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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209261

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209261

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209261
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 30 novembre 2022, enregistrée le 1er décembre 2022 au greffe du tribunal, le président du Tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C.

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022 au greffe du Tribunal administratif de Paris, Mme A C, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 novembre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à un nouvel examen sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de police n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est entrée en France munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour en cours de validité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, la décision faisant obligation de quitter le territoire français trouve sa base légale dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance en date du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2023.

Un mémoire, présenté pour Mme C, a été enregistré le 1er février 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 13 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lemaire a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 3 février 1996, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 13 novembre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 3 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police, le préfet de police a donné délégation à Mme B, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, la décision faisant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C avant de lui faire obligation de quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

6. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 12 novembre 2022, Mme C a été invitée à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français. D'autre part, en tout état de cause, l'intéressée n'établit pas, ni même n'allègue qu'elle aurait eu à faire valoir des éléments pertinents de nature à influencer le sens de la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu son droit à être entendue ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C serait, ainsi qu'elle l'allègue, entrée en France le 14 août 2013 munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour avant de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de base légale demandée par le préfet de police à titre subsidiaire, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, Mme C fait valoir qu'elle est entrée en France le 14 août 2013 sous couvert d'un visa de court séjour, qu'elle y a poursuivi des études secondaires, puis supérieures, que sa sœur et sa mère, laquelle est mariée avec un ressortissant français, résident régulièrement sur le territoire national et que les relations avec son père vivant au Gabon sont très conflictuelles. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer sa vie privée et familiale. En outre, les rapports entre adultes ne bénéficient pas nécessairement de la protection de ces stipulations sans que soit démontrée l'existence d'éléments supplémentaires de dépendance autres que les liens affectifs normaux. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que des éléments supplémentaires de dépendance autres que les liens affectifs normaux existeraient entre Mme C et ses proches résidant sur le territoire français ni, en tout état de cause, qu'elle entretiendrait avec eux une relation affective d'une particulière intensité. Par ailleurs, s'il n'est pas sérieusement contesté qu'elle est entrée en France au cours de l'année 2013, la requérante n'apporte aucun élément pertinent de nature à établir la régularité de cette entrée et la continuité de son séjour depuis cette date. Il n'est pas davantage établi que, depuis son entrée sur le territoire français, l'intéressée aurait entrepris des démarches tendant à la régularisation de sa situation administrative. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C entretient des relations très conflictuelles avec son père résidant au Gabon, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, où elle a vécu durant la majeure partie de sa vie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui est célibataire et sans charge de famille, serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement au Gabon, eu égard, notamment, aux qualifications et compétences acquises lors de son cursus universitaire en France. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Sophie Lefebvre et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Bonhomme, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. BONHOMMELe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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