des noms respectifs de leur auteur, l'allégation selon laquelle elles ne permettent pas l'identification de ceux-ci manque en fait. Il ressort en outre des pièces du dossier que les médecins qui ont rendu cet avis ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 1er octobre 2021 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Il ressort encore des pièces produites aux débats par le préfet que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical sur la base duquel le collège des médecins de l'OFII à compétence nationale a rendu son avis, n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, les différents moyens tirés de l'irrégularité de la procédure manquent en fait et doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 5 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. M. B soutient que le traitement médicamenteux et le suivi médical dont il bénéficie en France dans le cadre de la prise en charge de son syndrome anxiodépressif majeur en relation avec des traumatismes vécus en Algérie, associé à des insomnies, des épisodes d'idées délirantes et un sevrage de dépendance à la cocaïne, sont insusceptibles d'être dispensés en Algérie. Toutefois, pour refuser la délivrance du certificat de résidence sollicité, le préfet s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII mentionné plus haut, indiquant que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. M. B soutient que deux des médicaments qu'il prend régulièrement, le catapressan et le subutex ne sont pas disponibles sur le sol algérien. Toutefois, il ressort de la nomenclature nationale des produits pharmaceutiques disponibles en Algérie au 16 juillet 2020 produite par le préfet en défense et de l'arrêté du 29 Chaoual 1427 correspondant au 21 novembre 2006 fixant la liste des médicaments remboursables par la sécurité sociale produit par l'OFII que les substances actives de ces médicaments prescrits au requérant, la clonidine chlorhydrate et le buprénorphine, y sont quant à elles disponibles. Le préfet en défense ayant produit ces fiches, M. B ne peut utilement se prévaloir, en tout état de cause, de ce que, à défaut de produire les fiches Medcoi sur lesquels il fonde ses observations, l'OFII méconnaît les principes du contradictoire, d'égalité des armes et d'un droit à un procès équitable. Par ailleurs les circonstances qu'une nomenclature datée du 15 juin 2021 serait disponible, alors qu'il n'est même pas allégué que les substances actives précitées ne s'y trouveraient pas et que le subutex serait " non substituable " du seul fait qu'une ordonnance, destinée aux seuls pharmaciens en France comporte cette mention, non corroborée par une attestation médicale, ne sont pas de nature à renverser la preuve ainsi apportée par l'OFII et le préfet du Nord. Enfin, s'il n'est pas contesté que M. B est suivi mensuellement par le service médico-psychologique de proximité situé à Hellemmes depuis l'année 2020, ainsi que par son médecin généraliste, depuis le mois de juin 2017 et qu'il se prévaut d'un plan de promotion de la santé mentale 2017-2020 selon lequel les capacités d'accueil en psychiatrie seraient insuffisantes en Algérie, l'OFII indique, sans être contredite, qu'un suivi psychiatrique ambulatoire est accessible à l'hôpital psychiatrique Drid Hocine à Kouba, que le site de l'Association franco-maghrébine de psychiatrie fondée en 1981 témoigne de la qualité de la psychiatre hospitalière et ambulatoire en Algérie et qu'en outre, 40 dispensaires en addictologie sont répartis sur tout le territoire algérien, ainsi que deux centres de cures de désintoxication. Par suite, en l'état des pièces du dossier, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en considérant que M. B pourra bénéficier de soins adéquats en Algérie. Le moyen soulevé en ce sens par le requérant doit en conséquence être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B est entré régulièrement en France, le 1er septembre 2016, à l'âge de 31 ans, et justifiait d'un séjour d'une durée de six années à la date de la décision attaquée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant vivait en concubinage de manière très récente avec une compatriote en situation régulière et était sans enfant à la date de la décision attaquée et qu'il avait déclaré être célibataire dans sa demande de délivrance de titre de séjour. La reconnaissance de paternité, établie le 3 février 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, pour l'enfant à naître de sa compagne est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu de famille en Algérie, où demeurent ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Si M. B produit six bulletins de paie d'octobre 2021 à avril 2022 en qualité de coursier, il ne justifie, à la date de la décision attaquée, d'aucune insertion sociale, ou même professionnelle sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision porterait une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale et le moyen, à le supposer distinct, que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent en conséquence être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour le motif déjà indiqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / () / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ".

14. Alors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de certificat de résidence ainsi que cela ressort des dispositions précitées et que cette dernière est suffisamment motivée ainsi que cela a été dit au point 3, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée, doit être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ".

16. Si M. B soutient que le préfet ne pouvait légalement décider son éloignement en raison de l'absence de prise en charge adaptée à ses pathologies en Algérie, il résulte de ce qui a été exposé plus haut qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine du suivi médical rendu nécessaire par son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des dispositions précitées, doit être écarté.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. B se bornant à affirmer, sans apporter de précision utile, qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants notamment une aggravation de son état de santé, en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

19. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui reprend ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de certificat de résidence, doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

21. En premier lieu, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. / () ".

22. Lorsque l'autorité administrative ne fait pas usage, eu égard à la situation personnelle de l'intéressé, de la possibilité d'accorder à titre exceptionnel un délai de départ supérieur à trente jours, elle n'est pas tenue de motiver sa décision, dès lors qu'aucun texte ne le prévoit et qu'il s'agit de la mise en œuvre d'un pouvoir purement gracieux. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 20 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français à M. B doit être écarté.

24. En dernier lieu, aux termes du deuxième paragraphe de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux ".

25. M. B, qui a disposé d'un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français, ne se prévaut d'aucune circonstance, qui serait antérieure à la décision en cause, de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ne peut qu'être écarté.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'annulation de la décision portant octroyant un délai de départ volontaire de trente jours doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour :

27. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

28. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

29. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

30. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement en France, le 1er septembre 2016, à l'âge de 31 ans, et justifiait d'un séjour d'une durée de six années à la date de la décision attaquée. Il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, prononcées par le préfet du Nord, le 9 novembre 2017 sans délai de départ volontaire, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lille n° 1709661 du 22 novembre 2017 et une deuxième du 27 août 2020, comportant un délai de départ volontaire de trente jours et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, mesures qu'il n'a pas respectées, comme le relève le préfet du Nord dans son mémoire en défense. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant vivait en concubinage de manière très récente avec une compatriote en situation régulière et était sans enfant à la date de la décision attaquée. M. B se borne à soutenir que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation, en raison de circonstances humanitaires liées à la nécessité d'une prise en charge multidisciplinaire et médicamenteuse à laquelle il ne pourrait réellement avoir accès dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet du Nord a pu légalement édicter à l'encontre de M. B une interdiction de retour pendant une durée de deux années.

31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.

32. Les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Navy et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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