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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209337

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209337

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. A D B, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou, à défaut de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 18 juin 2023, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Liénard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant indonésien né le 27 août 2000, est entré en France le

3 février 2021 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention étudiant puis a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention étudiant. Le 3 juin 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention étudiant. Par un arrêté du

20 septembre 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu l'équivalent du baccalauréat indonésien en " technique de construction ", spécialisation " dessin technique de bâtiment ". A son arrivée en France en février 2021, l'intéressé s'est inscrit en diplôme universitaire d'études françaises à l'université de Caen, formation dispensée sur trois mois permettant d'obtenir une certification de niveau B1+. Il a été ajourné avec une moyenne de 9,69/20. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet professionnel de l'intéressé consiste à devenir ingénieur. Ce projet est en cohérence avec le diplôme qu'il a obtenu en Indonésie et avec son inscription pour l'année universitaire 2021-2022 en 1ère année de licence " Génie civil " à l'université polytechnique des Hauts-de-France. S'il a échoué à valider cette première année et s'est inscrit pour l'année 2022-2023 au sein de cette même université en première année de licence " physique chimie ", il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des attestations de la responsable des licences 1ère année de l'université polytechnique des Hauts-de-France du 28 septembre 2022 et du 2 décembre 2022, que

M. B a vocation à suivre lors du second semestre le programme de la formation en génie civil et pourra obtenir une première année de licence dans cette matière. Dans ces conditions, son inscription universitaire pour l'année 2022-2023 n'est pas incohérente au regard de son projet professionnel et ne peut être regardée comme une réorientation. Par suite, en estimant, pour refuser de renouveler son titre de séjour " étudiant ", que M. B ne justifiait pas mener avec sérieux les études entreprises depuis son arrivée en France dix-huit mois plus tôt, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions de l'article

L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait à la date de sa nouvelle décision, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Navy, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à charge de l'Etat le versement à Me Navy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2022 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et fait, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Navy une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Navy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, à Me Navy et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

Q. LIENARD

Le président,

signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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